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Reportage.Plus de 6 mois après le drame d’Anyama Derrière rails : Le site abritera une forêt communale

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Dans la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 juin 2020, une partie du quartier « Derrière rails », de la commune d’Anyama a été l’objet d’un épouvantable glissement de terrain, consécutif à une pluie torrentielle. Causant hélas, la mort de 17 personnes. Une tragédie que les habitants de ce quartier d’Anyama ne sont pas prêts d’oublier. C’est que jamais dans l’histoire de cette commune, les pluies n’avaient occasionné un pareil drame. Qui aura plongé toute la Côte d’Ivoire dans l’émoi. Car Anyama a enregistré le plus triste bilan des dégâts survenus au cours de cette saison pluvieuse.

Six mois après ce douloureux évènement, qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective ivoirienne, nous avons fait un tour sur le site pour constater de visu, ce qu’il est devenu entre-temps. Nous y arrivons le mercredi 30 décembre 2020 sur le coup de 10 heures 30 minutes. L’endroit est pratiquement désert. La partie du site objet du drame est partiellement recouverte d’herbes. Les gravats des maisons qui avaient été englouties le jour de la catastrophe, ne sont plus qu’un vieux souvenir. Tout a été rasé. Hormis quelques-unes des maisons proches de la zone marécageuse du coin, à savoir celles qui ont échappé de peu, à la furia des eaux de pluies.

Le flanc de la colline où a eu lieu la tragédie a été réhabilité. Des pierres y ont été posées, en vue d’empêcher une dégradation ou une éventuelle chute de terre, sous l’effet des prochaines pluies. Le chemin de fer qui pendait dans les airs suite à l’éboulement a été remis en état. Nous avons trouvé sur place un bulldozer stationné. Probablement, l’un de ceux qui ont été utilisés pour les travaux qui ont eu lieu sur le site.


Douloureux souvenirs

Munis de lance-pierres, 3 adolescents, qui a l’apparence pourraient avoir entre 10 et 12 ans, sont venus chasser des oiseaux qui se perchent sur des cocotiers et la broussaille environnante. Ces enfants, habitants des cours voisines à celles qui ont été ravagées par l’éboulement, se rappellent encore le triste évènement qui s’est produit à l’aube du jeudi 18 juin. Si jeunes, ils ont dû voir ce jour des scènes horribles. Vêtu d’un tricot bleu et d’une culotte grise, l’un de ces enfants les évoque en ces termes : « nous avons vu ce qui s’est passé ce jour. Cela nous a fait mal car certains de nos camarades sont aussi morts ». Ses deux compagnons acquiescent de la tête pour confirmer les propos tenus.

A quelques pas de là où sont venus chasser ces derniers, nous trouvons d’autres adolescents venus faire la lessive. Approximativement une quinzaine de jeunes gens. La plupart sont des filles. Renseignements pris, ces jeunes gens qui habitent majoritairement au quartier Schneider, ont affirmé qu’ils y viennent souvent pour profiter de l’eau contenue dans les puits du site, qui n’ont pas été fermés au cours des travaux de déguerpissement. Une aubaine qui leur offre la possibilité de laver leur linge sale, sans avoir à débourser un seul centime pour acquérir de l’eau. Des piles de vêtements sales entassés par terre, sont lavées progressivement dans des bassines de forme moyenne. Pendant que les plus âgés de ces adolescents sont occupés à faire la lessive, les plus jeunes jouent en courant. Il y a d’autres enfants rencontrés sur le site qui s’y sont rendus juste pour puiser de l’eau et retourner tranquillement chez eux. Vers 11 heures, une adolescente d’environ 13 ans revient d’un des puits du coin. Chargée d’un bidon de 20 litres posé sur la tête, qu’elle peine d’ailleurs à maintenir en équilibre, elle est suivie de deux fillettes.


A la demande de la mairie

Au moment où nous nous apprêtions à quitter les lieux, notre attention est attirée par un regroupement d’agents des Eaux et Forêts et des jeunes scouts. Visiblement fatigués, certains d’entre eux se sont abrités à l’ombre d’un arbre, en train de causer. Sous le chaud soleil, qui a fini par avoir raison des nuages qui s’étaient amoncelés au- dessus de nos têtes à notre arrivée sur le site, des agents des eaux et forêts, aidés de certains de ces scouts, étaient en train de planter des arbres. Munis d’un instrument approprié, ils prenaient des mesures, creusaient des trous avant d’y enfouir des pieds d’arbres.

Approché pour avoir des explications au sujet de cette opération de plantation d’arbres, le lieutenant Gnamien Abel, chef de la programmation et chargé des corridors du cantonnement forestier d’Anyama, était sur le point de nous donner des informations, quand son supérieur hiérarchique, à savoir le lieutenant Tra-Bi Moh Aristide du cantonnement forestier d’Anyama, chargé de l’exécution des travaux est arrivé. Aussitôt, il lui passe la parole après lui avoir expliqué l’objet de notre visite. Sous le regard approbateur de Gnamien Abel, Tra-Bi Moh Aristide révèle que c’est à la demande de la mairie qu’ils mènent cette opération de plantation d’arbres pour occuper le site. Afin d’éviter qu’il ne soit recolonisé par des inconnus ou certains de ceux qui ont été déguerpis de là. Ce dernier a souligné qu’ils sont aidés dans leur mission par des scouts et des jeunes de la communauté U-Report d’Anyama. Aux dires de Ghislain Gnamien, responsable de cette structure à Anyama, U-Report est une plate-forme digitale mise en place par l’Unicef en collaboration avec le gouvernement ivoirien. Elle offre, la possibilité aux jeunes gens de s’exprimer sur des problèmes qui leurs tiennent à cœur et aussi de s’engager de manière bénévole à œuvrer pour le bien-être de la société. Le lieutenant Tra-Bi Moh Aristide nous indique par la suite que, les travaux ont commencé depuis le mois de novembre, et consisteront à couvrir le site de 900 plants. Il s’agit entre autres de tek, d’acajou, d’acacia, et autres. Il ajoute que l’opération a connu un arrêt momentané du fait de leur emploi du temps chargé. Malheureusement, à l’en croire, au cours de cette période, des plants ont été déterrés. Cela ne les a nullement démotivés. Et la mairie aussi les a exhortés à poursuivre, en leur promettant que tout sera mis en œuvre pour ne plus que ces actes d’incivisme se répètent. Pris de colère pour avoir constaté que certains de ses amis sont assis à l’ombre tandis que lui, est à pied d’œuvre, l’un des agents de U-Report s’est mis à crier sur ceux qui se reposaient. Leur intimant l’ordre de venir travailler. Certains ont répondu favorablement sur le champ. Mais, il a fallu l’intervention d’un de leurs supérieurs hiérarchiques, pour que les autres s’exécutent.


En attendant un recasement définitif

Après quoi, nous nous sommes rendus à la mairie d’Anyama. Sur place, nous avons échangé avec Cissé Kalifa, responsable de la communication. Au cours de l’entretien que nous avons eu avec lui à son bureau, il a de prime abord révélé que toutes les maisons qui étaient situées sur la partie qualifiée de dangereuse des lieux du drame, ont été démolies. Ensuite, chacune des 52 familles qui s’y trouvaient, représentant un total de 733 personnes, a reçu la somme de 300 000 Fcfa pour se reloger. Il nous a enfin affirmé qu’un site définitif de recasement des déguerpis du quartier « Derrière rails » n’a pas encore été trouvé. « Néanmoins, l’Etat travaille à ce sujet de concert avec la mairie », soutient Cissé Kalifa ». Il ajoute : « c’est une action sociale que l’Etat veut mener

dans la mesure où ceux qui y résidaient, n’avaient pas de documents administratifs les autorisant à y habiter. De plus, le site n’était pas loti », précise- t-il.


Junior Jeremy



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