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Enquête Express/ Coronavirus: La peur des habits contaminés fait fuir les pressings

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Le secteur du pressing est lui aussi affecté par la pandémie du coronavirus. En raison de cette crise sanitaire, non seulement les clients se raréfient dans ces espaces de lavage de linge mais aussi les gérants ont peur d’être infectés par des habits contaminés. Tel est le constat que nous avons fait sur le terrain.
 
Sale temps pour les pressings, pourrait-on dire, par ces temps d’épidémie du coronavirus. Frappés de plein fouet par cet ouragan sanitaire, la plupart de ces commerces peinent à survivre. Plusieurs ont même déjà fermé. « Compte tenu de l’évolution de la pandémie du Covid-19, le pressing de Blockhauss ferme ses portes. La réouverture est prévue pour le 3 mai prochain », informe, depuis le samedi 4 avril 2020, une affiche collée au rideau baissé d’un pressing à Cocody.
A la vérité, la situation de ce pressing est loin d’être un cas isolé. Plusieurs autres que nous avons visités broient du noir. Victimes collatérales de la crise sanitaire, les pressings connaissent un ralentissement d’activités dû au confinement et à la raréfaction des ressources financières qu’il engendre. « Les clients viennent au compte-gouttes. Nos recettes ont sérieusement baissé », explique Alice, gérante d’un pressing à Marcory. Selon elle, cela pourrait s’expliquer par le fait que nombre de travailleurs ont cessé de se rendre au bureau et donc n’éprouvent plus le besoin de faire laver les habits au pressing.
 
Le virus survit 12 h sur les vêtements
 
Bien que l’atelier reste ouvert, les habitudes ont été modifiées dans ce pressing du fait de la crainte du virus de la mort. « Après avoir enregistré les habits, je me lave les mains avec du savon aussitôt. Et je désinfecte le comptoir à l'eau de  Javel. Toutes les 15 ou 20 minutes, je désinfecte la poignée de la porte d’entrée et le comptoir », fait-elle savoir. « Cette histoire prend de l’ampleur. Ce n’est pas du jeu ! », poursuit-elle, pour justifier ces mesures de précaution dont elle s’entoure désormais.
A Cocody, la commune d’Abidjan la plus touchée par le coronavirus, on note la même hantise du virus semeur de mort. Et la raréfaction des clients. Dans le pressing qu’il dirige dans les environs de l’Allocodrome, Diallo Alpha a lui aussi pris des précautions pour éviter d’être infecté. « Nous venons au travail la peur au ventre. Mais que pouvons-nous faire ? », lâche-t-il. Et d’ajouter : « Selon les informations que nous recevons, le virus survit près de 12 heures sur les vêtements. C’est pourquoi dès qu’on enregistre les habits on les dépose à côté pendant 24 heures avant de commencer à les traiter ».
 
Précautions renforcées
 
D’autres précautions sont prises pour renforcer la sécurité : « On sépare les habits d’un client de ceux d’un autre, aussi bien au moment de les ranger que pendant le lavage. Puis on les lave au savon. Et on les repasse. Autant de mesures qui sont censées les débarrasser d’un éventuel virus ». A toutes ces précautions sécuritaires s’ajoute la désinfection de la poignée de la porte d’entrée à l'eau de Javel après l’entrée et la sortie du client. On désinfecte également, après son départ, la chaise sur laquelle s’asseoit le client et avant d’en recevoir un autre. Sans compter le masque que porte ou plutôt portait la fille chargée d’accueil.
 
Baisse des recettes et chômage technique
 
Du fait de la baisse des recettes engendrée par la rareté des clients, elle a été mise au chômage technique. «Nous subissons une perte drastique de recettes. C’est depuis le mois de mars que tout a commencé à tourner au ralenti. Mais les choses se sont accentuées depuis le début de ce mois. Par le passé, on pouvait avoir 4 ou 5 clients par jour ; aujourd’hui on n’en a plus que 1 ou 2 par semaine», explique Diallo Alpha. Pour qui, la situation est intenable pour des acteurs de ce secteur. « Nous vivons au jour le jour. Si nous ne bénéficions pas de mesures d’accompagnement, ça va être difficile », avoue-t-il.
Et de plaider pour une implication du gouvernement dans la résolution de l’équation du loyer. « On nous dit de négocier avec les propriétaires de maison, or il n’y a pas de cadre de négociation », déplore-t-il, avant de plaider pour l’annulation des factures d’électricité et d’eau de ces mois de crise sanitaire.
Même galère au pressing dirigé par Podé, à l’entrée de Cocody Blockhauss. « C’est difficile, vraiment difficile!», se lamente-t-il. Selon lui, cette raréfaction des clients s’explique par le fait que les priorités des clients ont changé par ces temps de crise sanitaire et son corollaire de confinement : « Ils préfèrent s’approvisionner  en vivres au lieu de venir retirer des habits déjà déposés ou déposer de nouveaux vêtements ». Il appelle donc à un soutien plus audacieux de l’Etat aux acteurs du secteur informel comme eux. Pour lui, en effet, la solution préconisée pour faire face au problème des factures par exemple n’est pas suffisante. « Il ne sert à rien de repousser le paiement des factures d’électricité, ça va nous rattraper », déplore-t-il.
Chez Podé aussi, des dispositions nouvelles ont été prises pour coller au contexte de crise sanitaire. « Désormais, tout client qui entre ici, commence à se laver les mains avec du gel hydroalcoolique. Et après enregistrement des habits, nous nous lavons les mains avec du gel. Celle qui reçoit les clients porte un masque. Et les habits sont lavés à la machine jusqu’à 90° et avec de la javel et d’autres produits. Puis on les repasse. Même si ces habits étaient infectés, le virus va mourir », assure-t-il.
Dans le pressing que gère Ouédraogo « au lavage », à la Riviera 2, les difficultés financières ont poussé le gérant à ranger au placard les précautions sécuritaires qu’il avait adoptées au début de la crise sanitaire. « J’avais acheté des gants et des masques, mais le stock est épuisé et je n’ai plus d’argent pour en acheter », nous fait-il savoir. Il ajoute qu’il n’a même plus de quoi acheter les produits lui servant à traiter les habits. "Rien ne bouge. Ceux qui ont déposé les habits ne viennent pas les retirer, de nouveaux clients ne viennent pas non plus. Du lundi à ce jour ( jeudi 9 avril 2020, ndlr), je n’ai gagné que 2000 F CFA », se lamente-t-il.
Et d’ajouter : « Les autorités municipales nous disent de fermer parce qu’on peut être contaminés par des clients et des vêtements. Mais, moi, je ne vis que de ça, si je ferme, je fais comment ? ». D’autant que, renchérit-il, les propriétaires de magasins les pressent de payer le loyer. «On est bien conscients qu’en lavant les vêtements des clients, on peut contracter la maladie, mais on n’a pas le choix. Si on ferme, on sera obligés de rester à la maison et dans ce cas, la situation ne fera qu’empirer », lâche ce gérant du pressing, la mort dans l’âme.
Selon le Centre américain de contrôle et prévention des maladies (Cdc), le coronavirus peut être transmis par des gouttelettes respiratoires. Or, estime Carol Winner, spécialiste en santé publique, certains vêtements peuvent contenir des gouttelettes respiratoires, notamment ceux qui sont portés tous les jours. Elle ajoute toutefois que ces particules peuvent s’assécher avec le temps, ce qui peut rendre le virus inactif.
Et d’en déduire : « Non, il n’est pas dangereux d’utiliser une machine à laver commune en ce moment car, d’après les recherches actuelles, le virus ne résiste pas aux températures supérieures à 30°C (…) Le principal problème est la distanciation sociale et le contact avec des surfaces et des personnes potentiellement contaminées, à la laverie. Ce n’est pas le linge en soi ». Aussi conseille-t-elle de laver autant que possible les vêtements à l’eau chaude, « car cela va tuer le virus ». Voilà qui devrait rassurer ceux qui fuient les pressings par peur du Covid-19.
 Karine Koré            
 

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