Deux jours après l’entrée en vigueur des différentes mesures arrêtées par le Conseil National de Sécurité, dans la lutte engagée contre la propagation du Coronavirus, il apparait que dans les communes populaires d’Abidjan, celles-ci font l’objet d’un niveau de respect satisfaisant. En effet, à Abobo, Adjamé, Yopougon et Koumassi notamment, l’on peut dire que dans l’ensemble tout va mieux pour l’instant.
Les responsables des écoles tant publiques que privées, ainsi que les tenanciers de bar de la commune d’Abobo se montrent respectueux des mesures prises par le gouvernement. Dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus 2019 (COVID-19). Ils ont appliqué à la lettre les dispositions établies à ce sujet. Il est pratiquement 10 heures, quand nous arrivons au collège le Destin d’Abobo. Ce n’est pas la chaude ambiance des jours précédents, marquée par les élèves qui vont ou viennent de l’école. L’établissement est complètement vide. Hors mis le gardien, le directeur des études, sa secrétaire. Ainsi qu’un enseignant, venu faire un tour à l’école. Rodrigue Mambo, le directeur des études, nous confie que conformément aux décisions du gouvernement, l’école a fermé ses portes depuis le mardi 17 mars 2020. Il dit être venu gérer les affaires courantes. La décision du gouvernement, selon ses propos, est salutaire. Dans la mesure où selon lui, elle permet de protéger les populations, et éviter la propagation du virus. Surtout que ce collège revendique plus de 1 500 élèves.
Toutefois, le directeur des études précise que la décision va entrainer des désagréments dans la programmation des activités des écoles. Il souhaite de tout cœur que la hiérarchie se penche sur la situation afin qu’une solution soit trouvée à cela. A l’instar du collège le Destin, les salles de classes de l’EPP Municipalité située au à une centaine de mètres du carrefour André bar, sont également toutes fermées.
Dans la cours de l’école, nous trouvons des enfants jouant au football. Pendant ce temps, le directeur des études de l’IEGS As Pouchkine d’Abobo Akeikoi-extension est soucieux. Bien qu’il se soit plié aux décisions du gouvernement en renvoyant les élèves de son établissement à la maison, Claude Atsin, cherche des voies et moyens pour régler le salaire de ses employés. Nous l’avons trouvé au sein de son établissement en compagnie du comptable. Qu’il a fait venir expressément pour qu’ils trouvent ensemble une solution au problème. Les créances que les parents d’élèves doivent verser s’élèvent à plus de 3 millions de Fcfa. Il se demande si ceux-ci seront en mesure d’achever à temps le paiement des frais de scolarité de leurs enfants, afin qu’il puisse s’occuper de son personnel. Il espère que l’Etat va apporter un soutien aux établissements qui sont dans le même cas que le sien, eu égard à la situation. Nous avons trouvé les lycées modernes d’Abobo 1 et 2, vides à l’image des précédents que nous avons sillonnés. A l’entrée, se trouvaient des élèves venus chercher des cours photocopiés de SVT. Dans la cours, le silence était total. On y voyait que des agents de sécurité et d’autres travailleurs venus débroussailler les herbes.
Dans la commune d’Adjame, le lycée moderne Djedji Amondji Pierre, était tout aussi désert. Sauf une seule salle de classe, ou se tenait une réunion du Coges. Confirmation donnée par le gardien Fulgence Serey Wehi. Qui s’empresse d’ajouter que la salle sera fermée immédiatement après à la réunion. Le gardien de l’école confie que le proviseur était là, pour s’assurer du respect des mesures du gouvernement. Fulgence sillonne alors et ne laisse entrer aucun élève. Les collèges Victor Schœlcher, Jean-Paul Sartre, et les Cours Loba, non plus ne comptaient personne en leur sein, à notre passage ce mercredi 18 mars. Les portails étaient tout simplement barricadés. Personne ne pouvait y avoir accès. Plus loin, précisément au quartier Saint Michel, les lycées modernes Adjame Harris et Nangui Abrogoua, sont dans la même situation. Les salles de classes sont closes. Les agents sécurité déambulent pour veiller au grain.
Le bon exemple
Les amateurs de bar doivent aussi s’abstenir de fréquenter ces lieux pendant une période minimale d’un mois. En effet, les bars sont également concernés par les mesures. Le bar New Relais, situé à quelques pas du carrefour destin au quartier Akeikoi-extension dans la commune d’Abobo était clos, contrairement à ses habitudes quotidiennes. Nous y trouvons, assis en train de regarder la télévision, le gérant répondant au nom de Roch Akoun Kotti. Il fait savoir que conformément à l’annonce du gouvernement, le bar est fermé pour un délai d’un mois. Il nous apprend en même temps que ses 12 employés, du fait de la situation, sont au chômage, et attendent d’être rappelés quand la réouverture sera autorisée. Son vœu le plus ardent, est justement qu’une solution soit trouvée le plus tôt possible à la pandémie du Covid19, afin que son bar se remette à fonctionner.
Le bar Fifa, situé en face de la station Ivoirelub à Akeikoi-Extension, n’avait pas ouvert non plus. Le gérant d’un magasin de gaz, voisin de cet établissement de loisirs confirme qu’il est fermé, par rapport à l’annonce des autorités gouvernementales. Idem pour Nickel bar, sis à l’espace Taudjau dans la commune d’Adjamé.
A Yopougon, quelques habitants semblent fouler au pied les mesures arrêtées par le Conseil National de Sécurité. En effet, sur une centaine de personnes rencontrées ici et là, environ une trentaine seulement semblent prendre véritablement au sérieux, les mesures d’hygiène corporelle et comportementale. Car elles ne supportent pas de porter un cache-nez en longueur de journée, de se laver les mains plusieurs fois quotidiennement avec du gel désinfectant, ou de l’eau et du savon. Apres un tour dans une église de la place, on pouvait apercevoir des fidèles chrétiens attroupés pour un rosaire. Certains affirment que ces mesures sont très difficiles, une raison pour eux de s’en remettre à Dieu. Car lui seul pourra les protéger contre cette pandémie.
Pour les tenanciers de restaurants et des établissements de loisirs, faire du profit à tous les prix est leur leitmotiv. Ils se soucient peu de la vie de leurs clients, car malgré lesdites mesures, des bars, night clubs, glaciers…sont toujours ouverts. D’aucuns prétendent que puisque cette pandémie n’a pas fait de victimes en Côte d’ivoire, il n’y a pas lieu de s’en méfier outre mesure. «Tout ce qui se dit, sur internet même à la TV sont des fakes news » affirme un passant l’air confiant. Quant à la mesure portant fermeture de tous les établissements d’enseignement préscolaire, primaire, secondaire et supérieur pour une période de 30 jours depuis le 16 mars 2020 à minuit, elle fait plutôt l’objet d’un suivi à la lettre.
Cafés, Pâtisseries et Nigt Clubs ne suivent pas à Koumassi
Dans la commune de Koumassi ( située au sud d’Abidjan), le constat, ce mercredi 18 mars est net. Tous les établissements scolaires et de formation professionnelle sont fermés depuis mardi 17 mars, au lendemain de la déclaration du CNS.
Seul, le personnel administratif assure le service minimum. Comme c’est le cas à l’institut de formation Sainte Marie ( ISFM) où l’un des responsables, Mr A. Blé nous a reçu. « Depuis l’annonce de cette décision, nous avons pris des précautions sur recommandation du fondateur de l’établissement. Nous avons un stock de gel, des gants et des cache- nez que nous avons distribués à tous nos élèves. C’est une mesure salutaire que nos gouvernants viennent de prendre. Et d’ici un mois, nous verrons son impact réel sur les populations de Koumassi mais aussi, de toute la Côte d’Ivoire » s’est exprimé Mr Blé. Au groupe scolaire La Rochelle, le constat est le même. A l’heure de notre passage ( 11 heures), seul l’agent de sécurité des lieux était présent et sur sa table de réception un bidon de gel désinfectant. Preuve du respect des mesures prises par les autorisées, mais aussi et surtout, comme il nous l’a indiqué : « La santé n’a pas de prix et j’applique au travail comme à la maison les mesures de prévention ». La réalité est toutefois différente ailleurs. Précisément dans plusieurs pâtisseries, cafés, restaurants et boîtes de nuit de Koumassi.
Nombreux parmi eux qui reçoivent plusieurs clients n’ont pas encore pris de dispositions particulières contre le COVID-19. Négligence ? La réponse d’un des responsables de café : « je suis conscient du danger que nous courrons actuellement. Mais, il y a pénurie de gel désinfectant dans tous les supermarchés et les boutiques de Koumassi. C’est pourquoi, j’ai recommandé aux clients l’usage du savon en poudre et l’eau pour se laver les mains que vous voyez. J’espère que d’ici la fin de la semaine, nous serons approvisionnés. C’est une question de vie. »
Dans un restaurant très connu à Koumassi, la responsable s’entretient avec ses employés, sur la manière d’accueillir désormais la clientèle par rapport aux nouvelles dispositions en vigueur. « Chers collègues, je voudrais encore une fois de plus rappeler que le Coronavirus est une réalité dans notre pays. Nous devons strictement nous conformer aux mesures de nos autorités pour notre santé d’abord. Vous savez que nous recevons une forte clientèle pour la qualité de nos plats et de notre propreté. Nous sommes en rupture de gel hydroalcoolique et les cache-nez pour nos clients. J’invite tout le monde à garder son calme mais à respecter scrupuleusement toutes les mesures de prévention. J’espère que dès demain, le restaurant aura un important stock » indique dame Thomas. La boîte de nuit Tapis Rouge à Koumassi- Remblais a décidé de fermer pour 30 jours. Le responsable a indiqué se conformer au respect des mesures de l’Etat.
A l’aéroport international Félix Houphouet Boigny d’Abidjan, les mesures de contrôle et de prévention sont de plus en plus renforcées. Précisément à l’égard des voyageurs qui arrivent. Le suivi et l’évaluation du fonctionnement du dispositif mis en place à cet effet, sont régulièrement effectués. De sorte à pouvoir déceler à temps, toutes les failles qui pourraient se glisser dans le système. Toute chose dont s’est du reste réjoui hier, le ministre de la santé et de l’hygiène publique, Dr Aka Aouélé en visitant les lieux.
Par ailleurs, dans la plupart des rues les plus passantes, ainsi que les places publiques d’Abidjan, l’on commence à s’habituer petit à petit aux personnes portant des caches nez. Un fait qui a brusquement entrainé une augmentation du prix de ces objets. Passant de cent francs initialement, à cinq cents francs, voire plus. En outre, les entreprises, établissements bancaires, ainsi que plusieurs autres services publics ont commencé depuis hier, à entreposer à leurs entrées, des seaux d’eau dotés de robinets pour le lavage obligatoire des mains, avec du gel de savon.
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Jérémy Junior, Hugues Yedoh, I. Sékou Koné





