Nous avons lu, ces derniers jours, les analyses de certains observateurs de notre landerneau politique. De façon arithmétique, en se fondant sur les chiffres de la présidentielle de 2010, ils ont annoncé perdant le parti des Houphouétistes. Selon eux, si l’on prend les 25% obtenus au premier tour par Henri Konan Bédié, ajouté aux 38% de Laurent Gbagbo obtenus au premier tour, c’en est fini du Rhdp dont le candidat en 2010, Alassane Ouattara, avait obtenu 32% au premier tour. Il a pu arriver au pouvoir grâce, dit-il, aux 25% d’Henri Konan Bédié. Pour nous, c’est un raisonnement fort simple, voire simpliste. Ils oublient, dans leur démonstration qui relève plus du divinatoire qu’autre chose, de prendre en compte l’environnement qui englobe tout scrutin. Ils oublient aussi que la réalité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui. Le contexte, aujourd’hui, est différent. On ne peut s’appuyer sur ce calcul pour tirer des conclusions hâtives. Le Pdci-Rda d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. C’est une formation politique rabougrie qui voit, quasiment tous les jours, ses membres rejoindre la grande famille des Houphouétistes. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à comptabiliser le nombre de décisions signées par le président du Pdci-Rda pour remplacer des secrétaires de section qui ont rallié le Rhdp. Il y a peut-être un sursaut, ces derniers temps, au sein de la plus ancienne formation politique de Côte d’Ivoire. Mais pour nous, ce frémissement cache mal la désintégration en cours, entamée depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, bâtisseur de la Côte d’Ivoire moderne. Petit à petit, ce parti s’effrite. Une mauvaise politique de celui qui a succédé au père fondateur a lancé le compte à rebours de sa destruction. La bagarre rangée, à fleurets mouchetés, qui se joue sur les critères de la désignation du candidat à la candidature créera certainement d’autres frustrations qui engendreront, à coup sûr, d’autres départs. La désignation du Sphinx comme candidat pourrait créer plus de mal que de bien. Ils sont nombreux, ces cadres du Pdci-Rda, membres du secrétariat dirigé, à l’époque, par Alphonse Djédjé Mady à avoir en travers de la gorge la défaite de 2010. Une étude menée, alors, sur commande des dirigeants du Pdci-Rda, ne donnait pas cher de la peau d’Henri Konan Bédié à la présidentielle de 2010. Mais il s’est entêté. Le résultat, on le connaît. Que peut un tel parti à la recherche d’alliances tous azimuts ? On lâche Pierre pour habiller Paul. Après avoir flirté avec Affi, aujourd’hui, la nouvelle courtisane, c’est Gbagbo Laurent à travers Assoa Adou. Que peut-on faire quand on est autant frivole ? Est-on encore sûr des 25% de 2010 ? L’un des reproches fait par bon nombre de militants qui ont tourné le dos à Henri Konan Bédié, c’est de s’être laissé guider par Maurice Kakou Guikahué qui l’a conduit tout droit dans les bras de ‘’son frère’’ Laurent Gbagbo. Dans l’arithmétique de nos observateurs, il y a les 46% de Laurent Gbagbo, obtenus au second tour. Ce qu’ils oublient, c’est que le Fpi profondément divisé, avec une réconciliation difficile à mener, aura du mal à se mobiliser. S’il a pu y avoir des Gbagbo ou rien (Gor), c’est que quelque part, certains des militants voulaient tourner la page. A travers nos échanges avec ces derniers, l’envie de tourner la page est encore d’actualité. Le Fpi n’est plus cette force qu’on a connue dans les années 1990. Ces mêmes observateurs avancent que l’appui d’autres leaders au Pdci-Rda viendra briser les Houphouétistes. Sincèrement, que représente Ouattara Gnonzié ? Que représente Danielle Boni Claverie ? Combien de personnes ont-ils avec eux ? Les a-t-on déjà vus démontrer leur capacité de mobilisation ? La Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix créée par Bédié n’est qu’un ramassis de coquilles vides. Il le sait, c’est pourquoi il se bat comme un beau diable pour plaire à Gbagbo, au risque de rejeter tous ses principes. Arrêtons de surfer sur nos certitudes. A chaque temps sa vérité. Et celle de 2020, ce sera bilan contre bilan. Parce que tous les partis qui veulent diriger la Côte d’Ivoire l’ont déjà fait. On a vu la gestion du Pdci-Rda sous Henri Konan Bédié, on a vu celle du Fpi avec Laurent Gbagbo et aujourd’hui, on voit celle du Rhdp avec Alassane Ouattara. On sait qui a transformé la Côte d’Ivoire. Henri Konan Bédié, engagé dans une guerre de succession, a oublié tout ce qu’il a appris auprès du père fondateur. Résultat, l’Eléphant d’Afrique est arrivé au rendez-vous ivre, avec une patte cassée. Laurent Gbagbo, lui, a eu le mérite de transformer la Côte d’Ivoire en un vaste lupanar. Pour parler comme quelqu’un, aucune brique dans le sol. Tout était dans la jouissance du pouvoir. Il a fallu que le Président Ouattara réinitialise le logiciel pour que tout parte du bon pied. Depuis, on respire mieux en Côte d’Ivoire. Sincèrement, y a-t-il un autre choix à faire ?
Etienne Aboua, in Fraternité Matin Samedi 6 juin 2020






Publié le :
6 septembre 2020Par:
Forestier de Lahou