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Economie

«Le gouvernement Macron fait le choix de l’agro-business»

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Secrétaire général de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), Guillaume Riou est agriculteur polyculteur éleveur dans les Deux-Sèvres où il exploite 120 hectares, dont 90 de cultures céréalières et 30 de rotation consacrés à l’alimentation de sa trentaine de vaches limousine. Il officie depuis 2008 en bio après avoir été précédemment en agriculture conventionnelle. Il répond aux questions de Libération sur la décision de Stéphane Travert, nouveau ministre de l’Agriculture, de geler les aides à la production de l’agriculture biologique, annoncée jeudi.
Quand vous dites que la décision de Stéphane Travers ne prévoit aucun budget pour les aides à l’agriculture bio dans les trois prochaines années, vous vous montrez direct. Juste? Ou pessimiste?
Ce qui nous met surtout en danger, ce sont les aides au maintien au bio, plus que les aides à la conversion. A l’heure où le ministère de l’Agriculture dit qu’il lui faut trouver 850 millions d’euros d’économie par an, nous savons que nous avons besoin de 250 millions d’euros annuellement pour soutenir la filière et la développer. Car nous progressons en France de 15% par an sur l’agriculture biologique en conversion. Il y a une forte demande des agriculteurs conventionnels pour passer au bio. Donc les budgets dédiés seront insuffisants pour y parvenir. Quand on sait qu’il y a besoin de 450 millions d’euros pour soutenir l’agriculture de montagne et des zones difficiles qu’il faut évidemment soutenir, il y a fort à parier qu’il n’y aura pas d’argent pour le soutien et le développement du bio.
Cet arbitrage ministériel, en plus d’être décevant pour les intérêts que vous défendez, est-il une surprise pour vous?
Non. Pas véritablement. Nous connaissions cette date butoir au 1er août qui signifiait des arbitrages du côté du ministère de l’Agriculture. Ce sont autant des choix politiques que budgétaires. 7,50 milliards sont utilisés par an pour la PAC en France. Le choix de conforter les exploitations les plus grandes à caractère plutôt céréalier a été fait mais cela révèle un certain nombre d’intérêts économiques de certains groupes de pression.
A quels lobbys pensez-vous?
Il y a la grande machinerie du fret maritime, des grands ports français… Il ne faut pas oublier que le Premier ministre, Edouard Philippe, a été le premier édile du Havre. On connaît aussi les affinités du Président sur les questions d’exportations. Mais de là à penser que le système agricole français est apte à absorber les chocs internationaux et une vision mondialisée de l’agriculture, c’est à notre sens une erreur fondamentale. Et l’agriculture française ferait mieux de se concentrer sur la production d’une agriculture de qualité.
Ces arbitrages sont d’autant plus étonnants que vous participez aux Etats généraux de l’alimentation. Lors de leur lancement, le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture ont affirmé leur volonté de changer de politique de production et de dialogue entre les différentes filières…
Il est difficile de penser que Stéphane Travert n’est pas sous la pression de lobbies, de groupes de pression et d’intérêts économiques. Le gouvernement de Macron fait clairement le choix de l’agrobusiness. Si l’on rajoute à cela que, bien souvent, les décideurs agricoles de notre pays sont aussi partie prenante de la gestion des exportations et présents aux conseils d’administration des grands ports français exportateurs… Cela conforte une forme de conflits d’intérêts assez évidente… Avec un blé à 140 ou 150 euros la tonne, cela permet difficilement de vivre sur une exploitation céréalière. Mais des choix de productivisme ont été faits en développant cette grande idéologie de nourrir le monde. Ils ne rémunéreront pas demain plus qu’aujourd’hui les agriculteurs de notre pays
Jugez-vous que ces arbitrages vous sont moins favorables que ceux pris par Stéphane Le Foll, le prédécesseur de Stéphane Travert?
L’ancien ministre avait eu l’ambition de doubler le niveau d’aide à l’agriculture bio. Il y avait un plan plutôt courageux, il faut le dire, auquel nous avons participé, nommé «Ambition 2017». Il est aujourd’hui difficile de présager ce que Stéphane Travert nous réserve pour le futur en plus de ces dernières décisions…
Avez-vous rencontré le ministre avant qu’il rende ses arbitrages?
Absolument. C’était mercredi matin.
Avez-vous le sentiment de ne pas avoir été entendus? Sinon, trahi?
Ce n’est pas de l’ordre de la trahison. Nous essayons de participer à la prise de décision politique. Décision que nous regrettons et dénonçons. Mais pour autant, nous souhaitons construire l’agriculture biologique de demain qui est attendue par beaucoup de nos concitoyens.
Cet arbitrage ne vous semble-t-il pas en contradiction avec les vœux formulés lors du lancement des Etats généraux de l’alimentation?
Evidemment que ces choix sont paradoxaux. L’Etat continue de soutenir cette agriculture industrialisée et dans le même temps propose un Grenelle de reconstruction de l’alimentation. C’est pour le moins contradictoire.
Comment l’expliquez-vous?
Nous connaissons la capacité de paralysie du réseau routier français par la FNSEA. Peut-être le courage politique pourrait-il se révéler un peu plus… Car le seul secteur agricole qui se développe est celui du bio avec 20% de croissance par an.
Philippe Brochen

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