Il y a quelques jours, le président malgache annonçait la découverte, par des chercheurs de chez lui, d’un médicament contre le Covid-19. Aussitôt l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs scientifiques européens ont mis en garde contre ce médicament qui n’en serait pas réellement un, et qui pourrait même avoir plus d’effets négatifs que positifs. De nombreux internautes africains se sont alors insurgés sur les réseaux sociaux et ailleurs contre cette propension des Occidentaux à dénier aux Africains le droit de faire des découvertes contre certaines maladies. Et l’on a cité le médicament d’un chercheur béninois contre le Covid-19 que personne ne prendrait au sérieux parce qu’il serait l’œuvre d’un Africain, ou celui d’un guérisseur ghanéen du nom de Drobo II contre le VIH Sida, auquel un de mes confrères de Fraternité Matin consacra un livre il y a de cela une vingtaine d’années, lequel Drobo II aurait été assassiné à cause de sa découverte. Que faut-il penser des remèdes annoncés ici et là sur le continent ?
De mon point de vue, ce n’est pas parce qu’un Africain a affirmé qu’il a trouvé un médicament contre telle ou telle maladie que l’on doit le croire sur parole. Certes, nous Africains, serions très fiers que ce soit nos chercheurs qui trouvent des médicaments contre les maux qui nous minent, mais nous devons cependant faire très attention. Avant d’affirmer qu’un médicament soigne telle maladie, il y a tout de même des précautions à observer. Quelle est sa composition ? Sur combien de personnes a-t-il été testé, pour être sûr, d’abord, qu’il guérit réellement plutôt qu’il ne soulage, et ensuite, qu’il n’a pas d’effets secondaires désastreux par exemple ? Concernant le Covid-19 qui polarise l’attention du monde entier aujourd’hui, je crois que l’on affirme un peu trop facilement que telle personne a trouvé le remède, sans que rien ne puisse l’étayer scientifiquement. Ce n’est pas parce que nous sommes Africains que nous devons nous affranchir de la démarche scientifique qu’exige la mise au point d’un médicament et sa mise sur le marché. Nous devons sortir des incantations. Il ne suffit plus de proclamer pour que cela soit. Certes, le business des médicaments est très juteux, et dans le monde capitaliste, on ne se fait pas de cadeau. Certes, on ne peut exclure que les grandes firmes internationales et les Etats puissants contrôlent, ou tout au moins influencent les décisions des organisations telles que l’OMS, et qu’ils ne verraient pas d’un bon œil le marché du remède du Covid-19 leur échapper. Il est certain que celui qui trouvera le médicament ou le vaccin touchera le jackpot. Mais nous ne devons pas pour autant affirmer trop légèrement que nous avons le remède sans un minimum de précautions. Il s’agit ici d’une question de santé et de vie humaine.
Cela me fait penser à ces « tradipraticiens » que l’on rencontre dans nos rues ou dans nos cars de transport public et qui vendent leurs « médicaments », qui généralement soignent presque tout, aux passants ou passagers. J’ai toujours été frappé par la légèreté avec laquelle de nombreuses personnes achètent ces prétendus médicaments dont elles ne savent absolument rien, à de parfaits inconnus, qui ne leur offrent en garantie que leurs seules paroles de bonimenteurs. Ces produits peuvent être de vrais poisons, et c’est malheureusement souvent le cas. Et il me revient en mémoire une histoire que m’avait racontée, il y a quelques années, un de mes amis chinois qui tenait un restaurant à Cocody Saint Jean. Il me montra un jour dans un journal burkinabé la publicité d’un certain docteur Wang, qui prétendait soigner à peu près tout. « Ce docteur Wang, me dit mon ami, n’est autre que mon ancien cuisinier que j’ai chassé parce qu’il ne savait pas faire la cuisine, et qui s’est reconverti en médecin chinois au Burkina Faso. Je n’ose pas imaginer le nombre de personnes qu’il a tuées. » Nous faisons parfois preuve d’une telle crédulité que n’importe qui peut venir nous vendre n’importe quoi. Il y a eu la vague des « médecins chinois » à qui l’on prêtait toutes les compétences parce que l’on ne comprenait rien à ce qu’ils nous proposaient et que la médecine chinoise avait une bonne réputation. Il y a toujours nos « tradipraticiens » qui se proclament « docteurs » ou « professeurs » sans que l’on ne sache où ils ont fait leurs études. Il y a aussi nos pasteurs et prophètes qui prétendent soigner par les prières tout en faisant les poches à ceux qui leur font confiance. Et maintenant il y a nos « scientifiques », adoubés parfois par quelques leaders politiques, qui affirment avoir mené des recherches d’une science qu’ils sont les seuls à connaître, qui leur auraient permis de trouver des remèdes à nos maux.
Nous devons encourager la recherche scientifique sur notre continent. Mais cette recherche doit se faire avec un minimum de sérieux pour nous éviter d’être parfois ridicules. Nous, simple citoyens, devons aussi nous montrer plus rigoureux envers ceux qui affirment avoir trouvé des remèdes à nos maux, afin d’éviter d’être les proies d’escrocs ou de criminels.
Venance Konan
De mon point de vue, ce n’est pas parce qu’un Africain a affirmé qu’il a trouvé un médicament contre telle ou telle maladie que l’on doit le croire sur parole. Certes, nous Africains, serions très fiers que ce soit nos chercheurs qui trouvent des médicaments contre les maux qui nous minent, mais nous devons cependant faire très attention. Avant d’affirmer qu’un médicament soigne telle maladie, il y a tout de même des précautions à observer. Quelle est sa composition ? Sur combien de personnes a-t-il été testé, pour être sûr, d’abord, qu’il guérit réellement plutôt qu’il ne soulage, et ensuite, qu’il n’a pas d’effets secondaires désastreux par exemple ? Concernant le Covid-19 qui polarise l’attention du monde entier aujourd’hui, je crois que l’on affirme un peu trop facilement que telle personne a trouvé le remède, sans que rien ne puisse l’étayer scientifiquement. Ce n’est pas parce que nous sommes Africains que nous devons nous affranchir de la démarche scientifique qu’exige la mise au point d’un médicament et sa mise sur le marché. Nous devons sortir des incantations. Il ne suffit plus de proclamer pour que cela soit. Certes, le business des médicaments est très juteux, et dans le monde capitaliste, on ne se fait pas de cadeau. Certes, on ne peut exclure que les grandes firmes internationales et les Etats puissants contrôlent, ou tout au moins influencent les décisions des organisations telles que l’OMS, et qu’ils ne verraient pas d’un bon œil le marché du remède du Covid-19 leur échapper. Il est certain que celui qui trouvera le médicament ou le vaccin touchera le jackpot. Mais nous ne devons pas pour autant affirmer trop légèrement que nous avons le remède sans un minimum de précautions. Il s’agit ici d’une question de santé et de vie humaine.
Cela me fait penser à ces « tradipraticiens » que l’on rencontre dans nos rues ou dans nos cars de transport public et qui vendent leurs « médicaments », qui généralement soignent presque tout, aux passants ou passagers. J’ai toujours été frappé par la légèreté avec laquelle de nombreuses personnes achètent ces prétendus médicaments dont elles ne savent absolument rien, à de parfaits inconnus, qui ne leur offrent en garantie que leurs seules paroles de bonimenteurs. Ces produits peuvent être de vrais poisons, et c’est malheureusement souvent le cas. Et il me revient en mémoire une histoire que m’avait racontée, il y a quelques années, un de mes amis chinois qui tenait un restaurant à Cocody Saint Jean. Il me montra un jour dans un journal burkinabé la publicité d’un certain docteur Wang, qui prétendait soigner à peu près tout. « Ce docteur Wang, me dit mon ami, n’est autre que mon ancien cuisinier que j’ai chassé parce qu’il ne savait pas faire la cuisine, et qui s’est reconverti en médecin chinois au Burkina Faso. Je n’ose pas imaginer le nombre de personnes qu’il a tuées. » Nous faisons parfois preuve d’une telle crédulité que n’importe qui peut venir nous vendre n’importe quoi. Il y a eu la vague des « médecins chinois » à qui l’on prêtait toutes les compétences parce que l’on ne comprenait rien à ce qu’ils nous proposaient et que la médecine chinoise avait une bonne réputation. Il y a toujours nos « tradipraticiens » qui se proclament « docteurs » ou « professeurs » sans que l’on ne sache où ils ont fait leurs études. Il y a aussi nos pasteurs et prophètes qui prétendent soigner par les prières tout en faisant les poches à ceux qui leur font confiance. Et maintenant il y a nos « scientifiques », adoubés parfois par quelques leaders politiques, qui affirment avoir mené des recherches d’une science qu’ils sont les seuls à connaître, qui leur auraient permis de trouver des remèdes à nos maux.
Nous devons encourager la recherche scientifique sur notre continent. Mais cette recherche doit se faire avec un minimum de sérieux pour nous éviter d’être parfois ridicules. Nous, simple citoyens, devons aussi nous montrer plus rigoureux envers ceux qui affirment avoir trouvé des remèdes à nos maux, afin d’éviter d’être les proies d’escrocs ou de criminels.
Venance Konan





