Depuis le vendredi 15 juillet à minuit, la levée de l’isolement du Grand Abidjan rentrée en application, ouvre de nouvelles perspectives sur le quotidien des Ivoiriens.
Au moment où les taux de contamination au Coronavirus 2019, sont en pleine ascension, la fin du confinement d’Abidjan est-elle bien ou mal venue ? Les avis divergent de toute évidence sur la question. Chacun y va de son explication. Les uns mettent bien souvent en exergue les intérêts et autres profits économiques, qu’ils tirent de cette levée d’isolement d’Abidjan. Tandis que les autres se montrent plutôt inquiets, par rapport à une éventuelle propagation à grande échelle de la maladie, sur toute l’étendue du territoire. Vu que l’on a déjà beaucoup de mal, à faire convenablement respecter les mesures barrières par la population. Ils ne sont guère rassurés par les dispositions et autres initiatives prises, pour équiper et renforcer les capacités de prises en charges des formations sanitaires de l’arrière -pays.
Les conseils régionaux, en plus de leurs bases régionales dans leurs circonscriptions respectives, sur l’ensemble du territoire national, ont pour la plupart, un bureau représentatif à Abidjan. Le confinement sur près de quatre mois a eu un réel impact négatif sur le déroulement de quelques activités. Abidjan de nouveau librement reliée aux villes de l’intérieur du pays, par voie terrestre comme par le passé, voilà une initiative du Cns qui vient à point nommé pour des agents.
Kouao Marie, membre du personnel, service de communication du Conseil Régional de la Nawa (Soubré), apprécie. «Le déconfinement d’Abidjan est le bienvenu. Pour nous, travailleurs de l’intérieur, qui faisons le va-et-vient entre Abidjan et notre région, c’était très compliqué. Difficile d’avoir des informations. Abidjan rouvert, c’est une bonne chose !»
La corporation la plus heureuse de cette décision, est sans nul doute celle des transporteurs. Notamment ceux dont l’activité consiste à rallier le grand Abidjan aux localités de l’intérieur du pays.
Stéphane Rabé, chef de gare de Express du Ranch qui dessert Lakota à partir d’Abidjan, Abdoulaye Kéita, responsable de la compagnie Citadine transport et services (Cts) qui fait la ligne Abidjan Guiglo via Duekoue et Karim Fanny, celui de la gare de la compagnie MTK, sur la ligne Abidjan- Korhogo, ont du mal à cacher leur joie. Ils se disent très heureux à l’idée de reprendre le travail. Avec eux, tous leurs collaborateurs respectifs, qui ne savaient plus où donner de la tête, pour s’occuper de leurs familles respectives.
Le même point de vue est partagé par Vassioko Sidibé, responsable administratif et financier de la compagnie GTI, qui assure les tronçons Abidjan Abengourou et Abidjan Odienné.
Il salue la décision en ce sens que pour lui, elle vient relancer, entre autres effets positifs, le secteur du transport fortement sinistré par l’isolement du grand Abidjan. De ce fait, elle redonne le sourire à tous les acteurs du transport qui sont restés près de 4 mois sans revenu. « Cette décision est une bouffée d’oxygène pour tous les travailleurs de ce secteur d’activité », dira en substances cet interlocuteur.
« Abidjan est le poumon économique de la Côte d’Ivoire. Son isolement perturbe la bonne marche de toute l’économie et peut avoir des inconvénients à court, moyen et long terme. En clair, la levée de son isolement est une bouffée d’oxygène pour toute l’économie du pays », soutient Mme N’Cho Julie, Sage- femme diplômée d’Etat.
En plus, pour elle, l’isolement du grand Abidjan était très contraignant quand il fallait établir un document administratif, pour aller voir un parent malade ou effectuer un quelconque déplacement à l’intérieur du pays. En ce sens que l’obtention du laissez-passer n’était pas aisée.
Un autre argument et non des moindres avancé par Mme N’Cho Julie est que la levée de l’isolement du grand Abidjan, vient mettre un terme au racket auquel s’adonnaient des forces de défense et de sécurité sur les routes, pour laisser passer des voyageurs, qui n’avaient pas d’autorisation, y compris pour des convois. « « Ces agents de l’Etat en avaient fait un fonds de commerce », déplore –t-elle
En outre, il y avait des personnes, qui contournaient les barrages des Fds pour transporter ceux qui manifestaient l’envie de se déplacer.
Non à la levée de l’isolement
Bien que saluée, la levée de l’isolement du grand Abidjan est rejetée par certaines personnes. C’est le cas de César Abigoua, professeur d’anglais dans un établissement secondaire d’Abobo, de Alliance N’Guessan professeur à l’EMPT de Bingerville et Dr Kouassi Benoît professeur de communication à l’Université catholique de l’Afrique de l’ouest (UCAO).
C’est le nombre croissant de personnes infectées enregistrées au fil des jours qui explique l’opinion de ces 3 enseignants sur le sujet. Dr Kouassi Benoît soutient avoir l’impression que la levée de l’isolement du grand Abidjan a été prise pour l’organisation des obsèques de l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Sinon pour lui, l’évolution des chiffres des personnes infectées ne devrait pas amener les pouvoirs publics, à prendre une telle décision. D’autant plus que le grand Abidjan a été confiné en vue d’éviter la progression de la maladie, vers les villes de l’arrière- pays.
La décision du Cns, selon Alliance N’Guessan, pourrait être lourde de conséquence. « Je crains que la maladie ne se propage à une grande échelle à l’intérieur du pays à cause des mouvements de populations »
Pour éviter que l’on donne plus tard raison à Alliance N’Guessan, Abigoua Modeste propose que l’accent soit mis sur la répression des personnes qui ne respectent pas les mesures barrières, que les propriétaires de bars et boites de nuit qui exercent dans la clandestinité soient sanctionnés et que le couvre-feu soit réinstauré.
S’il se réjouit des actions de sensibilisation relatives au respect des meures barrières menées par les gouvernants, qu’il invite à poursuivre dans cette dynamique, Dr Kouassi Benoît déplore tout de même un fait, qu’il a eu à observer récemment. C’est lorsque le Président de la République a salué avec les mains le regretté Premier ministre Amadou Gon à l’aéroport Félix Houphouët Boigny, quand celui-ci est revenu de Paris. Pour cet enseignant, c’est une contre communication qui annihile les actions médiatiques menées sur le respect des mesures barrières. « Ce n’est pas bon. Cela pourrait donner raison aux personnes qui soutiennent que la maladie n’existe pas ».
Les populations s’y étaient habituées
Ce dimanche 19 juillet, au quartier Niangon, dans la commune de Yopougon, plusieurs fidèles Installés sur des chaises, distancées de près de 2 mètres sont en méditation. La messe terminée, A. Marina, animatrice chrétienne de catéchèse, donne son avis. «Le Grand Abidjan est déconfiné. C’est pour longtemps, ou c’est juste pour les obsèques du Premier Ministre que le déconfinement a été décidé ? Nous espérons que le gouvernement ne nous ramènera pas à la case de départ, après les funérailles du Premier ministre», se demande-t-elle.
Interrogé sur la question, O. Sedi, un fidèle musulman revenu de la prière du début de l’après- midi dite Zour à la grande mosquée du Plateau, apprécie. «Si l’Etat ne prend garde, c’est une formule qui peut contribuer davantage à la propagation de la pandémie. On aurait dû rester dans cette situation, puisque les populations se sont habituées au confinement, quand les mosquées, les bars sont restés fermés. En plus, le déconfinement conduit à la cherté de la vie, déjà les transporteurs ont augmenté les tarifs.», s’indigne-t-il En effet, une semaine après le ralliement d’Abidjan au reste du pays, les transporteurs manifestent déjà leur instinct d’éternels insatisfaits. Dans certaines compagnies, il est constaté une augmentation vertigineuse des tarifs de transports. Et comme si cela ne suffisait pas des compagnies ont du mal à se soumettre au quota de 50 personnes fixé dans les cars. «Nous demandons au gouvernement de revoir le nombre. Sincèrement, 45 personnes seulement dans le car, ça ne nous arrange pas. » S’insurge une caissière, après le départ d’un car transportant 50 personnes, par respect des mesures préventives.
Josué Yapi gestionnaire de la Formation sanitaire à base communautaire (Fsucom) d’Abobo-Akeikoi fait l’amer constat selon lequel, malgré l’isolement du grand Abidjan, le nombre de cas infectés ne fait que croitre. Bien que favorable à la décision prise par le Cns, il souhaite tout même que le gouvernement distribue gracieusement les masques aux couches défavorisées. En vue du respect des mesures barrières.
C’est en partie dans la même veine que s’inscrit le point de vue de Hamed Fofana, infirmier en fonction au Service des maladies infectieuses et tropicales (Smit) du Chu de Treichville. Qui affirme sans ambages que : « Le gouvernement a bien fait de lever l’isolement du grand Abidjan car on ne peut que vivre avec la maladie. Aucun remède ni un vaccin encore moins un sérum n’a été trouvé à ce jour. Or la vie ne peut pas s’arrêter pour autant. Il faudrait alors que l’accent soit mis sur le respect des mesures barrières ».
C’est le sens de la mission que Yacouba Diakité, le président du Collectif des syndicats des chauffeurs professionnels de Côte d’Ivoire (Cfscp-CI) compte entreprendre dans les prochains jours. Yacouba Diakité, par ailleurs président de la Fédération nationale des syndicats des chauffeurs unis de Côte d’Ivoire (Fenascu-CI), plus connu sous le pseudonyme de Bozizé entend mener cette action en vue de sensibiliser les membres de ses deux syndicats au strict respect des mesures barrières.
Des atouts pour freiner la pandémie
Dans plusieurs régions du pays, des centres de dépistages et des centres de mise en quarantaine ont été construits. C’est le cas de la région de la région de la Nawa.
« Nous n’avons pas de statistiques spécifiques à la Nawa. Mais ce que nous savons c’est que dans certaines régions du pays dont la Nawa, le nombre de cas est en augmentation. Pour ce qui concerne le conseil régional de la NAWA, les tests de dépistage se font à l’hôpital général de Soubré. Le conseil a construit un centre de santé, remis au Ministère de la santé, en plus d’un centre de mise en quarantaine dans la localité de Bayo. Nous avons mené une grosse campagne de sensibilisation avec la distribution de matériel (Gel Hydroalcoolique, du savon liquide, masques et seaux à robinet).» Ce qui est prévu.
Pour les futures actions devant prévenir davantage la propagation de la pandémie dans des villes de l’intérieur de la Côte d’Ivoire, les conseils régionaux s’allient sur les décisions des préfets de régions. Ces autorités préfectorales président les comités locaux de lutte contre les épidémies. Et les conseils régionaux n’en sont que des membres des comités installés dans leur circonscription. «Nous nous soumettons aux décisions du préfet de région qui est le président du comité de lutte contre les épidémies», précise la chargée de communication.
Ohyou Antoine ,Jeremy Junior






Publié le :
24 juillet 2020Par:
Forestier de Lahou