Les premières décisions de la présidence Tebboune commencent à tomber, et l’une d’elles porte sur le verrouillage de l’information officielle en désignant l’APS (l’agence Algérie Presse Service) comme seul et unique canal de diffusion de toute info institutionnelle, à l’exclusion de tout autre média.
C’est ce qu’a annoncé un communiqué de la Direction de la presse et de la communication (DPC) de la présidence de la République, relayé justement par l’agence officielle, ce samedi.
«La Direction de la presse et de la communication de la présidence de la République informe l’ensemble de la presse, supports et plateformes de communication, que l’information officielle est rendue publique à travers des communiqués de la présidence de la République publiés par l’agence Algérie Presse Service (APS) et que toute information rapportée en dehors de ce canal est à classer dans la case de la propagande et la désinformation», martèle textuellement le communiqué de la Présidence.
La nouvelle équipe à El Mouradia entend même sévir contre toute entorse à cette règle : «Les informations diffusées à travers tout média ou plateforme de communication à titre de scoop ou dans le but de faire accroire à l’opinion publique à une proximité de la source d’information sans respect des lois de la République et des règles de la déontologie, exposeront leurs auteurs aux peines prévues par les lois de la République», précise la même source.
En guise de compensation, la DCP promet des points de presse périodiques : «Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé la tenue de rencontres périodiques avec la presse pour expliquer la situation générale, requérant la pondération et la sérénité, pour répondre à toutes les questions de la presse.»
La Présidence a annoncé dans la foulée «l’accréditation prochaine de journalistes de différents médias pour la couverture des activités présidentielles, sans distinction ou exclusion aucune». Et de conclure : «La nouvelle République ne saurait être édifiée sans la concrétisation du principe de l’échelle des valeurs.»
«Fake news»
Cette mesure forte du cabinet Tebboune n’a évidemment pas manqué – on l’imagine aisément – de faire réagir au sein de la profession.
A la première lecture, d’aucuns y ont vu une manière de «faire le ménage» dans un champ médiatique dominé par des chaînes TV privées (qu’on appelle péjorativement «offshore»), qui ont eu pendant longtemps la primeur de l’info officielle.
C’est surtout le cas d’Ennahar TV qui était réputée proche de Saïd Bouteflika, et qui était devenue, à l’époque du Président déchu, le canal officieux de la communication gouvernementale et un redoutable outil de propagande au profit du clan Bouteflika.
Ainsi, Ennahar TV avait très souvent l’exclusivité sur des sujets qui étaient traditionnellement l’apanage des médias publics, multipliant bandeaux rouges «aâdjel» (urgent) et autres JT martelant en boucle nominations, remaniements, limogeages, mouvements dans le corps des walis, dans les corps des magistrats, de la police, de l’armée, de la diplomatie, ou bien répétant inlassablement les supposées «instructions» de «Fakhamatouhou».
Dans une tribune publiée sur sa page Facebook à l’été 2017, Noureddine Boukrouh s’étonnait qu’Ennahar soit devenue «la source de toutes les sources».
«Pourquoi cette chaîne de statut étranger a-t-elle pris la place de l’agence officielle de presse et de la chaîne publique de télévision ? C’est un des mystères de la communication de l’Etat sous le 4e mandat», s’interrogeait avec une pointe d’ironie l’auteur de L’Algérie entre le mauvais et le pire.
La situation ultraconcurrentielle induite par l’explosion du numérique et le laminage des médias traditionnels par les réseaux sociaux a probablement pesé aussi dans ce «recadrage». La fièvre digitale a eu, en effet, pour conséquence une course effrénée au scoop et son corollaire : les fake news.





