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L’Enquête du jeudi : A qui profite réellement la distribution des vivres et non-vivres du Covid 19 ?

 
 
Dans le noble objectif de soutenir les couches sociales les plus démunies, les communautés et autres personnes vulnérables, fragilisées par l’impact du Covid 19 sur le secteur économique et social en général, les pouvoirs publics, ainsi que des entreprises commerciales et industrielles de même que des  établissements financiers et des  collectivités locales, ont initié des dons.
Mais qu’en est-il des conditions dans lesquelles ces dons sont distribués ?  A qui reviennent –ils en réalité ? Ce sont là, des questions d’autant plus importantes que, depuis quelques temps reviennent de manière récurrente, ici et là dans les quartiers et  sur les réseaux sociaux, des affirmations selon lesquelles, « plusieurs de ces dons, seraient dans la majeure partie du temps, détournés. Et qu’ils ne reviennent donc pas toujours à ceux auxquels ils sont destinés ». 
 
 
                      La mairie dans l’embarras à Yopougon
 
 
A Yopougon, les  kits sanitaires et alimentaires d'une valeur de 170 millions Fcfa offerts par le premier magistrat de la Commune Gilbert Koné Kafana, aux populations et différentes cibles institutionnelles de la commune, a été un acte salué par les uns et les autres. Ce don qui arrive comme une bouffée d’oxygène, ne suffit malheureusement pas à toute la population, mettant ainsi la mairie dans une situation embarrassante.  Jusqu’aujourd’hui, les riverains de la mairie continuent d’’affluer  pour recevoir leur part. « Je suis satisfaite de ce geste symbolique du maire. Au moins ll pense à ses administrés », s’exprime  Akissi Marthe, une des bénéficiaires. Résidant dans le quartier Doukouré, elle fait remarquer que l’un des facteurs bloquants  des populations c’est l’ignorance. « De nombreuses personnes ne sont pas informées et  elles ne font pas l’effort d’aller s’informer à la mairie qui n’est pourtant pas loin du quartier », raconte-t-elle.
Il faut dire que le secteur des transports de Yopougon a reçu des seaux à laver les mains, du savon liquide pour les gares, des gels hydro alcooliques pour les chauffeurs, afin que les passagers désinfectent leurs mains, avant d’accéder au véhicule. Egalement dans les marchés, des campagnes de sensibilisations ont été menées accompagnées de kits sanitaires. Malgré ces actions, la mairie reçoit, selon un agent, des appels de certaines associations, revendiquant leur part des dons.
Face aux rumeurs faisant état de mauvaises distributions ou de faveurs quant aux dons faits à la commune, le chargé de communication de la mairie de Yopougon, Bakary Cissé répond : « la commune compte plus d’un million d’habitants, si le nombre de dons n’est pas égale au nombre d’habitants, ce n’est pas notre faute. On ne fait que ce qu’on peut pour la population », a-t-il expliqué. Une explication qui est loin d’éclairer  sur la question et surtout de démontrer que tous les dons reçus, sont effectivement allés à ceux qui en ont droit. Toutefois, c’est dans la transparence que tous ceux qui ont été listés comme bénéficiaires, ont été servis.
 
Pour certaines personnes rencontrées, le problème n’est pas seulement les dons alimentaires et sanitaires, « il faut que le maire puisse aider les personnes du secteur informel et les Pme à bénéficier de fonds pour amortir toutes ces souffrances, notre économie tourne mal. Je n’ai même plus le minimum pour m’occuper de mes enfants, depuis la fermeture de mon restaurant», s’offusque Marguerite Kouassi, qui joue le rôle de  cheffe de famille.
 
 
     12000 familles satisfaites sur 26000 identifiées
 
Dans la commune de Koumassi, nous nous sommes intéressés à La mairie, le centre social et les quartiers de la commune où vivent des personnes indigentes. Le maire Ibrahim Bacongo Cissé a créé pour la circonstance un service spécial chargé de recevoir tous les dons venant du ministère de la solidarité ou toute structure ou institution.
Dans un grand magasin sont entassées les tonnes de kits sanitaires et alimentaires.
Dame Djénéba Bamba et Hermann Kouamé sont les responsables de ce magasin. «  Depuis le début de la pandémie, nous recevons tous les jours des dons. Et c’est sur instructions du maire que nous vérifions notre base de données de personnes vulnérables et ensuite nous invitons les différents responsables qui viennent prendre leurs dons en nature. Je rappelle qu’ici
dans nos fichiers, nous avons au total 26. 000 familles vulnérables, de toutes les ethnies et toutes les religions » a tenu à préciser Djénéba Bamba.
A la question de savoir si ces 26.000 personnes ont reçu leurs dons ? Voici sa réponse. « Nous avons commencé la redistribution ici depuis près d’un mois. Et à la date d’aujourd’hui, ce sont 12.000 personnes que nous avons appelées et qui sont venues recevoir leurs dons. Même si certaines parmi elles avaient voulu de l’argent en espèce, nous pensons que modestement, ces kits constitués de  sacs de riz, de bidons d’huile, de savons et de gels hydroalcooliques les soulageront
A la mairie de Koumassi, ce sont selon les responsables plus de 100 tonnes de vivres et non vivres qui sont  dans ce magasin. 
Hermann Kouamé a rassuré que ces dons seront tous offerts aux personnes nécessiteuses de Koumassi. «  Que ceux qui croient que nous agents de la mairie, allons- nous servir se détrompent. Le maire Cissé Bacongo est à la tête de ce que nous faisons. Il y va donc de notre crédibilité » a t-il rappelé.
Au centre social, sis au quartier populaire Koumassi Campement, le constat est le même.
La directrice du centre, Baudri Jeanne nous a expliqué que le ministère de l’emploi et de la protection sociale a donné des instructions fermes quant à la redistribution des dons aux populations vulnérables.
Dans ce centre, ce sont 10 tonnes de kits alimentaires et sanitaires qui depuis le début de cette semaine sont redistribués aux destinataires.
Pour vérifier l’effectivité de la distribution des dons dans ce quartier, nous nous sommes rendus chez quelques familles indigentes.
 
Dans cette cours commune à Koumassi Campement, le vieux Sirakôrô Mory bénéficiaire de dons remercie les autorités et le maire Cissé Bacongo d’avoir pensé aux pauvres. Selon lui, les populations de Campement « peuvent rendre à gloire à Dieu en cette période de la maladie qui ravage le monde.  C’est vrai ici dans notre cours, nous sommes nombreux et tout le monde ne peut pas recevoir de dons. Mais je suis responsable de la communauté Malinké et je peux vous confirmer que nous avons reçu beaucoup de dons ces temps- ci. Et les partages se font comme il se doit » a t-il assuré
 
Par contre dans cette famille Ebrié, Aké Gilbert, chef de sa communauté estime que ces dons sont infimes par rapport aux nécessiteux de la communauté Ebrié. «  Même avant le coronavirus, nous avons toujours été lésés par les autorités. C’est vrai qu’on nous a remis des kits, mais ça ne suffit pas. Nous demandons au maire et au président de la République de penser aux pauvres » a- t-il souhaité. Constat final : A Koumassi, dans l’ensemble, il y a un suivi régulier des dons destinés aux personnes nécessiteuses.
Du côté d’Abobo, où vivent de nombreux nécessiteux réellement concernés par cet élan de générosité,   le responsable du service de communication Yves Doumbia confie que le premier magistrat de la commune, la Première dame Dominique Ouattara, le groupe Magic System, ont fait des dons.   Si des précisions ont été faites concernant les dons de l’épouse du Président de la République, et celui de Magic System, composés  respectivement de 500 kits, rien n’a été mentionné au sujet de celui du maire-ministre Hamed Bakayoko. 
 
S’agissant de la situation des bénéficiaires, notre interlocuteur confie que ce sont les communautés ethniques, les confessions religieuses, certaines couches vulnérables et des ménages, dont 12  au quartier Plaque I et II, ainsi que 12 autres au quartier Akeikoi-extension, ont reçu leurs kits. Chaque kit est composé d’un sac de riz de 25 Kg, 3 litres d’huile, des boites de sardines, une boite de tomate, de gel hydro-alcoolique, d’un seau pour le lavage des mains, des pâtes alimentaires.  
Par contre, au sujet du nombre exact des  bénéficiaires des dons, la réponse a été la suivante : « Nous, on n’entre pas dans ça. Ce qui est sûr, on a fait des dons a des veuves, des communautés, et à des confessions religieuses, laisse ça comme ça. Contentes-toi des informations que je t’ai données ».     
Après quoi, Yves Doumbia nous remet les contacts de quelques récipiendaires, en nous recommandant  de nous adresser à dame Baro Maoussa, une de ses collègues,  pour plus amples informations sur le nombre précis de ceux-ci. Mais, Mme Baro et ses collègues, nous ont opposé un refus poli en nous demandant de retourner voir le directeur de la communication. Donnant ainsi l’impression qu’ils veulent voiler les informations concernant la question.  Et joints par téléphone plus tard, certains récipiendaires ont bien voulu nous expliquer comment ils se sont retrouvés sur la liste des récipiendaires.  
« C’est ma voisine qui travaille à la mairie qui a donné mon nom afin que je reçoive les dons », dira en substance dame Adjoua Juliette Ano,  résidant non loin de la pharmacie Dokui.  Idem pour la famille Komara Haidara, dont l’un des membres nous  a laissé entendre au téléphone qu’ils ont bénéficié des dons, après que des agents de la mairie les ont approchés.  Sans pour autant justifier ou prouver qu’ils étaient bien en droit de disposer de ces dons en vivres.
Généralement  bien informés de la situation d’indigence dans laquelle se trouvent de nombreux membres de leurs communautés, des chefs religieux contactés, affirment n’avoir rien reçu jusqu’ici, au profit de leurs  nécessiteux.  A l’Eglise méthodiste unie (EMU) Canaan d’Abobo Akeikoi-extension, le catéchiste Jean Akossi Ayake, responsable en second de cette institution, explique : « nous avons eu vent de la remise de kits pour la lutte contre le COVID 19, mais notre église n’a rien reçu », affirme ce serviteur de Dieu. 
L’imam Bakary Dao de la mosquée El Hadj Dao d’Abobo Akeikoi-extension rejoint le catéchiste. Il affirme qu’il n’a reçu aucun don concernant la lutte contre le COVID 19. Par contre, celui-ci affirme que la mairie a dépêché des gens pour pulvériser la mosquée et les salles de classes de l’école coranique de ce lieu de prière. 
Néanmoins, l’imam laisse entrevoir un brin d’espoir en ce qui concerne les dons. Car selon ses confidences, les communautés chrétiennes de la commune ont reçu des dons. Il garde le secret espoir que les communautés musulmanes recevront les leurs au début du carême.  Par contre, les indigents de l’Eglise Harriste n’ont pas été oubliés. A en croire le prédicateur supérieur Nandjui Bouedjoro Adolphe des sacs de riz, une somme d’argent et des produits désinfectants leur ont été offerts.
A la paroisse catholique Sainte-Marie d’Agoueto au quartier PK 18 d’Abobo, , un prêtre rencontré sur les lieux soutient que «  les ayants droit de sa communauté  n’ont, pour l’heure pas reçu de kits au sujet de la lutte contre le COVID 19. » Dans ce quartier, la famille du vieux N’Guessan Kouassi, sans emploi, ayant plusieurs enfants à sa charge, demeure dans l’attente de sa part de don. Pour avoir justement appris que c’est bien aux personnes vivant dans la même situation sociale que lui, qui sont ciblées pour recevoir ces dons en vivres et autres moyens de protection contre le coronavirus.  Il en de même pour dame Yao Suzanne.   Veuve depuis 1996, et  de surcroît malade depuis des années, elle dit remettre son sort à Dieu.  
Si des responsables de communautés ethniques de la commune d’Abobo soutiennent aussi avoir reçu des dons, elles ne manquent pas de qualifier «d’insignifiantes », les quantités qui leur ont été servies par rapport au nombre de personnes nécessiteuses dont regorgent leurs communautés.  
Issouf Kamagaté
I.Sékou  Koné
Jeremy Junior 
   
   
      

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