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Politique

Les maïeuticiens Tshisékédi et Kabila ont du boulot

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Difficile accouchement que celui du premier gouvernement de l’ère Tshisékédi ! En effet, déclaré vainqueur à la présidentielle du 30 décembre dernier, l’ex-candidat de l’UDPS devenu président de tous les Congolais, est, sept mois après sa prise de fonction, obligé de composer avec l’équipe gouvernementale de son prédécesseur, faute de pouvoir asseoir son propre exécutif dont la composition fait l’objet de tractations serrées avec son allié de circonstance, Joseph Kabila. Mais les vagissements du nouveau bébé semblent pour bientôt. Car, de sources dignes de foi, les discussions ont connu des avancées notables, après l’accord du 26 juillet dernier entre alliés de la coalition au pouvoir, sur l’ossature du nouveau gouvernement qui prévoit 65 convives autour du gâteau national. La table du buffet ainsi dressée, on n’attend plus que les noms des heureux invités.
Un gouvernement pour récompenser et caser des amis politiques
Et depuis le week-end dernier, les représentants des deux forces, le Cap pour le changement (CASH) du président Tshisékédi et le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, ont transmis au Premier ministre, Sylvestre Ilunga, leurs listes de candidats qui comportent trois noms dont une femme, pour chaque poste ministériel. Et selon l’agenda annoncé, c’est ce mardi 12 août que le patron de l’Exécutif devra soumettre ces listes au président Tshisékédi à qui revient constitutionnellement le denier mot, même si l’on imagine que ce dernier ne saurait se décider sans consulter le « sénateur à vie », Joseph Kabila, dont la formation politique est dominante à l’Assemblée nationale et à laquelle reviennent 43 des 65 postes ministériels à pourvoir, au terme de l’entente entre les deux alliés. C’est dire si l’heure de la délivrance est proche, même si les deux maïeuticiens ont visiblement encore du boulot. Mais avant d’espérer voir la fumée blanche, les difficiles tractations continueront sans aucun doute et à l’issue, il y aura des cris de joie mais aussi des grincements de dents.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que la formation de ce tout premier gouvernement de l’ère Tshisékédi a été laborieux. Et au regard de son caractère pléthorique que rien ne saurait, du reste, justifier, l’on est fondé à croire que plus que l’intérêt du peuple, c’est un gouvernement pour récompenser et caser des amis politiques dans la perspective de la reconquête ou de la conservation du pouvoir. En tout cas, quatre mois pour nommer un Premier ministre et sept pour former le premier gouvernement, ce sont autant de faits qui dénotent de toute la difficulté du président Tshisékédi dont le mandat à la tête de la RDC ne s’annonce pas comme une sinécure. En effet, parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, Félix Tshisékédi paie le prix de la compromission dans le deal conclu avec son prédécesseur qui l’a porté au pouvoir. En tout cas, il était sans doute loin de s’imaginer que, quelque sept mois après son accession au pouvoir, il aurait toujours les mains liées et serait autant à la merci de son allié de circonstance qui semble dérouler son plan de reconquête du pouvoir sans état d’âme.
On peut s’attendre à ce que ce premier mandat de Tshisékédi ressemble à du Kabila sans Kabila
Toujours est-il qu’en héritant de la portion congrue dans la composition de ce gouvernement de coalition, Félix Tshisékédi voit sa marge de manœuvre se réduire davantage dans la coalition au pouvoir largement dominée par les partisans de Kabila qui, après avoir réussi à prendre tour à tour le contrôle du Parlement et du Sénat, détiennent, avec ce nouveau gouvernement, suffisamment de leviers pour tenir en laisse le président Tshisékédi déjà à la peine. Pour sûr, vu la configuration de ce nouveau gouvernement et le maillage institutionnel opéré par le FCC, l’on peut s’attendre à ce que ce premier mandat de Tshisékédi ressemble à du Kabila sans Kabila, tant l’ex-homme fort de Kinshasa a su manœuvrer habilement pour partir sans vraiment partir en gardant la haute main sur bien des centres de décision pour mieux tirer les ficelles dans l’ombre. Dans ces conditions, l’on se demande comment le président Tshisékédi pourra marquer la rupture avec la gouvernance de son prédécesseur, s’il se retrouve contraint à composer avec les fidèles de l’ex-président, qui se trouvent dominants dans toutes les instances de décision. Certes, c’est la preuve qu’en politique, la fin justifie souvent les moyens, mais il faut parfois savoir garder son honneur. En tout état de cause, en acceptant de faire le jeu de Joseph Kabila, Félix Tshisékédi se retrouve aujourd’hui dans de beaux draps. Et l’on se demande si ce gouvernement de coalition formé au forceps, tiendra la route pour lui permettre de dérouler convenablement son programme. 
 
« Le Pays »

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