Nous sommes dans l’après-midi de ce lundi dans le quartier d’Angré. Assis à l’ombre d’un arbre, un groupe de jeunes jouent à la dame. Hervé, 25 ans, est parmi ces jeunes. Il dit avoir fait des études en gestion des ressources humaine. Après la validation de son diplôme suite à un stage, ce jeune est en quête d’emploi depuis trois ans.
Tout comme son ami, Georges a également fait des études en droit et serait aussi à la recherche d’un emploi. En attente d’avoir de quoi faire, ces derniers se tournent les pouces comme ils peuvent. A quelques mètres de là, un jeune gérant de cabine téléphonique. Le jeune Adou révèle qu’il a décidé de se trouver un « petit job », juste pour joindre les deux bouts en attendant de trouver un emploi à la dimension de son diplôme.
Pour lui, c’est toujours bon de se débrouiller avant d’avoir mieux. Un avis que semble désormais partager bon nombre de jeunes diplômés sans emploi. Diplômé en pâtisserie, la jeune Anna est également lasse de postuler depuis longtemps dans des restaurants de la place. Elle se tourne désormais vers l’entrepreneuriat. Elle a monté sa petite entreprise chez elle à domicile. Pour cette dernière, « c’est difficile pour nous les jeunes d’avoir un travail. Dans bien de cas, il faut être pistonné».
Pour Prof Konan exerçant dans une grande école de la place, « Il faudrait que les formations données aux étudiants soient en adéquation avec le marché de l’emploi. De quoi avons-nous davantage besoin ? Il faut créer des filières porteuses dans des secteurs comme l’agriculture, l’élevage, l’hôtellerie et autres. L’esprit d’entrepreneuriat doit être inculqué aux apprenants ».
A l’en croire ce taux est assez élevé car on ne tient pas compte des réalités. Dans bien de cas, les populations n’acceptent pas ces chiffres qu’elles trouvent tronqués !
Des chiffres d’un ministre à un autre
Récemment, le ministre de la Promotion de la jeunesse, de l’emploi jeune et du service civique, Sidi Touré a suscité récemment la polémique concernant le taux de chômage en Côte d’Ivoire qu’il estimait à 2,8%. Mais très vite, ce dernier a été recadré par le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné qui minimisa cette « déroute » de son confrère en la qualifiant de « pas faux ».
A son tour, il dévoila un taux de 23 à 26%, tenant compte de certains critères. Selon le porte-parole du gouvernement, ce taux de 2,8% n’inclut pas ceux qui exercent un petit boulot dans l’attente d’avoir un bon emploi. « (...) Quand vous avez un Bac+4 et que vous vous retrouvez à vendre des noix de coco au bord de la route, vous êtes en sous-emploi par rapport à vos capacités. Quelqu'un qui n'est pas instruit ou qui a un niveau CE1 ou CE2 à 35 ans et qui se retrouve à vendre des noix de coco, c'est sa connaissance peut-être ... Donc lui on ne peut pas dire qu'il est en sous-emploi. Nous tenons compte effectivement de ce type de personnes. Et quand nous tenons compte de ce type de populations, nous arrivons à taux de chômage, sans aller contre ce que mon collègue a dit et qui est parfaitement juste, à des taux qui sont aux environs de 23 ou 26% en Côte d'Ivoire. Mais quand on calcule selon les critères du BIT, il arrivera à un taux beaucoup plus bas», s’est dédouané Bruno Koné.
Selon une étude de l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA) et de l’Agence française de développement (AFD), le nombre de pauvres s’est accru en Côte d’Ivoire. De 10% de pauvres, au cours de la décennie 80-90, on est passé à 47% aujourd'hui.Une enquête réalisée par Afrobaromètre de 2013 à 2017 révèle un taux de chômage d’environ 76%. Quand le Bureau international du travail (BIT) avance un taux compris entre 25 et 70%. Et récemment le Directeur général de la Bad, Akin Olugbadé a révélé, au siège de l’institution à Abidjan, un nouveau taux du chômage en Côte d’Ivoire. « La part cumulé des emplois vulnérables et des chômeurs dans la population active en Côte d’Ivoire se situe dans la fourchette compris entre 70 et 90%. », a-t-il fait savoir. Et ce, à la faveur du lancement de l’édition 2018 de ‘‘Perspectives économiques en Afrique’’ de la BAD.
Chiffres divergents : explications
Pr Prao Yao Séraphin, enseignant d’économie à l’Université de Bouaké et spécialiste des questions des monnaies et des finances nous donne son avis sur le sujet. Pour le spécialiste, le taux du chômage est compris entre 25 et 70%, tel avancé par le BIT. En ce qui concerne la divergence des chiffres, celui-ci a affirmé que cela dépend de la vision du gouvernement et de celle des institutions internationales.
A l’en croire, les organismes internationaux donnent des chiffres par rapport à leurs normes. Et ces normes, selon lui, sont apolitiques et donc plus fiables. Et le spécialiste de préciser que, le gouvernement par contre donnent des chiffres politiques ou en d’autre termes des chiffres qui les arrangent plus. Pour le spécialiste le taux du chômage est galopant et serait compris dans la fourchette de 25 à 70% fixée par le BIT.
Pour lui, ces vrais chiffres sont connus du gouvernement. La divergence des chiffres, selon ses explications, dépend des normes et de l’objectif fixé par ceux qui les donnent. Il faut donc avoir le tact de savoir quel est le « bon taux » du « taux malléable ».
Larissa Gbaguidi






Publié le :
4 novembre 2018Par:
Forestier de Lahou