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Au Cameroun, l’état du système sanitaire met à mal les efforts de préparation contre le Covid-19

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La population doute des capacités du pays à endiguer une potentielle épidémie alors que les moyens manquent partout pour assurer les soins quotidiens.
« Cas suspects »….. Sur la porte de la chambre, l’affichage improvisé au feutre donne le ton. Après avoir résonné sur le carrelage du couloir, les pas du docteur David Mekolo s’arrêtent et l’anesthésiste jette un œil dans la salle vide juste meublée de deux lits inoccupés, avant de pénétrer dans une chambre voisine du service de réanimation de l’hôpital Laquintinie, à Douala, la capitale économique du Cameroun.
Là, le médecin ajuste un masque relié à un appareil respiratoire et s’allonge avant d’être aidé à se redresser et à se recoucher. « C’est une simulation, précise celui qui est aussi responsable du comité de catastrophe, mis en place à la mi-février. En temps normal, les soignants seraient protégés et l’accès à cette ancienne salle de réanimation, qui est notre site provisoire de quarantaine, serait interdit. »
 
L’hôpital Laquintinie est l’un des plus gros établissements hospitaliers et l’un des centres de traitement sélectionnés par les autorités camerounaises pour recevoir les cas suspects ou confirmés de coronavirus au Cameroun. « Nous travaillons d’un commun accord avec les services de l’aéroport international de Douala », observe le praticien qui répète le circuit bien balisé. « Ici, le malade arrive en ambulance par l’entrée de secours et est dirigé vers l’un des trois lits de prise en charge. Deux pour des cas suspects et un pour un probable cas confirmé », poursuit le responsable.

« Excellent niveau »

Pour l’instant, aucun cas confirmé de contamination n’a été enregistré dans le pays, qui se classe au 150e rang mondial en matière de développement humain (indice PNUD) sur 162 pays classés et où l’espérance de vie plafonne à 58,9 ans. Des cas suspects ont bien été signalés mais les analyses effectuées par le Centre Pasteur de Yaoundé, dans la capitale, sont pour l’heure toutes négatives. Il n’empêche, le Cameroun se prépare dans la crainte alors que le nombre de cas au coronavirus dans le monde approche les 100 000 cas sur 76 pays et territoires et que l’Afrique n’en a répertorié qu’une dizaine dans six pays.
Dans la partie subsaharienne du continent, le Sénégal a enregistré son deuxième patient positif au Covid-19. Au Nigeria, qui partage une longue frontière terrestre de 1 600 km avec le Cameroun, un Italien a été testé positif. « Nous sommes inquiets du cas détecté au Nigeria. Ça entache notre sérénité, avoue-t-on au ministère de la santé publique. Et il y a lieu de renforcer la vigilance, car aucun pays au monde n’est à l’abri. Regardez la Chine, la France, les Etats-Unis qui ont infiniment plus de moyens que nous. »
Pour rassurer la population, le docteur Manaouda Malachie, ministre de la santé, multiplie les messages sur les réseaux sociaux et les visites de terrain afin de « montrer notre excellent niveau de préparation, même s’il n’y a pas de risque zéro », assure son entourage.
 
Lundi, à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, Manaouda Malachie est venu entouré de quelques journalistes observer le travail de l’équipe de riposte : thermomètre flash, caméra thermique, prise de température des passagers, fiches sanitaires remplies, salle d’isolement… Selon le ministère de la santé, les aéroports de Douala et de Garoua, dans la région Nord, en sont également dotés. Et le ministre a annoncé l’acquisition de nouvelles caméras thermiques pour les frontières terrestres avec le Tchad, le Nigeria et les ports. Des mesures qui peinent à convaincre les Camerounais.
« C’est extraordinaire ! Au lieu que les Camerounais soient fiers des efforts déployés par leur pays dans le cadre de la préparation contre cette épidémie, ils sont les premiers à dénigrer ce qui est fait, alors que certains pays en sont admiratifs », s’est fendu le ministre sur son compte Twitter, visiblement excédé.
Parmi les réponses, de nombreux Camerounais le félicitent et l’encouragent pourtant à coups de « reconnaissances » et de « félicitations ». D’autres en revanche saisissent cette occasion pour rappeler les évacuations sanitaires des ministres et des élites vers l’étranger au moindre pépin de santé, les ruptures de stocks d’antirétroviraux pour les personnes séropositives, des services de santé « nuls »… « Le choléra, qu’on connaît depuis longtemps, nous dépasse. Du coup, on se demande si on va savoir gérer le corona ! », ironise Papy Bikanda sur les réseaux sociaux. « Avons-nous les capacités et le matériel nécessaires pour mettre une ville comme Douala en quarantaine ? », interroge un internaute dubitatif.

Site de prise ne charge….... à construire

A Laquintinie, le personnel ne cache pas les insuffisances du dispositif. D’abord la nature provisoire du site actuel de la quarantaine. « L’hôpital a prévu un site définitif qui se trouve loin des fréquentations du grand public », souligne David Mekolo, qui appelle aussitôt le ministère à le construire « en urgence ». Le responsable du comité de catastrophe déplore aussi le manque de personnel et la faible capacité d’accueil qui n’est pour l’instant que de trois malades pour les trois lits disponibles.
 
Au service d’hygiène, assainissement et technologie, Georges Jemchi, le chef de département, déchire les cartons neufs, exhibe des masques, des combinaisons et du matériel de désinfection, des housses mortuaires. Des pièces à usage unique qui ne permettront cependant de tenir que quelques jours ou sont bien insuffisantes en cas d’afflux de malades. « Si nous avons dix cas, il y aura déjà des difficultés », précise Georges Jemchi qui sort de l’un des tiroirs de son bureau « l’unique thermomètre à infrarouge » dont il dispose. « S’il y a un cas, il faudra filtrer les entrées. Les vigiles et chaque poste de consultation doivent donc disposer de thermomètre, car les malades de coronavirus n’arrivent pas sur des chariots. L’hôpital doit en acquérir », assène-t-il.
En attendant, Georges Jemchi recommande aux Camerounais de bien se laver les mains, de composer le 1510, le numéro vert contre le coronavirus, ou de se rendre dans les hôpitaux en cas de doute.

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