Décédé le jeudi 26 septembre 2019, Jacques Chirac restera à jamais lié à la rébellion qui a éclaté en Côte d’Ivoire en 2002. Son nom évoquera toujours ces années de folie que la Côte d’Ivoire a traversées entre 2002 et 2007, année de son départ du pouvoir. Il a notamment été accusé par le chef de l’Etat d’alors, Laurent Gbagbo, d’avoir partie liée avec cette rébellion. Aussi ses partisans ne l’ont-ils jamais porté dans leur coeur jusqu’à a mort.
De fait, quand éclatait, en 2002, l’insurrection armée qui allait déboucher sur une rébellion, Jacques Chirac s’apprêtait à entamer son second mandat. Il est tout de suite accusé par le président alors au pouvoir, Laurent Gbagbo, d’être impliqué dans cette rébellion visant à le chasser du pouvoir. Il est notamment accusé d’avoir armé les rebelles qui ont déclenché les hostilités à Abidjan dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, avant de replier sur le Nord du pays.
S’ensuivront des moments de tension, qui auront définitivement creusé le fossé entre Gbagbo, ses partisans et Jacques Chirac. Surtout, à partir des négociations de Linas-Marcoussis, dans la banlieue française, qui ont eu lieu en janvier 2003, sous l’égide des autorités françaises. Des décisions jugées impopulaires qui en sont sorties, ont mis le feu aux poudres en provocant l’ire des partisans de Gbagbo. On se souvient notamment des mouvements de rue, conduits par Charles Blé Goudé, au cours desquels étaient rejetées bruyamment les décisions de Linas-Marcoussis, qu’on disait suscitées par la « chiraquie ».
C’est l’époque où fleurissaient les discours anti-impérialistes et à relents souverainistes, qui visaient les autorités françaises, avec à leur tête Jacques Chirac. On disait qu’il était derrière le soulèvement armé engagé par des soldats issus majoritairement du Nord de la Côte d’Ivoire. Une période marquée par l’implication des ministres de l’ère Chirac comme Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie, dans les initiatives visant à circonscrire le drame ivoirien, et mieux, à y trouver solution. Une intervention perçue, dans le camp Gbagbo, comme une immixtion de « l’ex-colon » dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire.
D’où des tensions constantes, qui vont connaître un pique en avril 2004, suite au bombardement de la flotte aérienne de la Côte d’Ivoire par les soldats français de l’opération Licorce, alors déployés sur le territoire ivoirien. En effet, n’en pouvant plus de la situation de ni paix ni guerre, les autorités ivoiriennes vont donner l’assaut sur les positions jusque-là tenues par la rébellion. Manque de pot pour elles, cette attaque des soldats loyalistes va entraîner le bombardement du camp français de Bouaké, faisant des morts dans les rangs des soldats de Jacques Chirac.
Hérissé par ces pertes subies par l’armée française, Chirac va ordonner la destruction de toute la flotte aérienne de la Côte d’Ivoire. S’ensuivra un soulèvement des partisans de Gbagbo, qui par milliers vont déferler vers le camp français, le 43eBima, basé à Abidjan, dans la commune de Port-Bouët. Cette révolte des pro-Gbagbo sera sévèrement matée par les soldats français. L’ex-chef de l’Etat et ses partisans, appelés « jeunes patriotes », ont alors accusé la France d’avoir tué des manifestants aux mains nues, avec à l’appui des images fortes de corps déchiquetés.
Un épisode de la longue crise ivoirienne, qui aura ravivé l’animosité nourrie par les partisans de Gbagbo à l’égard de Jacques Chirac. Et cela, jusqu’à son départ du pouvoir avec l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. De sorte que l’ex-chef de l’Etat français est resté, jusqu’à sa mort, le 26 septembre 2019, comme le bourreau de Gbagbo et ses partisans, lesquels ne débordaient pas d’amour pour lui. Et c’est peu dire.
Assane NIADA





