La contamination à la Covid-19 connait une résurgence depuis quelques semaines en Côte d’Ivoire. D’où les incessants messages du gouvernement invitant les habitants du pays au port obligatoire du masque dans les lieux publics, ainsi qu’au respect des autres mesures barrières. Pour montrer la gravité de la situation, le gouvernement a envoyé des SMS de sensibilisation aux abonnés des sociétés de téléphonie mobile, dont l’un d’entre eux reçu le jeudi 11 février 2021 à 14 heures 26 minutes est libellé comme suit : « COVID-19 : Nous vivons une résurgence de la Covid 19. Protège-toi et protège-les autres ». Comme si elles ignoraient tout de la résurgence de la pandémie, les populations de Yopougon ne semblent pas se sentir concernées par les appels du Conseil national de sécurité, relatifs à la nécessité de se conformer davantage au respect des mesures barrières édictées.
Nous sommes au marché de Koweït. Il est 10h30 et le marché est bondé de monde, venu de toute évidence, faire divers achats. Ici, le constat est clair : vendeuses et clientes ne portent pas le cache nez. « Quand je porte le cache nez, je n’arrive pas à bien respirer et il fait aussi très chaud », déclare Affoué Karine une vendeuse. Le port du masque, la distanciation physique et le lavage des mains, ne sont pas respectés au marché du Koweït. Pendant notre tournée dans ledit marché, vendeuses et clientes ont pour la plupart affirmé que la Covid 19 est bien loin d’elles. La situation n’est guère différente dans les rues de la plus grande commune du pays. En effet, l’on ne voit presque personne masquée. Surtout dans les lieux à usage collectif, au sein des différents regroupements de personnes. C’est à croire que le message du Conseil national de sécurité, n’est pas passé ici.
Dans les écoles, personne ne porte le masque
Dans la plupart des établissements scolaires des communes d’Adjamé et de Yopougon où nous sommes passés le mardi 16 février 2021, le port du masque et le lavage des mains n’étaient pas du tout respectés par les élèves, enseignants et membres de l’administration. Au Lycée moderne Harris d’Adjamé, les élèves bien qu’ayant leur cache-nez dans leurs poches ou sur leurs oreilles, ne le portait pas. Dans les bureaux et salles de classe, Il n’y avait qu’une poignée d’enseignants et du personnel administratif qui portait le masque. A la rentrée de cet établissement, aucun contrôle n’est fait par les gardiens. Les éducateurs et professeurs ne veillent pas à cela. Chacun est préoccupé à faire son travail ignorant les risques de contraction de la maladie. Côté lavage des mains, personne ne s’y prêtait également bien que des dispositifs de lavage des mains soient installés dans la cour et devant les bureaux. Selon un élève que nous avons interrogé, le contrôle du cache-nez et le lavage des mains ne se fait que les matins. Passé cette période dit-il, plus rien, jusqu’à la fin des cours en fin d’après-midi.
Même constat au Lycée municipal et au groupe scolaire privé SEPI de Yopougon ainsi qu’au Lycée moderne Nangui Abrogoua d’Adjamé. Où élèves, enseignants et membres de l’administration ne respectent ni le port du masque encore moins le lavage des mains.
On ne porte plus le masque chez les transporteurs
Ce qui nous a été donné de constater chez des transporteurs conduit à penser que les Abidjanais ne semblent pas avoir pris conscience de la gravité de la situation. La plupart des acteurs du secteur du transport ne veillent pas convenablement à l’application des mesures barrières. Un tour dans certaines gares routières d’Abidjan corrobore cet amer constat. Le mercredi 10 février 2021, nous nous retrouvons à la gare ST, située à la nouvelle gare routière dans la commune d’Adjamé. L’horloge marque 11 heures quand les clients à destination de Issia via Divo et Gagnoa sont invités à prendre place à bord d’un car immatriculé 1516 JE 01. Le contrôleur, à savoir celui qui est chargé de faire monter les passagers ne s’intéresse pas au port obligatoire du cache-nez avant l’embarquement dans le véhicule. Il était plus préoccupé par les tickets. Du coup plusieurs voyageurs sont montés sans avoir mis leur masque. Pourtant, il existe des inscriptions qui exigent le port obligatoire du masque. D’ailleurs, une affiche placardée à l’un des guichets de la gare mentionne clairement ‘’On informe la clientèle que le port du cache-nez est obligatoire. Il est exigé à l’embarquement’’. Cet écriteau est certainement là juste pour la forme parce que si tel n’était pas le cas, le contrôleur aurait exigé le port du masque aux voyageurs, en partance pour Issia. Il en aurait été de même pour les passagers de la ligne Man-Touba, qui est également assurée par la même compagnie. En effet, les passagers de cet axe routier ont embarqué à partir de 11 heures 15 minutes dans le car, portant l’immatriculation 7300 HF 01 sans qu’aucun d’entre eux n’ait été soumis au contrôle du port obligatoire du cache-nez. C’est le même constat qui a été fait à la gare de l’Express du Ranch, qui rallie Abidjan à Lakota, le vendredi 12 février 2021 aux environs de 10 heures. Les voyageurs du car immatriculé 4402 HK 01, qui était le 3eme départ, ont embarqué sans que le port du masque ne leur soit exigé. Idem pour la société KS, qui assure le tronçon Abidjan-Gagnoa. Le même vendredi à 11 heures 59 minutes, le car portant l’immatriculation 1621 FX 01, affrété pour le 2eme départ est mis en marche. L’agent commis pour la montée des détenteurs des tickets ne se préoccupe nullement du port obligatoire du cache-nez. Son attention est plutôt tournée sur la vérification des tickets. Pourtant, des inscriptions à différents endroits de la gare portent la mention ‘’COVID-19 Port obligatoire du cache-nez’’.
En dépit de ce constat, il y a tout de même des compagnies qui font des efforts pour faire respecter le port obligatoire du cache-nez. Mais, il leur reste encore beaucoup à faire pour entrer dans la droite ligne des mesures édictées par le gouvernement. C’est le cas de la société SBTA située du côté opposé à la SICOGI, dans la commune d’Adjamé. Le mercredi 10 février nous assistons à l’embarquement des passagers dans le car immatriculé 5440 HE 02 à partir 12 heures 13 minutes. L’employé commis à la montée des passagers exigeait le cache-nez. Sauf qu’à certains moments, quand un autre employé de la compagnie, l’appelait pour lui parler, il n’arrivait plus à contrôler correctement le port obligatoire du cache-nez. De sorte que, certains passagers sont montés sans un cache-nez. Une vingtaine de minutes plus tard, nous nous retrouvons à l’ancienne gare routière d’Adjamé, précisément à la compagnie AVS. A notre arrivée à 12 heures 33 minutes, le car immatriculé 4170 JS 01, qui relie Abidjan à Bouaké s’apprête à quitter la gare quand deux dames de teints clair arrivent. Visiblement pressées, elles tiennent à monter à bord du car. Aussitôt, elles sont orientées vers les guichets pour prendre leurs tickets. Elles sont finalement admises dans le car dans la précipitation sans avoir au préalable porter leurs cache-nez. A 13 heures, un car de la même compagnie, qui doit se rendre à Daloa, est annoncé et les passagers sont invités à monter. Malheureusement, certains des usagers ont accédé au véhicule sans cache-nez. Le contrôleur était tellement affairé au point qu’ il n’avait pas l’esprit tranquille pour faire appliquer la mesure relative au port obligatoire du masque. Le même jour, nous nous retrouvons à la gare UTB à Adjamé. Nous constatons avec amertume aux environs de 13 heures 50 minutes que le port obligatoire du cache-nez est totalement ignoré par l’employé chargé de faire embarquer des passagers à bord du car de couleur blanche, en partance pour Daloa. Sous le coup de 14 heures, c’est l’embarquement à bord du car portant l’immatriculation 7351 JA 07 de la même compagnie avec pour destination Bouaké. Cette fois, l’employé commis pour la montée des passagers exige le cache-nez, sauf que plusieurs passagers l’ont placé sur leur menton. Mais, ce dernier ne donne aucune consigne pour que le masque soit convenablement porté. Toute chose qui dénote d’une certaine légèreté. Car un cache-nez mal porté ne sert véritablement à rien, dans la mesure où il ne peut mettre son utilisateur à l’abri d’une contagion à la Covid-19.
Les chauffeurs de la SOTRA sont les acteurs du secteur du transport, qui font réellement respecter le port du masque. Cependant, il se trouve des usagers récalcitrants qui, après les avoir dépassé ôte leur cache-nez.
Certains responsables de compagnies de transport se sont exprimés au sujet des constats que nous avons faits. Ainsi, selon Dahouda Keïta, le chef de station d’Adjame de AVS, la direction générale a donné des instructions fermes afin de ne laisser monter aucun passager sans cache-nez dans un car. La même consigne est valable pour les personnes qui accèdent à la gare. Le non-respect de cette consigne incombe de l’avis du chef de gare de AVS Adjamé, aux contrôleurs quand lui chef de gare, est absent. Par conséquent pour Dahouda Keïta, s’ils ne jouent pas leur rôle, ils seront sanctionnés. Par ailleurs, il relève qu’il y a des passagers qui refusent de se soumettre aux consignes en vigueur. Il propose ailleurs qu’on impose la répression aux passagers qui font la tête à l’occasion de contrôles inopinés sur les routes. En ce qui concerne la gare qu’il gère, Dahouda Keïta affirme qu’il distribue chaque jour des cache-nez au personnel, ainsi qu’aux clients qui n’en n’ont pas au cours des embarquements.
Une responsable de la société de l’Express du Ranch, a plutôt eu du mal à admettre les remarques que nous avons faites. Elle a rétorqué qu’en tant qu’employée qui procède à l’embarquement, depuis sa reprise de service le dimanche 14 février, aucun passager n’accède au car sans un masque.
Charles Zahé,Boubakar Barry,Jerémy Junior





