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Economie

Desintox des Gor : Non, les pays africains ne «versent pas un impôt colonial à la France»

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En plein débat sur la colonisation, une vidéo virale l’assure sans détour : les pays africains versent encore aujourd’hui un «impôt colonial» à la France pour les «bienfaits» de la colonisation. Une intox basée sur une confusion autour du fonctionnement du franc CFA, par ailleurs très critiqué.


 
INTOX. «Vous ne le saviez peut-être pas mais aujourd’hui encore beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance.» La «révélation choc» vient d’une vidéo où l’on voit le logo de Vox Africa, une chaîne de télévision panafricaine, qui date d'au moins octobre 2016 mais qui a ressurgi à l'occasion du débat lancé par Emmanuel Macron sur la colonisation. On y apprend que certains pays devraient payer une «dette annuelle» à la France, en vertu d’accords signés à l’époque de la décolonisation. Un accord signé par exemple par la Guinée et ce pour que la France «ne détruise pas le pays» en 1958. En tout 14 pays, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Mali par exemple, seraient ainsi «obligés de mettre 85% de leurs réserves à la Banque de France».
Des «révélations» présentes sous des formes diverses et variées sur une multitude de sitesde blogs, ou de comptes Twitter et Youtube.
DESINTOX. Toutes ces vidéos et tous ces articles ont un point commun : ils citent, quasiment mot pour mot, un seul et même long article rédigé en anglais, publié sur le site «Silicon Africa» en janvier 2014. L’auteur y décrit un système «diabolique» dont la France ne voudrait pas sortir puisqu’il lui apporte «autour de 500 milliards de dollars pour son Trésor chaque année, depuis l'Afrique». Mais, il le reconnaît lui-même, l'auteur n'a pas encore tous «les détails des montants, de l'évaluation et des moyens de paiement» de cet impôt colonial. Un peu plus loin, dans le même article, ce n'est d'ailleurs plus «500 milliards de dollars chaque année» mais un stock de «500 milliards de monnaies de pays africains» (sic) que la France détiendrait.
Problème : en plus de ces (grosses) approximations, l’article, comme la vidéo, opèrent une confusion entre ce prétendu «impôt colonial» et une des règles du fonctionnement du franc CFA. Celui-ci prévoit effectivement que les deux banques centrales qui le gèrent, la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale) et la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), déposent 50% (et non 85%) de leur réserve de change auprès du Trésor français.
Ainsi, ces deux banques centrales «disposaient en 2005 de plus de 3 600 milliards de francs CFA auprès du Trésor français», expliquait le Monde en 2015. Soit un stock d’environ 72 milliards d’euros, et absolument pas un flux de «500 milliards  de dollars» apportés au Trésor français «chaque année» comme le prétendait le site Silicon Africa.
 
Surtout, il ne s’agit pas d’un impôt versé par les pays africains à la France, mais d’un dépôt. Ainsi, comme l’expliquait au Monde l’économiste Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la Prospective, par ailleurs très critique du modèle du franc CFA, «rien n’empêche les pays concernés d’en faire usage pour accompagner leur croissance».

«Quelque chose qui cloche avec le franc CFA»

Gage de stabilité monétaire pour ses défenseurs, le modèle du franc CFA n’en reste pas moins très critiqué. Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen et secrétaire exécutif de la commission de l’ONU pour l’Afrique, jugeait par exemple l’année dernière qu’il y a quelque chose «qui cloche avec le franc CFA» : «Aucun pays au monde ne peut avoir une politique monétaire immuable depuis soixante et onze ans.» Même constat pour Nubukpo, l’économiste togolais, pour qui «la parité fixe entre le franc CFA et l’euro» pénalise fortement le développement économique des pays concernés : «Aujourd’hui, le franc CFA via son rattachement à l’euro est beaucoup plus déterminé par les événements au sein de la zone euro que par la conjoncture au sein de la zone franc. C’est une hérésie !»
Outre les récriminations d’ordre économiques, l’ancien ministre se montre tout aussi critique sur l'existence même de la monnaie : «La question de la souveraineté qui sous-tend ce débat est plus que légitime. Car, il est inconcevable que 55 ans après les indépendances, les pays de la zone franc continuent d’avoir une monnaie physiquement fabriquée en France, d’avoir leurs réserves de change déposées auprès du Trésor public français.»
Mais quoi qu'on pense du système, il n'a rien à voir avec un «impôt colonial».
Vincent Coquaz
 

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