Il y a des pratiques peu recommandables qui commencent à prospérer chez bon nombre d’Abidjanais. Au lieu de recourir aux services des structures spécialisées, qui sont dotées de véhicules adéquats pour les vidanges de leurs fosses septiques quand elles sont totalement remplies, ils prennent le malin plaisir de faire creuser des trous béants à ciel ouvert. Afin d’y déverser les déchets et les eaux usées qui y sont contenus.
Cette pratique, à laquelle les propriétaires de logements recouraient rarement par le passé, évolue hélas crescendo. Stéphane Konan, fonctionnaire, qui résidait en 2017 au quartier Akeikoi-Extension dans la commune d’Abobo, révèle qu’elle était devenue l’habitude du propriétaire de la cours commune au sein de laquelle il habitait. « Chaque fois que la fosse septique de nos habitations venait à se remplir, il exigeait une cotisation de 10 000 Fcfa à chacun des locataires, des 6 appartements ». Pour dit-il « procéder au curage de ladite fosse ». Mais en réalité, au lieu de solliciter les services d’une société de vidange, le propriétaire de la maison faisait plutôt appel à de jeunes gens, à qui il demandait de creuser un trou béant non loin de la cour, à un endroit quelque peu isolé, afin qu’il y soit déversé le contenu de la fosse. Les jeunes recevaient ainsi en contrepartie de ce service, de l’argent ». Un autre témoignage, tout aussi révélateur en la matière, est celui de Pacôme Beugré, exerçant à la zone industrielle de Yopougon. Il affirme que l’un de ses anciens voisins au sous-quartier Belle Ville de la commune d’Abobo, est assez coutumier de cette mauvaise façon de se débarrasser de ses boues de vidange. Hormis les odeurs nauséabondes qui s’en dégageaient généralement, Pacôme affirme avoir remarqué également une prolifération des moustiques quand le contenu de la fosse était déversé dans un trou. Qui était aussi creusé, non loin de la cour. Du coup, Pacôme et sa famille, devaient supporter à la fois les odeurs nauséabondes et les moustiques
Des odeurs nauséabondes qui gênent
En fait, de multiples désagréments résultent de cette façon de faire, dont les tout premiers sont les odeurs pestilentielles. « Il y a toujours des odeurs nauséabondes qui se propageaient dans l’air, pour ainsi gêner tout le voisinage. Ces odeurs pouvaient empester plusieurs jours, voire des semaines, si d’aventure des pluies venaient à tomber », affirme le fonctionnaire. C’est d’ailleurs la principale raison qui a précipité son déménagement. Plus grave, à en croire Stéphane Konan, le trou béant creusé par les jeunes n’était pas fermé. Il restait en l’état jusqu’à l’assèchement total du contenu. Il n’était en outre jamais protégé. Une tragédie a même été évitée de justesse une fois, du fait de cette situation. « En effet, un jour dans le courant du mois de mars 2017, deux élèves du primaire en bas âge, de retour de l’école en partance pour la maison, se sont rapprochés du trou pour voir de près ce qui s’y trouvait. N’eut-été l’intervention d’un adulte qui passait par là au moment des faits, l’un des gamins se retrouverait dans le trou », raconte Stéphane Konan. Il faut aussi citer ces risques de contraction de diverses maladies, avec en prime le paludisme et la fièvre typhoïde. Qui sévissent à tout moment de l’année, à travers ces quartiers de la ville d’Abidjan, où est pratiquée cette mauvaise gestion des boues retirées des fosses septiques. Lesquelles ne sont malheureusement pas raccordées aux réseaux d’évacuation des eaux usées.
Dans la même veine, il y a cette autre mauvaise habitude qu’il faut décrier. Elle consiste, selon les explications de Seydou Zaré, enseignant dans un établissement secondaire privé de la place, pour certains propriétaires ainsi que des locataires de maisons, de profiter des pluies pour ouvrir discrètement leurs fosses septiques. Afin de laisser s’échapper les eaux que celles-ci contiennent. Dans le quartier d’Agbekoi où il logeait il y a 5 ans de cela, il a fait l’amer constat que très souvent après de fines pluies, il découvrait de grandes flaques d’eau à proximité des fosses septiques. Qui en plus, dégageaient d’insupportables odeurs. Il soupçonnait les locataires et les propriétaires d’être à la base de ce fait. Et le témoignage d’un de ses voisins finira par le rassurer.
Bien après, Seydou a voulu savoir pourquoi ces propriétaires ne faisaient pas appel à des vidangeurs spécialisés. Lesquels stockent les boues dans un véhicule citerne, en utilisant des tuyaux aspirateurs introduits dans la fosse. Après quoi, ces boues de vidange sont transportées ailleurs. Précisément à des endroits équipés pour leur élimination. Lors d’une causerie, l’un d’entre eux lui a affirmé que c’est facilement 80. 000 voire 90. 000 Fcfa qu’il faut décaisser pour faire face aux dépenses et autres charges afférentes à cette opération quand elle est menée par des professionnels. « Je comprends mieux. C’est certainement pour éviter de louer les camions de vidange que les propriétaires de maisons agissent de la sorte », se dit cet enseignant.
Suite à ces mauvais agissements répétés de son propriétaire, qui prenait le malin plaisir de faire les vidanges dans des trous béants en plein air, Stéphane Konan, fonctionnaire, a une fois saisi le service d’hygiène de la mairie d’Abobo. Apparemment, sa plainte n’a pas eu d’effet. Puisque malgré sa démarche, le propriétaire avait promis de renoncer à ces agissements. Mais quelques mois plus tard, il a renoué avec ses mauvaises habitudes.
Ces pratiques prendront-elles fin un jour ? Oui si les autorités communales prennent à bras le corps le sujet, en agissant contre tous ceux qui continuent de se passer des services des professionnels de la vidange ; lorsqu’ils doivent se débarrasser des boues sorties de leurs fosses septiques. Ou encore, en faisant en sorte que toutes ces fosses soient raccordées aux réseaux de drainage des eaux usées.
Junior Jeremy





