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L’Enquête du jeudi : que vaut le téléenseignement, une semaine après son lancement ?

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Quelques semaines après la fermeture des établissements scolaires, du fait de la pandémie du Coronavirus 2019, le ministère ivoirien de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a lancé un projet de cours à distance, via les canaux des télévisions et radios nationales, ainsi que des sites internet. 
L’objectif du projet, selon la ministre Candia Camara, est d’assurer la continuité de l’éducation et la formation des élèves à distance, stoppées de manière imprévue et brutale par le Covid 19. Quelques jours après le démarrage dudit projet, qu’en est-il de son exécution proprement dite sur le terrain. Quelles sont les appréciations des différentes parties  concernées par l’initiative ? A savoir les élèves, les enseignants, ainsi que les parents. Nous avons enquêté.   
 
 
Instituteur à l’Ecole primaire publique (Epp) Akeikoi-village dans la commune d’Abobo, Martial Abakon, trouve que c’est un bon projet, une bonne initiative.
Il juge le contenu des cours intéressant. Car pour lui, il suit la chronologie du programme établit. 
Cependant, Martial émet tout de même des réserves. Il juge le débit des cours un peu trop rapide pour les élèves du CM2. Estimant qu’ils n’ont pas le temps matériel pour prendre note. Et qu’au surplus, ils n’ont pas non plus le temps de faire l’exercice d’application donné suite à un cours.   
Par ailleurs, cet instituteur se dit aussi préoccupé par le cas des  élèves vivant dans les contrées éloignées de la Côte d’Ivoire. Qui par manque de poste téléviseurs ne pourront pas suivre les cours diffusés sur les deux chaines de la télévision nationale Rti. 
Benjamin Agoa en fonction dans un établissement primaire public de la même commune rejoint Martial au sujet du débit des cours. Tout en reconnaissant que le contenu est bon, il soutient aussi que les cours sont rapides. Sur cet aspect, Benjamin tient à préciser qu’il ne faut pas rejeter la faute à l’enseignant qui fait le cours. « Il est obligé de tenir compte du temps qui lui est imparti. En classe, il a un temps plus long », ajoute-t-il.  
Il suggère que les techniciens des deux chaines de télévisions nationales fassent des efforts pour améliorer la qualité des images. Benjamin émet aussi le vœu que le temps des cours soit revu.  Pour permettre aux enseignants d’être moins rapides. Ce qui permettra par ricochet aux élèves de prendre note.  
Bien que fréquentant différents établissements primaires, les enfants Akossi Yohan Abraham Akoun, Isaac Brou Akei et D M, de la classe de CM2, avouent a l’instar des précédents intervenants que le débit des cours est rapide. Et aussi que le temps imparti  est insuffisant. Conséquence : ils éprouvent des difficultés à prendre note. Quant à la qualité des cours dispensés, ils la trouvent intéressante. 
Un autre instituteur, en l’occurrence Claver Gnatoa, en service au groupe scolaire Les Anges noirs d’Abobo, émet une autre préoccupation. Notamment le fait que les cours diffusés dans les télévisions et les radios sont à sens unique. Autrement dit, l’élève qui ne comprend pas un pan du cours n’a pas la possibilité de poser une question. Aussi estime –t-il que le téléenseignement est plus approprié aux étudiants et non aux élèves du primaire et du secondaire.  
 
                                 Véritable maitre de maison
 
« Actuellement, il faut tout faire pour retenir la règle de trois, c’est important pour un élève de CM2 », conseille Tagro Benoît à son fils en classe de Cm2, qui doit passer l’entrée en sixième 2020. Mais compte tenu de l’impact du Covid 19, son fils Elysée Tagro est obligé, à l’instar de ses camarades de classe,  de suivre les cours du projet “Mon école à la maison”.. Mais, « compte tenu de la rapidité des cours, je suis obligé de revenir sur les différentes parties et renforcer par des exercices personnels », explique M. Tagro, qui s’investi désormais en maître de maison pour encadrer son fils.
Selon Ouattara Issiaka, professeur de physique dans un établissement privé, les parents ont aujourd’hui l’occasion de suivre leurs enfants à travers le projet « Mon école à la maison ». Car, ils finissent vite le boulot, compte tenu du couvre-feu. Cet enseignant a autour de lui trois de ses enfants qu’il encadre.  Au moment où nous devons continuer notre conversation, le cours  de 15h00 – 15h30 sur Rti 1 a démarré. C’est le silence au domicile de M. Ouattara qui ordonne à la femme de ménage de diminuer les bruits. C’est un cours de mathématique de la classe de Terminale qui est diffusé. Même si nous autre avons perdu les notions de géométrie dans l’espace, l’enseignant a une voix audible et est méticuleux. Mais, « j’ai comme l’impression qu’il ne se met pas dans la peau de l’élève pour expliquer », constate l’un des enfants de M. Ouattara, « son français est trop gros », lance-t-il dans un sourire.
En effet, les  plages horaires du programme des cours s’établissent comme suite : Du lundi au vendredi sur RTI 1 de 15h00 – 15h30, sur RTI-2 de 09h05 – 11h00. Sur la Radio CI les cours ont lieu de 10h10 – 11h00 et sur Fréquence 2 de 15h05 -16h00.
Contrairement à ce qui se disait sur l’adaptabilité des cours, des élèves rencontrés  approuvent la mesure et certains parmi eux ont des applications sur les téléphones portables qui permettent d’enregistrer les cours et de stopper  des séquences non comprises pour ensuite les réécouter. C’est le cas de Samuel N’guessan. Il nous montre une application « Vmute », avec laquelle il enregistre les différents cours. Avec ses amis,  il a créé un groupe de travail. Ensemble, ils partagent leur expérience sur un forum What’s. 
 
                                Du mal à prendre ses marques
 
A Koumassi, le système d’enseignement via la télévision et les réseaux sociaux commencé  depuis la semaine dernière a du mal à prendre ses marques. Selon Laniyan, jeune fille en classe de Terminal A, les cours donnés à la télévision ont un débit très rapide et également trop courts dans le temps. Raison pour laquelle, elle a fait depuis mardi 14 avril, le choix d’un site internet où les enseignements sont donnés par des professeurs sur leurs  initiatives personnelles. «  Comment comprendre un cours de philosophie donné en seulement 30 minutes à télé ? Franchement je ne peux rien retenir. Le gouvernement devait programmer ses cours en une ou deux heures. Et puis ces enseignements ne sont pas faits par nos professeurs. Donc moi j’ai choisi d’aller dans un cybercafé pour avoir accès au net et bien suivre les cours » a fait savoir la jeune élève Laniyan. 
Un enseignant de Terminal, Mahama Gbané, abondant dans le même sens, estime que le ministère de l’éducation nationale ‘’ s’est lancé dans une initiative sans véritablement réfléchir aux réalités du terrain’’. 
Pour lui, des examens ne se préparent pas ‘’ dans la précipitation’’. «  Mes élèves de Terminal A m’ont interpellé cette semaine sur la conduite à tenir. Car ne sachant quoi faire devant la télévision où un enseignant donne ses cours avec des marqueurs (crayons feutres) pratiquement invisibles.
«  Je suis enseignant au lycée municipal de Koumassi, mais je ne fais pas partie de ceux choisis par le ministère. Je ne sais pas pourquoi. Aussi, comment peut-on expliquer un cours de philosophie par exemple à des élèves en une demi-heure ? Ce n’est pas possible. Et ces cours ne sont pas des révisions. Que pourront retenir nos élèves de ce nouveau système d’enseignement ? Voici la question  » s’est –il interrogé.
Comme solution, Gbané propose en cette période de pandémie à coronavirus, le système «  class- room » qui est une application internet d’éducation dont le ministère de l’éducation pourrait se servir, afin que les élèves en classes d’examens ( CM2, 3è et Terminal ) achèvent les programmes scolaires avec des exercices comme s’ils étaient en situation normale.
Mais l’enseignant  estime que le ministère ‘’ veut tout simplement se débarrasser du télé-enseignement en optant pour un système à la va - vite’’.
Le télé-enseignement pourrait être une opportunité en cette période difficile, malheureusement force est de constater qu’il a du mal à prendre ses marques à Koumassi.
 
 
 
                                   Tiré par les cheveux 
 
Pour certains parents d’élèves, cette situation permettra aussi de voir le niveau de pédagogie de certains enseignants. Car, «il y a des classes où le maître est toujours parti », fait remarquer Assi Jonas. Qui déplore aussi les cours d’exercices physiques : « Comment suivre les mouvements pour l’EPS et l’exécuter, surtout que nous sommes assis au salon. Devons-nous transformer notre maison en salle de jeu ? ». Voilà une interrogation qui interpelle les auteurs du projet.
 Marcel Monsoh, fonctionnaire, estime que l’usage des radios est inapproprié. Dans la mesure où selon lui, pour un bon cours, l’apprenant doit voir pour bien suivre. Ce qui n’est pas le cas avec la radio. Qui ne permet que d’écouter. Il plaint aussi les cas des élèves qui habitent dans les contrées éloignées. Puisque selon lui, la radio reste leur principal appareil d’information. Il préconise alors la reprise des cours en classe uniquement pour  les élèves de CM2. Qu’on fera asseoir un par table, en respectant aussi les autres mesures barrières contre le Covid 19. 
 
Tout aussi agent de la Fonction publique, Richard Kouassi salue pour sa part l’initiative du ministère de tutelle. Car pour lui, « le téléenseignement est la solution idéale pour maintenir les enfants en éveil au niveau de l’instruction ». Sinon pour lui, a la reprise des cours, ce sera très compliqué pour les enseignants. 
 Kodjo Armand, parent d’élèves, a trois enfants tous en classes d’examens  en a une autre opinion «  Je suis confiné ici chez moi, mais je suis les cours  à la télévision du matin au soir avec mes trois enfants qui sont en classes de Cm2  et de 3e. En vérité,  depuis lundi, mes enfants n’apprennent presque rien. Tellement les temps  consacrés aux enseignements  sont courts. Or ce ne sont pas des révisions, mais  de vrais cours. Le ministère doit nous aider. C’est pourquoi, par ces temps de confinement, j’essaie d’encadrer mes enfants, surtout qu’ils sont en classes d’examens. On ne sait pas jusqu’à quand, nous arriverons à bout du coronavirus. En vérité, le système est tiré par les cheveux » déplore Kodjo Armand
 
 
Jeremy Junior  
Paul de Kouamé  
 Ibrahim Koné  
 
       
 
      
 
 

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