M S, fonctionnaire d’Etat résidant dans la commune d’Abobo, a le sommeil troublé depuis quelques semaines, suite à l’annonce de la rentrée scolaire, fixée cette année au lundi 9 septembre 2019. Il ne sait où donner de la tête pour scolariser ses 6 enfants. Deux de ses rejetons fréquentent des grandes écoles supérieures privées, deux sont inscrits dans des établissements secondaires privés et les deux restants sont tous dans une école primaire privée.
Il y a de bonnes raisons pour que M S n’arrive pas à dormir convenablement. Il affirme qu’il doit payer pour chacune de ses filles du supérieur 10 100 Fcfa pour l’inscription en ligne, la somme de 50 000 Fcfa pour l’inscription physique et 150 000 Fcfa pour la scolarité. En outre, le fonctionnaire doit remettre chaque jour de classe 3 000 Fcfa à chacune d’elle pour le transport, le petit déjeuner, le déjeuner et les photocopies de documents quand un de leurs enseignants le demande.
Les charges de ses enfants du secondaire pèsent également. « 80 000 Fcfa pour la scolarité de celle de la classe de 3eme, 60 000 Fcfa pour celle de la 6eme, sans compter les frais d’inscription qui sont de 12 500 Fcfa pour celle de la seconde et 10 500 Fcfa pour l’autre. Franchement, ce n’est pas facile », lance abattu M S.
Ce fonctionnaire héberge un neveu de son épouse. Ce dernier fréquente l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA), situé aux II-Plateaux dans la commune de Cocody. « Mon beau-frère a dépensé 1 050 000 Fcfa pour les frais de scolarité de 3 années académiques pour son fils. Sans compter les frais d’’inscription qui s’élèvent à 150 000 Fcfa », révèle cet interlocuteur. Il indique que son beau-frère a agi de la sorte pour éviter de payer des pénalités, car selon lui, des pénalités sont appliquées aux étudiants qui accusent des retards pour le paiement de la scolarité.
Le sentiment qui anime M S est également partagé par Stanislas L, éducateur dans un établissement secondaire privé. Bien qu’il ait 3 enfants à scolariser, l’éducateur soutient être anxieux au regard des frais occasionnés par la rentrée scolaire. Stanislas trouve son revenu trop juste pour faire face aux dépenses liées à la scolarisation de ses enfants.
Cet éducateur doit sortir, selon ses propos, approximativement 150 000 Fcfa pour la scolarité de ses jumeaux, qui sont à la maternelle. Il doit également prévoir 6 000 Fcfa par mois pour leur cantine et 500 Fcfa quotidiennement les jours de classe, à savoir lundi, mardi jeudi et vendredi. L’aînée des jumeaux de Stanislas, qui va faire la classe de CM2, fera dépenser environ 40 000 Fcfa à son père pour toute l’année scolaire. « La rentrée scolaire est une période stressante », renchérit-il.
Simon K, attaché culturel, apporte de l’eau au moulin des deux précédents intervenants. « La rentrée scolaire est une période stressante pour les parents d’élèves», soutient-il. Et de s’empresse d’ajouter : « Nous devons pourtant inscrire nos enfants pour préparer leur avenir ». Pour ce faire, Simon dit avoir donné une avance de 60 000 Fcfa dans une école primaire privée protestante pour scolariser ses 3 enfants, dont deux vont à la maternelle et l’autre sera inscrit en classe de CP1.
Alliance N et Lucien K, respectivement enseignant dans un établissement secondaire et employé dans une agence de communication, ne passent par quatre chemins pour déclarer qu’ils sont stressés à l’approche de la rentrée scolaire. Alliance évoque toutes les dépenses auxquelles les parents sont confrontés à chaque rentrée scolaire. Il cite entre autres l’inscription en ligne, l’inscription réelle, les tenues, les chaussures, les manuels, les photocopies de documents en l’occurrence pour les élèves du secondaire. «Mine de rien, le total de ces charges constituent des sommes faramineuses que les parents d’élèves sont obligés de sortir en l’espace de quelques semaines pour ne pas voir leurs enfants accuser des retards sur l’évolution des cours», fait-il savoir.
Lucien, qui trouve qu’il y a de quoi à être anxieux, est révolté contre le système éducatif : « C'est toujours stressant pour les parents que nous sommes. Surtout en raison de la conjoncture économique. Mais personnellement je prends ces dépenses comme un sacrifice, un investissement qui vaut la peine d’être fait. Seulement, je redoute que ce sacrifice ne soit pas récompensé en raison de la mauvaise qualité du système éducatif national, qui a montré ses limites. On nous fait beaucoup dépenser pour rien en définitive ».
Dans tous les cas, les parents sont obligés de faire des pieds et des mains pour que leurs enfants retrouvent le chemin de l’école le lundi 9 septembre 2019.
Jeremy Junior





