Une fois guéris, dans quel état se retrouvent les malades de la Covid 19. ? Le nombre de ces personnes dont l’organisme a su résister à cette maladie virale, ne cesse fort heureusement d’augmenter en Côte d’Ivoire. Pour autant, tout ne semble pas rose pour ces patients guéris. En fait, si aucun d’entre eux n’a vécu une rechute de la maladie depuis, ou encore ne s’est plaint d’ennuis de santé particulière après guérison, il n’en est pas de même des rapports qu’ils ont toujours eus avec la société. Ceux-ci ont pour certains d’entre eux connus une dégradation déconcertante. En clair, ils sont simplement rejetés par des membres de leur famille, vus comme des parias dans le quartier, ou des personnes dont il faut se méfier de peur de les voir refiler la maladie aux autres. Pour tout dire, ces malades guéris de la Covid sont stigmatisés. Ce qui vient les secouer psychologiquement, au point d’affecter fortement leur quotidien.
Elle tue plus vite que le Coronavirus
L’on a encore en mémoire, le témoignage poignant de dame Djerele Claude, Sous-préfet de son état, passé sur les antennes de la télévision nationale. Faisant partie des tous premiers malades guéris de la Covid 19 en Côte d’Ivoire, elle a eu beaucoup de mal à réintégrer la cellule familiale.
En effet, a-t-elle révélé « j’en ai fait l’amer expérience. J’ai eu l’impression que le mon monde s’écroulait, de savoir que des personnes que j’estimais puissent me tourner pratiquement le dos, parce que j’avais été infectée. C’est une situation difficile je puis vous l’assurer. (…) la stigmatisation est beaucoup plus douloureuse que la maladie elle-même. Elle fait plus mal. Elle tue plus vite que le Coronavirus », soutient Mme Djérélé.
C’est pratiquement dans la même situation que s’est retrouvé J. C. Kouassi, employé dans une entreprise de la place. « Dès que j’ai été déclaré guéri, mes parents ont proposé de m’amener au village, pour y effectuer ma convalescence. Certains sont même partis de la maison à cause de moi. J’ai été remis en quarantaine au sein de ma propre famille pendant des mois. Surtout que l’hôpital continuait de m’appeler quotidiennement pour s’assurer que tout va bien. Je ne sortais pas et les amis avaient coupé tout contact avec moi. C’est vraiment dur de supporter tout cela, après la souffrance que vous a infligée la maladie. Je crois que tout cela est dû à la peur qu’ils ont de contracter le Coronavirus et surtout, le manque d’informations qu’ils ont d’elle. », estime JC Kouassi.
Malheureusement, elles sont difficiles à faire parler, ces victimes de la stigmatisation. Elles ont plutôt peur d’être identifiées en tant que telles, par d’autres personnes. Ce qui en ajouterait au rejet social qui les frappe déjà, estiment-elles. D’où, tout le mal que nous avons eu à rencontrer plusieurs d’entre elles, afin qu’elles nous parlent de vives voix, des difficultés qui sont les leurs. Et ce, malgré toutes les assurances que nous leur avons données au téléphone, quant à la discrétion sur leurs identités.
Un infirmier en fonction à l’hôpital général de Grand-Bassam, qui a requis l’anonymat, confirme effectivement le rejet dont sont victimes certaines personnes guéries de la maladie.
Il rapporte qu’un malade de la Covid 19, interné dans son lieu de service, guéri par la suite, a été rejeté par son employeur, à son retour en entreprise. « Il a fallu que le directeur de l’hôpital intervienne auprès de la hiérarchie pour que la personne concernée réintègre son service », ajoute notre informateur. En clair, n’eut-été l’intervention du directeur de l’hôpital, le travailleur en question se retrouverait à la rue.
.Des risques de rechute aussi
Adama Diomandé résidant à Cocody et guéri de la Covid 19, n’a pas lui, fait l’objet de stigmatisation en tant que tel, de la part de son entourage. Cependant, il reconnait que d’autres malades guéris, sont malheureusement l’objet de rejet. Aussi les invite –t-il à se confier à des psychologues, tout en continuant de respecter les mesures barrières afin de ne pas être contaminés de nouveau.
Un fait d’autant plus utile que, explique Dr Henessou Emmanuel, médecin en service à la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (Cci-CI), « la stigmatisation peut causer une dépression nerveuse, qui a son tour peut fragiliser le malade guéri ».
Il n’y a pas que la stigmatisation qui puisse nuire aux personnes guéries. Il y a aussi les éventuels risques de rechute, que ceux-ci ne cessent de redouter et qui leur pèse quotidiennement sur le psychisme également. En d’autres termes, un malade guéri de la Covid 19 peut être à nouveau infecté.
En effet, le Dr Henessou Emmanuel affirme que pareils cas ont été signalés aux Etats-Unis d’Amérique. Mais fort heureusement, selon un infirmier en fonction au Service des maladies infectieuses et tropicales (Smit) du Chu de Treichville, « aucun cas de rechute n’a encore été enregistré dans ledit service », où sont quotidiennement admis, la plupart des malades de la Covid.
Il précise que, les patients guéris font l’objet d’un suivi. Les médecins traitants restent en contact avec eux, pour être informés de l’évolution de leur état de santé. Il est demandé à ceux-ci, de signaler dans les plus brefs délais, la survenue d’un problème de santé quelconque.
Préjudice probable
Ce sont des dispositions qui sont prises pour permettre de parer au plus pressé, si d’aventure il y a des symptômes déjà connus ou des nouveaux signes de la maladie qui apparaissent », explique-t-il.
Autre fait inquiétant pour les personnes guéries et qui travaillent dans une entreprise donnée. C’est que le temps mis pour l’obtention des résultats des tests, est passé de soixante- douze heures à deux semaines désormais.
« Si un malade est guéri, il doit impérativement faire un test pour en avoir le cœur net. C’est la seule preuve qui peut attester de sa guérison. Est-ce que son employeur acceptera qu’il reste encore deux semaines à la maison avant les résultats du test, sachant qu’il a mis le même temps pour se traiter, dans le meilleur des cas ? C’est également deux semaines de perte quand le travailleur est suspecté d’être contaminé, puisque il doit attendre aussi deux semaines pour le résultat », s’interroge le Dr Henessou.
C’est dire que le temps mis pour l’obtention des résultats des tests, peux être préjudiciable aux travailleurs déclarés guéris. Eux qui ne sont déjà pas vu d’un bon œil, dans les différents milieux sociaux auxquels ils appartiennent, y compris leurs cadres professionnels.
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Jeremy Junior,Ibrahim Sékou Koné





