Depuis quelques années, l’on assiste à un nouveau fait aux abords des grandes rues et avenues de Treichville. Ce sont ces restaurants qui s’ouvrent nuitamment, sur les trottoirs des différentes voies les plus passantes de la commune. Une activité qui a petitement commencé, pour aujourd’hui prendre de l’ampleur, quasiment partout dans la cité du brassage culturelle, encore dite « commune N’zassa »
En effet, une fois que la nuit tombe, aux environs de vingt heures, ces restaurants de fortune s’installent sur les trottoirs, généralement à la devanture des magasins de commerce fermés. Des tables sont placées entourées de chaises, sur environ une dizaine de mètres. A côté, sont confectionnés des mets, avec en prime de l’atiéké servi au poisson et au poulet. Le tout accompagné de boissons, notamment de la bière et de la sucrerie. A certains endroits, ce n’est que de la boisson qui est servie aux noctambules, qui prennent souvent le temps de consommer leurs breuvages en musique. Dont les décibels ne manquent pas d’attirer ou de signaler l’existence du lieu à l’attention des passants. D’autres encore privilégient le service de café, ou l’usage de la chicha. Cette autre forme de consommation de produits excitant ou remontant, à l’aide d’un tuyau branché à un tube de verre. Lequel est posé sur un petit fourneau, afin que le contenu liquide rentre en ébullition, pour produire une espèce de vapeur que l’utilisateur aspire à l’aide du tuyau. On aurait dit que tous ces restaurants, ont leur fumeur de chicha. Tant la pratique y est devenue courante.
Ces restaurants nocturnes, dont la plupart sont tenus par de jeunes gens, sont devenus pour les habitants de véritables aubaines. Particulièrement pour les travailleurs de nuit, des chauffeurs de taxis, ou encore ceux qu’on pourrait appeler des sans foyers, des marins… En somme des personnes qui pour la plupart, n’ont pas le temps de préparer eux-mêmes leurs mets.
Ne disposant pas de moyens financiers pour louer un endroit, des femmes et des jeunes diplômés mais sans emplois, se sont ainsi lancés dans la restauration de nuit.. On les retrouve sur la célèbre rue 12 devant les magasins de libanais, à la rue 17 entre l’avenue 21 et l’avenue 22, à différents endroits de l’avenue 16 très mouvementée nuitamment, ainsi qu’à la rue 38 encore appelé boulevard Nana Yamoussou, précisément devant les magasins de l’immeuble du même nom .
Au célèbre quartier Apollo de Treichville, toutes les nuits semblent être des moments de joie. C’est qu’à côté des maquis et bars, des restaurants sont improvisés sur les trottoirs par des femmes. Et selon les férus de ces restaurants en plein air, ces femmes seraient les meilleures. La propreté et la qualité des services qu’elles offrent, sont du reste appréciées par quelques clients que nous avons rencontrés.
Une autre réalité qui ne saurait passer inaperçue C’est qu’à côté de ces restaurants nuitamment aménagés, sont aussi organisés des commerces. En effet, de jeunes ivoiriens et non nationaux, notamment des Nigérians, y ont développé le commerce de la friperie. Des vêtements de bonne qualité ( tee shirt, sous corps, pantalons jeans, culottes, joggings, chemises …) des tapis et divers autres objets, y sont vendus à des prix abordables. Il en de même des chaussures : des tauds, des baskets, des sandales etc neufs notamment. « Chaque mois, nous allons acheter au port ces vêtements e chaussures pour venir les revendre les nuits ici. Vous savez, ce sont des objets de grande qualité qui ont malheureusement duré dans les magasins en Europe. Pour ne pas les brûler, certains de nos frères se sont engagés à les envoyer en Afrique. Ici en Côte d’Ivoire, il faut avouer que ce commerce marche bien. Ce n’est pas donné à tout le monde de s’offrir une veste ou une moquette à hauteur de 100.000 F CFA. Mais avec moins de la moitié de cette somme, de nombreuses personnes peuvent s’offrir de belles tenues et chaussures » raconte Willy Agbola, jeune vendeur Nigérian. Ces commerçants viennent ainsi tenter d’intéresser les clients de ces restaurants à leurs produits. Et dans bien de cas, il faut dire que ça marche pour eux.
Le combat de la mairie
Si la Mairie laisse ces restaurateurs et commerçants de nuit, prospérer sur les trottoirs des voies les plus fréquentées de la commune, c’est bien parce qu’elle espère tirer de leur existence, quelques recettes non négligeables. Et cela, en leur infligeant des taxes. Malheureusement, les choses ne se passent pas tout à fait ainsi pour elle. En effet, selon Erick Assoumou, responsable du service technique de la mairie de Treichville, ce sont exactement 496 propriétaires de ces restaurants à ciel ouvert, qui ont été identifiés et à qui des agents remettent chaque jour ou chaque mois un reçu de paiement de taxes. «… Mais ce sont 300 personnes qui payent leurs taxes. Voyez- vous, ces braves dames et hommes qui se débrouillent les nuits sont des mères et pères de familles. Mais l’activité qu’ils mènent est trop dangereuse. Même si les mets sont bien confectionnés, il faut aussi que ces endroits soient sécurisés.
Les taxes de 200 F CFA ne concernent que ceux qui sont sur les domaines publics (Occupation du Domaine Public). Mais approvisionner les caisses de la mairie à partir de leur activité, est un véritable combat. C’est pourquoi, souvent la police municipale et les responsables du service technique font des descentes inopinées dans certains quartiers. Sans menaces, nous leur demandons de s’acquitter de leurs taxes. Car la mairie de Treichville a d’ambitieux projets pour ce secteur qui fait la notoriété de la commune depuis plus de 40 ans » révèle Erick Assoumou.
Le constat est donc clair. Ces restaurants et commerces de nuits continuent de conférer une certaine particularité, à la commune de Treichville.
A présent il appartient aux responsables municipaux de prendre des mesures allant dans le sens d’une bien meilleure organisation de ces activités nocturnes, pour le bonheur de ceux et de celles qui en ont fait leur gagne-pain.
Sékou Koné






Publié le :
25 mars 2021Par:
Forestier de Lahou