La cinquantième édition du Forum économique mondial de Davos en Suisse, qui vient de se tenir s’est appesantie pour l’essentiel de ses travaux sur l’épineuse question de la dégradation du climat, que subie la planète terre. « Comment éviter l’apocalypse climatique » était l’un des thèmes forts de cette rencontre. Il est en soi assez remarquablement évocateur d’une certaine prise de conscience, des organisateurs de ce grand rendez-vous, de l’influence continue et amplifiée de la dégradation du climat sur les préoccupations d’ordre économique mondial. Disons- le sans détour aucun : le monde a besoin à ce jour de nouveaux modèles économiques, qui accordent une place prépondérante à la préservation du climat.
Des modèles respectueux des équilibres écologiques naturels et environnementaux existants. Une réalité qui s’affirme chaque jour qui passe, au regard des multiples conséquences du dérèglement climatique qu’enregistre la planète terre. En fait, on ne le dira jamais assez, les grands incendies qui viennent de détruire des centaines d’hectares de forêts en Australie, tout comme ceux qui depuis quelques temps, sont quasi annuellement déclenchés en Californie aux Etats Unis, ainsi que les inondations dramatiques qu’engendrent dans le même temps, les pluies diluviennes sont des faits illustrateurs des conséquences du phénomène. Inutile de dire que l’Afrique n’échappe guère à ces implications catastrophiques du changement climatique. Tant il est vrai que la sécheresse s’accentue dans le Sahel à une vitesse inquiétante, les régimes pluviométriques sont de plus en plus difficilement maitrisés par les agriculteurs. Rendant par ce fait même, impossible d’élaborer avec une bonne dose de certitude, des calendriers agricoles bien appropriés comme par le passé, à l’usage des producteurs. Et quand les pluies s’abattent c’est au moment où l’agriculteur s’y attend le moins, avec des torrents destructeurs des cultures déjà fortement éprouvées par le stress hydrique passé par là. Le milieu rural n’est plus le seul lieu de prédilection pour mieux identifier et prouver ces conséquences du réchauffement de la terre. Elles sont toutes aussi devenues récurrentes, les plaintes émanent des habitants des écosystèmes urbains, faisant état d’ensoleillements intensifs et d’inondations fréquentes.
Des milliers de réfugiés climatiques ayant abandonné les agglomérations rurales et autres zones névralgiques aux effets du changement climatique, viennent annuellement grossir le nombre des populations des capitales africaines. Espérant pouvoir y trouver de meilleures conditions de vie. Mais en réalité, c’est à un grossissement de la population des bidonvilles que l’on assiste plutôt, ainsi qu’à l’occupation continue des endroits à risque, donc non constructibles.
Voilà le triste tableau que la surchauffe du climat impose chaque année un peu plus, aux gouvernants du continent. Sans qu’ils ne soient à même de l’effacer avec toute l’efficacité requise. Etant donné l’immensité des problèmes classiques de développement, qu’ils s’échinent quotidiennement à résoudre. On ne le sait que trop : l’Afrique ne peut être tenue pour responsable du dérèglement que subi aujourd’hui le climat à l’échelle mondiale. Elle n’est pas non plus émettrice à profusion et en mode industriel surtout des gaz à effet de serre, responsables de cette dégradation continue du climat. Pour autant, cela ne la met point à l’abri des affres du phénomène. Malheureusement il est à constater que, les gouvernants africains ont la fâcheuse tendance de se focaliser sur les appuis et promesses mirobolantes qui leur reviennent tels des refrains usés à chacune des grandes rencontres planétaires, sans que ceux-ci ne prennent véritablement forme.
Le fonds climat dont la décision de la création effective remonte à plus d’une décennie déjà, destiné au financement des projets et autres initiatives d’adaptation et de résilience des Etats africains aux conséquences du dérèglement climatique, n’est toujours pas aussi actif comme il se doit. C’est que sa dotation annuelle de la somme de cent milliards de dollars par les pays riches, gros pollueurs au monde, moult fois annoncée semble encore n’être qu’un leurre. La vérité étant que tous ont du mal à se départir de leurs modèles économiques actuelles, avec à la base une industrialisation poussée, incubatrice à ce jour de modes de vie, de penser de consommation et d’actions réfractaires à toute mutation civilisationnelle.
Un bouleversement véritable, préjudiciable à bien de profits, de gros profits même. Ce qui explique pourquoi, la transition énergétique exigeant l’abandon des énergies fossiles, que sont le pétrole et le charbon notamment, au profit des énergies renouvelables, à savoir le solaire, l’éolienne, l’hydroélectricité, le biogaz et autres, traine les pieds. L’exécution d’ici à 2050, des différents plans et programmes mis en place à cet effet dans nombre de pays européens sont loin de donner satisfaction. Et cela, bien que l’exigence de ladite mutation s’affirme au fil des ans comme une incontournable nécessité, garante de la survie sociétale et civilisationnelle, de ces pays dits industrialisés ou simplement développés.
Ainsi que nous l’avons nombre de fois répété, l’Afrique ne devrait plus attendre. Ou simplement adopter cette posture d’observateur calculateur des implications des choix à opérer. Elle devra s’engager pleinement dans la stricte application du concept du « développement durable ». Lequel signifie tout simplement, assurer le développement tous azimuts des pays tout en respectant et protégeant, ses équilibres environnementaux naturels .Ce qui appelle indubitablement à des choix de modèles de développement ou la sauvegarde des systèmes écologiques est au centre de toutes les actions.
Les initiatives et projets qui constituent les contributions nationales déterminées (CND) ou encore l’ensemble des actions à mener par les Etats en vue de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du changement climatique et dont les financements sont attendus du Fonds pour le climat, ne sauront à elles seules suffire pour protéger les équilibres écologiques du continent. Et partant, assurer ou garantir de meilleures conditions de vie aux populations. Il y a plus et mieux à faire. Il y a surtout cette absolue nécessité de développer une conscience écologique chez tous en Afrique. Laquelle aura pour noble effet de conditionner les comportements et agissements en vue de les formater sur la base du respect de l’environnement. De sorte que, les gestes, pratiques, actions et autres raisonnements qui agressent au quotidien les systèmes écologiques, disparaissent. Toute chose qui a grandement fait défaut aux pays développés au moment où, ceux-ci donnaient de l’ampleur à leur industrialisation, pour assurer l’existence de la société de consommation actuelle qui est la leur. C’est là, une réalité qui s’impose à ce jour aux populations de ces pays , comme un travers de leur évolution sociétale, dont elles ont fort heureusement conscience, et qu’elles cherchent à corriger, par l’entremise de nouveaux rapports avec la nature, avec l’environnement. Des rapports dits propres, qui touchent à tous les domaines quotidiens de la vie, en ayant toujours à l’idée la sauvegarde de la diversité biologique et des interactions ou interdépendances entre chacun de leurs constituants. Des mouvements et organisations sociétales dits écologistes ont été créés à cet effet, qui veillent à l’appropriation totale de ces nouvelles valeurs par tous. Des leçons d’évolution et de construction de sociétés humaines nouvelles, dont les africains gagneraient à s’inspirer, dans leur quête quotidienne du développement, au demeurant légitime.
Moussa Ben Touré





