Noël on le sait marque pour les chrétiens, avec en prime les catholiques, la commémoration de la naissance de Jésus. Une fête à laquelle se préparent de nombreuses familles à Abidjan. En la matière, il n’existe pas de modèle type. Autrement dit, chacune y va avec les moyens dont elle dispose. Car il s’agit de célébrer le Christ à tout prix, quel que soit la manière. C’est que les prix des jouets et vêtements pour les enfants dont c’est avant tout la fête, ne semblent pas être cette année à la portée de toutes les bourses. Surtout, celles de ces nombreux chefs de familles, qui ont fait les frais de la Covid, en perdant leurs emplois, ou en demeurant jusqu’ici victimes d’une suspension dite temporaire d’emploi, mais qui dure toujours.
Seka Chapo Angeline est couturière à Abobo. A cause de ses moyens financiers limités, elle ne pourra pas satisfaire aux attentes de ses 3 enfants comme ils le désirent. En fait, Chacun d’eux demande comme cadeau de Noël un vélo. Or, l’argent dont dispose son époux, fonctionnaire en exercice dans une ville reculée de l’ouest du pays, suffit à peine à subvenir à leurs besoins. La couturière explique que c’est au vu des conditions difficiles dans lesquels vit son conjoint dans cette localité, que celui-ci a été contraint de revoir à la baisse les ressources financières qu’il met à leur disposition. Les 3 rejetons d’Angeline sont devenus tristes à l’idée de savoir qu’ils ne pourront pas recevoir les cadeaux auxquels ils ont tant rêvé. D’ailleurs elle affirme n’avoir absolument rien préparé de particulier pour cette fête de Noël. Elle se dit peinée à l’idée de constater que ses enfants sont tristes. Ceci l’affecte au point où elle ne sait où donner de la tête. Pourtant il lui faut bien faire quelque chose dans le cadre de la fête.
Cette couturière n’est pas la seule à être confrontée à un souci financier. Mme Yao, commerçante dans la même commune n’est pas épargnée par ce problème. « A cause de la cherté de la vie, la situation à la maison est devenue difficile. Les charges familiales augmentent, mais le revenu de mon époux est resté en l’état ». Conséquence : pas de dispositions particulières pour la fête de Noël. Ce sera alors une fête modeste pour les membres de la famille Yao. Les parents sont plus préoccupés par les frais de scolarité d’une de leurs filles, orientée dans une université privée pour étudier le droit, suite à l’obtention du Baccalauréat l’année dernière. Ils s’attellent à chercher les 300 000 Fcfa demandés par l’université. Du coup, la fête de Noël n’est pas une priorité pour eux.
Pour sa part, Alexandre Kouamé, blanchisseur, pense qu’il y a de fortes chances que la fête de Noël 2020 ne soit pas aussi intéressante que celle de l’année d’avant. Du moins elle ne connaitra pas la même ambiance que celle de l’année 2019. « Pour cette année 2020, on ne sent pas l’approche de Noël. Les préparatifs tournent au ralenti », fait remarquer le blanchisseur. Cette situation s’explique selon lui par deux faits principaux. A savoir l’atmosphère socio-politique qui prévaut dans le pays suite à l’élection présidentielle du samedi 31 octobre 2020, puis les impacts de la Covid-19 sur plusieurs ménages. « Il y a encore des gens qui craignent. Ils pensent qu’il peut avoir des velléités de troubles. Les gens ont peur », dira-t-il s’agissant de l’ambiance qui existe dans le pays. Pour le second point, il avance que plusieurs ménages ont été impactés négativement par la crise sanitaire liée à la Covid-19. Plusieurs de ces ménages ne se sont pas encore retrouvés financièrement. Il estime qu’il faudra à certains d’entre eux 2 à 3 ans avant de se retrouver. Alexandre ajoute qu’il est sûr et certains que des travailleurs du privé, de même que des propriétaires de petites activités ont dépensé toutes leurs économies. Et que par conséquent ils ne pourront pas fêter comme si de rien n’était. Sur la même lancée, il ajoute que ce ne sont que les personnes nanties financièrement qui pourront fêter convenablement la Noël en décembre 2020.
Ce point de vue ne rencontre pas l’assentiment de Mme Adon née Kourouma Fatoumata, agent commercial dans une société de la place. Pour elle, quelques soient les difficultés financières, les parents sont tenus de faire des efforts pour faire plaisir à leur progéniture. C’est dans cette optique que son époux et elle sont déjà à pied d’œuvre pour procurer de la joie à leurs enfants à l’occasion de cette fête. Les vêtements, des prêts-à-porter, sont déjà disponibles. Elle dit avoir déjà commencé la décoration de l’arbre de Noël. Et soutien dans la foulée qu’il sera mis en marche le week-end du samedi 19 au dimanche 20 décembre 2020. C’est au cours de cette même période qu’elle ira acheter les jouets des enfants. En plus, ils auront droit à une sortie, soit au glacier ou dans une salle de jeux.
En dépit de la situation financière un peu difficile qu’elle traverse, du fait de l’absence de son mari qui est en mission, Ouattara Fatou épouse Anougba, commerçante, déclare avoir déjà acheté pour les enfants des pagnes et des tissus, qui ont été déposés chez le couturier. Elle a également acheté des vêtements prêt-à-porter. Pour l’achat des jouets, la commerçante attend une rentrée d’argent. Les sorties que son époux et elle organisaient à chaque fête de Noël ont tout simplement été annulées du fait des moyens limités.
Pour faire face à la problématique du coût élevé des articles au cours des fêtes de fin d’année, notamment pour la Noël, Mme Ké Paule Angèle, assistante commerciale mère d’un gosse a trouvé une astuce. Elle achète les jouets de son fils au cours du moins de novembre. Arguant qu’ils coûtent moins chers à cette période de l’année. Ainsi pour la Noël 2020, l’assistante commerciale a déjà acheté un vélo, une tablette éducative et des vêtements pour son enfant dans le courant du mois de novembre. Pour minimiser les dépenses, Mme Akouffou, vendeuse de poisson frit et d’attieké a opté pour une initiative collective qui ne lui coutera que 2000 F. En vue de permettre à son dernier fils, âgé de 13 ans, de prendre part à l’arbre de Noël organisé à l’attention des enfants de la paroisse catholique Saint-Marc d’Abobo. Avec les 2 000 Fcfa, non seulement il aura droit à un jouet, mais il va s’égayer avec les autres enfants qui se sont inscrits autour d’un repas. Il y a également au menu des chants, danses, et autres. Bref, un bon moment pour se distraire entre frères en Christ de la même communauté religieuse.
Au niveau de l’église harriste d’Abobo Akeikoi-extension (temple Sénevé), un programme alléchant a été aussi concocté. Avec la contribution du mouvement Jeunesse nouveau réveil, dirigé par Aguia Yvonne Anthelme, au cours de la veillée de la Nativité, il y aura des danses, des concours de chants et danses. Sans oublier que des repas seront servis le long de cette veillée, de même que des enseignements concernant la naissance de Jésus-Christ seront donnés. Du côté de l’église Yesocie de Niangon Béthel à Yopougon, on s’active aussi pour la fête de Noël. Selon Djakoua Evariste le pasteur de cette communauté chrétienne, différentes entités s’organisent pour la Noël. L’école du dimanche, les Servantes de Béthanie (l’association des femmes), les disciples d’Emmaüs (l’association des jeunes), à en croire le serviteur de Dieu font des répétitions depuis novembre 2020 concernant des sketches, des poèmes, des ballets, des danses, des scénettes, des cantiques, des récits bibliques, des sketches portant sur la naissance de Jésus-Christ, pour lesquels ils vont se produire la soirée du 24 décembre. Il reste à souhaiter que malgré les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés, les fidèles chrétiens puissent célébrer cette énième fête de Noël dans le calme et la joie.
Des commerçants se frottent les mains
De Koumassi à Treichville en passant par le grand marché de Marcory, les préparatifs ont bien débuté. Cette vendeuse de poupées ne cache d’ailleurs pas sa joie cet après- midi de lundi 21 décembre. « J’ai épuisé toutes mes commandes et je suis très contente. Il me faut encore un bon lot de cadeaux d’ici le 31 décembre. Mais pour nous qui sommes détaillants, les grands magasins augmentent exagérément les prix des marchandises. Même si la période est propice mais il faut qu’ils nous aident afin que nos clients ne nous quittent pas parce que nos prix sont très élevés. Mais j’ai confiance » assure dame Françoise N’Guessan, commerçante très connue au grand marché de Marcory.
Situation similaire dans ce supermarché qui est considéré comme un modèle dans la vente jouets pour enfants à Abidjan. La situation a considérablement évolué depuis notre dernier passage ( Enquête du Jeudi du 10 décembre) où l’affluence n’y était pas encore. « Dieu merci ça va bien. Les parents qui viennent depuis 5 jours achètent en grand nombre les vélos, les ordinateurs et les véhicules pour leurs enfants. Je peux vous dire aujourd’hui que nous sommes presqu’en rupture de stocks. Mais d’ici samedi prochain, les commandes que nous avons passées arriveront et nous sommes sûrs de les liquider d’ici le 1er janvier » affirme avec confiance Abdallah Rachid Taher, un responsable-vente de ce supermarché très fréquenté.
Junior Jeremy,Sékou Koné





