La crise sanitaire qui frappe le monde entier, n’affecte pas que le bien être quotidien des populations. Elle ne fait pas que bouleverser leurs vies et habitudes de tous les jours. Tout comme elle ne s’est pas limiter à une profonde perturbation de l’économie mondiale. Elle est bien allée au-delà de tout cela. Elle s’est aussi étendue à l’environnement, en suscitant l’existence d’un nouveau polluant majeur, qui n’est autre que les caches nez ou masques usagers, dont la gestion commence à poser problème ici et là de par le monde. Les industries textiles, fabriques spécialisées dans la production de diverses toiles synthétiques, et les usines de fabrication des équipements médicaux, produisent depuis des mois déjà, des millions de ces petits objets devenus indispensables dans le processus de protection individuelle contre la Covid 19. De sorte qu’en l’espace de quelques mois, ces masques se sont imposé comme des déchets domestiques, une fois leur usage terminé. Cela est surtout vrai pour les masques dits chirurgicaux et autres homologués par l’organisation mondiale de la santé (Oms), dont l’utilisation n’est pas prolongée.
Dans les grandes villes du monde, ce nouveau polluant subi la même forme d’élimination que les sachets plastiques. C’est-à-dire jeté au sol, dans les cours d’eau et dans quelques poubelles. C’est que considéré comme plus ou moins infecté après usage, l’on cherche à s’en éloigner le plus loin possible. Pendant combien de temps encore il en sera ainsi ? Question pertinente que ne cessent de se poser les environnementalistes. Lesquels, veulent ainsi déjà interpeler les pouvoirs publics, sur la résolution de cette autre nouvelle problématique environnementale naissante. Autrement dit, quelles dispositions faudra- t-il prendre d’ores et déjà, pour ne pas que d’innombrables quantités de caches nez, conçus dans des matières synthétiques biodégradables ou non, ne viennent à la longue tapisser les fonds marins, et boucher les conduits d’eau de ruissellement ? Accentuant par ce fait même, la forte dégradation et le déséquilibre écologique que subit depuis quelques décennies maintenant, la biodiversité dans les écosystèmes marins.
Il s’agit assurément là, d’un sujet qui ne préoccupe guère les décideurs politiques, plutôt portés sur la mise place de stratégies idoines pour réussir une gestion efficiente de la crise sanitaire. Avec au bout du compte, beaucoup moins de dégâts tous azimuts sur les populations. Un fait au demeurant légitime. Tant il est vrai qu’il faut avant tout, accorder la priorité à la protection de la santé des populations, de même qu’à leur bien- être. Avant de s’intéresser à leur cadre de vie ou leur environnement. Pour autant, au fur et à mesure que l’on s’adapte du mieux qu’on le peut, à l’évolution de cette pandémie, qu’on développe contre elle des formes de résilience qui donnent à espérer à des lendemains meilleurs, il faut aussi songer à la gestion de certaines de ces conséquences. Qui pourraient produire un effet boomerang plus tard.
S’il y a une vérité première, reconnue de tous, c’est que pour l’heure, nul ne peut dire avec toute l’exactitude requise, la fin de cette pandémie. De multiples projets de recherche d’un vaccin, sont en cours, sans pour autant augurer des résultats efficients dans l’immédiat. Il est heureux de constater que c’est le monde entier qui est à pied d’œuvre en vue d’y parvenir. Mais sans savoir dans combien de temps encore. C’est dire que le port du masque pourrait pendant longtemps demeurer dans nos habitudes quotidiennes. Et ce faisant, nécessiter sa production à profusion, pour dans le même temps, faire prendre de l’ampleur à la problématique que représente de plus en plus, sa gestion en tant que déchet, tant médical que domestique, après utilisation.
En ce qui la concerne, la Côte d’Ivoire s’est à ce jour trouvée des partenaires privés étrangers et surtout bien équipés, pour la collecte, le transfert et le traitement des déchets domestiques produits par sa plus grande agglomération urbaine, que représente Abidjan. Soit environ 1million 400 mille à 1million 500 mille tonnes de déchets domestiques, générés annuellement par les ménages. Avec une importante quantité constituée d’emballages plastiques, requérant un traitement particulier, dont le plus important reste le recyclage industriel, non encore pratiqué sur place. Cet effort de réorganisation réussie de la gestion des ordures à Abidjan est à saluer, après avoir pendant plusieurs années constitué un véritable casse- tête pour les pouvoirs publics. Par ce qu’il aura plus ou moins permis de mettre fin, à la formation des cloaques sauvages ici et là dans les quartiers, consécutivement aux défaillances de nombres d’entreprises nationales, mal équipées non professionnelles et peu performantes, qui avaient en charge, l’enlèvement de ces déchets solides Exception faite ici, de Clean Bord et Lassire déchets. Deux entreprises au professionnalisme plutôt avéré en la matière. Il s’en est suivi entre autres effets positifs, une réduction notable des facteurs de propagation de multiples maladies. Avec en prime, le paludisme et la fièvre typhoïde.
Malheureusement, ces actions portant restructuration de la chaine de collecte et de gestion des déchets, n’ont pu occulter l’existence d’un autre fait, qui continue d’embarrasser au fil des ans, la puissance publique. Il s’agit du paiement régulier et à temps, des factures des prestations effectuées par les sociétés de ramassage des ordures. L’Etat reste leur devoir encore beaucoup de centaines de millions de Fcfa d’impayés à ce jour. Un poids financier, qui l’a amené à exiger une limitation du tonnage des ordures colletées quotidiennement, afin de pouvoir s’acquitter comme il se doit, des sommes dues. Cet état de fait pose le problème de la quantité journalière des ordures produites par la population abidjanaise. Quantité en croissance continue, du fait de l’accroissement qu’enregistre chaque année la population de la mégalopole abidjanaise. Tout comme il met en relief, la nécessité du tri et de la classification des déchets en fonction de leur nature. A ce niveau s’imposent des actions d’éducation et de sensibilisation à mener en direction des ménages abidjanais. Lesquels doivent veiller à revoir leurs modes de consommation alimentaire et de gestion des biens. Des actions pour l’initiation desquelles, les environnementalistes et autres experts du domaine, ont de tout temps donné de la voix, sans jamais être véritablement entendus.
En outre, il y a les emballages plastiques, dont la production, la commercialisation et l’utilisation sont interdites partout en Côte d’Ivoire. Il n’empêche cependant, que ces sachets plastiques non biodégradables précisément, continuent d’être produits et utilisés au vu et au su de ceux qui sont responsables de veiller au respect par tous, de leur interdiction. Ils se retrouvent continuellement dans les égouts, les caniveaux, qu’ils obstruent et partout dans la nature autour de nous.
C’est donc là, une problématique environnementale déjà bien connue de tous et contre laquelle, l’impassibilité des pouvoirs publics face au non- respect des dispositions légales prises pour la résoudre, ressemble bien à un aveu d’impuissance. Et si les caches nez aux multiples formes et matières de composition venaient à s’y ajouter ? A propos, il n’existe point de solutions universelles qui sortiraient d’un laboratoire donné, prêtes à l’emploi pour la gestion de ce nouveau déchet. C’est dire qu’il appartient dès à présent, à chaque pays de s’engager dans la recherche de ses propres solutions ou stratégies appropriées.
A travers la célébration de la quinzaine de l’Environnement, nous avions pensé que la mauvaise élimination des caches nez, par leur abandon dans la nature ou dans les cours d’eau etc, aurait fait l’objet d’une thématique de sensibilisation. En vue de faire prendre officiellement conscience aux utilisateurs, de l’intérêt qu’il y a à adopter dès à présent, les bonnes habitudes lorsqu’il s’agit de s’en débarrasser, une fois l’usage terminé. Si l’on s’en tient aux engagements pris par l’Etat, de les faire obligatoirement porter aux abidjanais, ce sont plus de deux cent millions de masques chirurgicaux commandés par ses soins, et gratuitement offerts que l’on sera appelé à utiliser aussi bien dans la capitale économique ivoirienne, que dans l’arrière- pays. Et ce, apparemment pendant tout le temps que va durer la Covid 19 en Côte d’Ivoire.
Moussa Ben Touré





