S'il y a bien une ethnie en Côte d'Ivoire qui mérite la palme d'or de l'accueil, de la spontanéité et du pragmatisme, c'est bien les bété. On ne peut pas mieux faire. Mais pour vraiment s'en rendre compte, pour sortir des clichés et autres légendes urbaines faussement distillées, il faut aller au coeur du pays bété. Et y aller pour rencontrer les gens, leur parler et passer du temps avec eux. Généralement on en ressort à la fois conquis et surpris par le mauvais sentiment d'avoir été trop longtemps berné. Les bété sont certes d'une gentillesse spontanée, notoirement joviales, très accueillants mais ils savent aussi se montrer pragmatiques et sévères.
Lors d'une tournée de prospection à l'ouest, nous avons marqué le pas à Ziplignan, dans la Sous-préfecture de Bayota, département de Gagnoa. Nous nous y sommes arrêtés afin d'établir un contact préférentiel avec la notabilité locale pour qu'elle nous facilite le business. Qu'elle ne fût pas notre surprise lorsque nous nous sommes retrouvés face à un chef d'un gros village qui était d'une simplicité déconcertante. Assis en train de lire un quotidien de la place, l'homme ne présentait aucun signe extérieur de royauté. Accéder à lui ne fut pas non plus très compliqué. C'est un enfant qui aux abords de la chefferie nous a indiqué le chemin, en pointant du doigt l'endroit que nous recherchions :«cest le tonton qui est assis sur la chaise là-bas là »
À peine avions-nous annoncé les couleurs quant à nos intentions, que le chef nous demandait d'aller droit au but :« Mon petit si c'est cacao tu veux faut pas trop parler dans mes oreilles. Si tu as l'argent, fais ceci et fais cela, mais ne fais jamais comme ça, ou comme ci, c'est tout.» En quinze minutes chrono il avait réglé l'affaire dans ses contours essentiels. Les fournisseurs seront les coopératives de baoulé et bété qui souvent collaborent ensemble. Le cas échéant les gros producteurs individuels burkinabés et maliens viendront en appoint. Pour le transport brousse on devra s'appuyer sur la flotte de Kia de son «frère» Camara. La manutention sera confiée aux lobbi, ce sont les plus rapides selon ses dires. Lui même fournira du cacao issu de ses champs et ce sont ces fils qui vont coordonner le projet sur le terrain. Ce qui était frappant c'est qu'il a immédiatement inséré dans son plan toutes les couches ethniques du village équitablement en confiant à chacun selon ses spécificités une tâche. Mieux, des actions sociales étaient prévues par l'entreprise et le chef tenait à ce que allogènes maliens, guinéens, burkinabés, baoulé et autochtones bété puissent en bénéficier. Il s'agissait notamment d'un forage dans une zone d'extension et une salle de classe.
Depuis cette première visite en pays bété, j'en ai effectué des centaines de très longues durées. Je peux [c'est mon sentiment personnel] affirmer avec force que les bété que j'ai pu côtoyer, si bien Abidjan, qu'à l'intérieur du pays, sont d'une gentillesse étonnante. Le pragmatisme semble être chez eux, un trait de caractère naturel. À l'instar de ce chef, avec eux on se passe de fioritures et de pertes de temps inutiles. C'est droit au but, c'est clair, c'est concis, c'est oui ou non, c'est précis et c'est redoutablement efficace. Les légendes urbaines circulent et beaucoup de contre-vérités se disent. Néanmoins les baoulé, burkinabés, maliens, guinéens etc qui vivent en bonne intelligence aux côtés des bété depuis des décennies sur leurs terres, savent en leur âme et conscience de quoi je parle. En fait il y a de nos jours, d'un côté Facebook et les journaux qui se chargent quelques fois de l'intoxication, et puis il y a la réalité du terrain. Je veux bien croire que certains bété, notamment en milieu urbain aient dévié de ces fondamentaux qui sont les leurs, sous influence partisane, mais globalement le bété au cœur de ses terres est accueillant, spontané et pragmatique. Stop aux amalgames et que la vérité soit: Les bété sont incroyablement accueillants.
Jean Christian Konan





