La crise relative à l’élection présidentielle d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire n’impacte pas que le milieu politique. Celui de l’économie, notamment des produits alimentaires n’est pas épargné. Ce n’est pas dame Delphine Kouakou, ménagère résidant au quartier Agbekoi, dans la périphérie du commissariat de police du 15eme arrondissement (CRS 4) d’Abobo qui dira le contraire. Partie acheter un sac de riz de 22,5 Kg le lundi 2 novembre 2020 dans un magasin de commerce, à la grande gare d’Abobo, grande fut sa surprise quand le commerçant lui a déclaré que le prix est passé à 13 500 Fcfa. Alors qu’elle a l’habitude de le prendre à 12 500 Fcfa, voire 12 000 Fcfa dans certains supermarchés. Au moment où elle quittait le magasin, le commerçant s’est empressé de lui préciser que le prix du riz a augmenté dans tous les coins où il est vendu. « A cause de ce qui aurait pu arriver pendant l’élection présidentielle, les gens ont acheté de nombreux sacs de riz pour les stocker. Cela a fait que les prix ont grimpé partout du fait de la forte demande. Ce n’est donc pas notre faute. C’est une situation générale », explique le commerçant. N’ayant pas d’autre choix, Delphine Kouakou a finalement décidé de prendre le sac de riz.
L’Attiéke (semoule de manioc cuite à la vapeur), qui est l’un des produits alimentaires fortement prisés en Côte d’Ivoire, n’échappe pas à cette hausse subite des prix des denrées alimentaires non plus. En effet, selon plusieurs témoignages, le prix de cet aliment, a connu des majorations, ainsi que le témoigne Mme Yapi Celine, revendeuse du produit en question. « Le prix de l’Attiéke a augmenté chez les dames qui le préparent à Akeikoi-village où je me ravitaille », affirme-t-elle. Face à cette nouvelle donne, elle se voit obliger de réduire la quantité du paquet de 100 Fcfa et de le commercialiser à 125 Fcfa. Sinon, dit-t-elle « je vais vendre à perte ». Le hic, c’est qu’aucune explication justifiant cette augmentation ne lui a été donnée. En plus, Mme Yapi soutient qu’au moment où elle est partie s’approvisionner, elle a trouvé les productrices débordées par les clientes, qui luttaient pour se faire servir. Elle a alors compris que ce sont les effets collatéraux de la crise post-électorale, qui expliquent cet état de fait
La même réalité est constatée au niveau de la vente du poisson. Mariam Koné, vendeuse de thon blanc frais au marché d’Avocatier, un quartier de la commune d’Abobo, révèle : « le prix du carton de thon blanc frais communément appelés Assafou chez les vendeurs de poisson, que j’ai l’habitude d’acheter à 18 000 Fcfa, est passé à 20 000 Fcfa. Mais que peut-on faire face à cette triste réalité ? On est obligé de faire avec », soutient-elle résignée. Mais cette hausse est directement répercutée sur le prix de vente aux clients. Car la revendeuse de poisson n’entend pas la supporter seule. Certaines de ses clientes se plaignent et retournent sans rien acheter. D’autres par contre comprennent eu égard à la situation.
C’est sensiblement la même remarque qui est faite s’agissant de l’huile. Si l’on s’en tient aux propos de Mme Coulibaly Aïcha, revendeuse de produits divers à Abobo Akeikoi, le coût du bidon d’huile de palme de 25 litres est passé de 17 000 Fcfa à 19 500 Fcfa. Contrairement à certains commerçants, elle a fait le choix de ne pas s’en procurer. Arguant que ses clients vont certainement se plaindre du prix de détail qu’elle va pratiquer. D’ailleurs, elle fait dire que le prix de 1,5 litre dans les supermarchés est de 1 500 Fcfa contre 1 300 Fcfa par le passé. « Si je fixe le prix du litre à 1 600 Fcfa au détail, les clients vont se plaindre ». Ce pourquoi, elle a décidé tout simplement d’attendre que le prix chute avant de commercialiser ce produit à nouveau.
La situation est plus difficile concernant les produits maraichers. « On ne peut plus rien acheter au marché. Tout est devenu cher. Au marché d’Akeikoi-extension, j’ai acheté 3 tomates à 200 Fcfa, alors qu’auparavant, je pouvais avoir 7 à 8 tomates au même prix. Un tas de 10 piments m’a été vendu à 50 Fcfa, 3 petits moreaux de manioc à 400 Fcfa », se plaint une institutrice vivant dans ce quartier d’Abobo. Pour elle si la situation demeure en l’état d’ici une semaine, ça deviendra insoutenable.
Il faut dire que ces différents produits avaient commencé à se raréfier sur les marchés abidjanais, depuis que le pays est entré dans la dernière semaine de la présidentielle. Du fait de l’insuffisance des ravitaillements assurés par les camions, en provenance des zones de production situées dans l’arrière- pays et aux alentours d’Abidjan. Et cela, à cause des actes de violences qui étaient déjà perpétrés ici et là. Les opérations d’approvisionnement desdits marchés, vont complètement s’arrêter le jour de la présidentielle, jusque- là, elles n’ont encore pas véritablement repris. Espérons qu’avec le retour progressif à la normale, qui s’opère depuis mardi dernier, la population sortira très rapidement de cette situation de hausse occasionnelle des prix des denrées alimentaires.
Jeremy Junior





