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Politique

Ouverture du dialogue national au Cameroun: Biya gagne une bataille, mais pas la guerre

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Ça y est, le grand dialogue national initié par le président camerounais, Paul Biya, en vue de trouver une solution à la grave crise qui secoue la partie Nord-Ouest et Sud-Ouest  du pays, est désormais effectif et ce, depuis hier, 30 septembre. Si l’on s’en tient aux symboles qui ont marqué la cérémonie d’ouverture des travaux, l’on ne peut être optimiste quand à l’issue de ces pourparlers entre frères ennemis. En effet, des ex-combattants du maquis ont d’abord chanté en chœur l’hymne national, avant que l’un d’entre eux ne rassure en ces termes : « Comme moi, beaucoup sont prêts à rendre les armes, mais ils attendent de connaître les intentions du gouvernement à leur égard ». C’est dire si ces jeunes veulent des garanties. Et ils n’ont pas tort, car Paul Biya passe pour être un grand boulanger de l’Afrique contemporaine. Du reste, le fait de n’avoir pas élargi les prisonniers qui, pourtant, sont concernés au premier chapitre, et son absence à l’ouverture des travaux, laissent planer des doutes sur sa bonne foi. Peut-on faire le bonheur de quelqu’un en son absence? Cela dit, ce dialogue permettra-t-il aux acteurs de fumer le calumet de la paix? Rien n’est moins sûr. En tout cas, on a le sentiment que ce dialogue ressemble plus à un traquenard qu’à un outil de réconciliation entre frères camerounais. On ne le sait que trop bien, le régime Biya traverse une zone de turbulences. Tant et si bien qu’un dialogue, peu importe la qualité des participants, pourrait constituer pour lui une bouffée d’oxygène. Et vu sous angle, l’on n’exagérait pas en qualifiant ce dialogue de ruse de guerre de la part du pouvoir. Car, tout en permettant de desserrer autour du régime l’étau de la guerre de sécession dont le lourd bilan se chiffre aujourd’hui à près de 2 000 morts, ce dialogue lui donne l’opportunité de mettre à exécution la stratégie bien connue en pareilles circonstances, du diviser pour mieux régner.
Le tout n’est pas d’amener l’âne au puits
En effet, pendant que les ténors de la contestation du pouvoir de Paul Biya sont en prison, le dialogue national constitue une excellente occasion de faire émerger de nouvelles têtes qui, achetées à coup de millions de F CFA, parleront difficilement le même langage que leurs mentors emprisonnés. Et cerise sur le gâteau, en cas de succès de cette initiative du dialogue national, le pouvoir de Yaoundé réussirait une bien brillante opération de communication politique, en présentant le vieux président comme le véritable père de la Nation, artisan de la réconciliation nationale et icône de la paix. Un tel capital de sympathie suffirait à lui assurer la quiétude qu’il souhaite jusqu’à ce que la mort le sépare de son trône. Mais les adversaires martyrisés du régime accepteront-ils de jouer le jeu du dictateur? On attend de voir. Ce qui est certain, c’est que certaines exigences de l’opposition telles que la libération des prisonniers sont restées lettre morte et il faut croire que cela n’arrivera que lorsque Biya aura la garantie que ces derniers ne constituent plus une menace pour son régime. Il y a fort à parier que si, malgré tout, l’opposition décide d’aller à ce dialogue, c’est parce qu’elle s’est rendue à l’évidence que la politique de la chaise vide ne paie pas.  En Afrique, et surtout en politique, l’histoire nous enseigne que les absents ont toujours tort. Il est évident que si l’opposition boycottait ce dialogue, elle perdrait le capital de sympathie dont elle bénéficie auprès de l’opinion nationale et internationale qui ont bien accueilli l’idée de ce dialogue national si elles ne l’ont pas suscitée. Enfin, elle perdrait une tribune pour plaider sa cause et l’occasion de réclamer la libération de ses membres embastillés. L’un dans l’autre, l’on peut donc affirmer sans risque de se tromper que Paul Biya a bien étudié le terrain avant de poser son piège.  Mais le tout n’est pas d’amener l’âne au puits. Encore faut-il réussir à le faire boire l’eau. En effet, l’opposition va certes, à ce dialogue, mais rien ne nous dit qu’elle acceptera les propositions que fera le pouvoir surtout si elles ne vont pas dans le sens de ses intérêts. Autant dire que Biya a certes gagné une bataille, mais pas la guerre. Cela dit, l’opposition se doit d’être vigilante et exigeante au risque de n’avoir, plus tard, que ses yeux pour pleurer. En tout état de cause, les acteurs sont attendus au pied du mur car les citoyens ont plus que jamais besoin de la paix et de la cohésion sociale mises à rude épreuve par la crise anglophone et l’embastillement des leaders politiques.
DZ

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