La moisson a été bonne dans les champs et sur les claies de séchage qui accueillaient 63 enfants supposés travailleurs. 24 personnes sont mises aux arrêts, pour l’exploitation de ces enfants. La traque aux supposés exploitants d’enfants dans les plantations de cacaoyers ou de vivriers a été au cœur de l’opération «Nawa 2» qui s’est déroulée du 6 au 7 mai 2021 dans la région éponyme.
Sous les ordres du Commissaire principal Zaka Luc, commandant de la sous-direction de la Police criminelle en charge de la lutte contre la traite des enfants et la délinquance juvénile (SDLTEDJ), gendarmes, policiers et agents des Eaux et Forêts, ont écumé les pistes des champs pour cueillir de présumés exploitants d’enfants. Créée pour apporter une réponse plus efficace au phénomène de traite, d’exploitation et de travail des enfants, cette unité spéciale de la Police criminelle est en pointe en Côte d’Ivoire, dans la lutte contre cette épineuse problématique. Dans l’optique d’optimiser la lutte contre ce phénomène, six antennes régionales de cette unité de police ont été installées à San Pedro, Soubré, Man, Korhogo, Bouaké et Bondoukou. Dans un contexte mondial d’aseptisation du milieu du travail d’où il faut extirper les enfants, face à la rudesse des actes à accomplir, la fondation Children Of Africa est devant la lutte.
Pourtant, dans les marchés des quartiers d’Abidjan, la capitale économique du pays, des enfants portent des bagages, travaillent à cirer des chaussures, à être des apprentis de « gbaka », des vendeurs de rue. Derrière les hauts murs des grandes résidences cossues de la high society, s’affairent de petites mains. Souvent maltraités, ces enfants ne sont pas à la une de l’actualité de la conscience comme ceux des plantations de cacaoyers.
Là encore, il ne faut pas tomber sous le coup de l’auto-flagellation pour plaire aux lobbies du cacao ou du chocolat. Il faut en effet, savoir établir un tableau synoptique des réalités africaines qui diffèrent de celles des occidentaux.
L'argument du travail socialisant
En voyage aux Etats-Unis pour affronter les grands chocolatiers américains face à la question du travail des enfants dans la cacaoculture, la Première Dame a développé l'argument du travail socialisant, différent d’une exploitation économique d’enfants. Et cela a fait mouche ! 
Pour les grands chocolatiers, il y aurait une organisation tacite de recrutement et de placement d’enfants dans les plantations de cacaoyers, afin de maintenir la première place. Sans nier le phénomène, qui est plus du fait des ressortissants de certains pays de la sous-région dont les compatriotes sont très nombreux dans la filière cacao, il n’y a aucune organisation protégée par l’Etat. Et, il ne faut pas donner l’impression que la filière cacao est la plus minée. L’orpaillage clandestin détourne des enfants des salles de classe. Il faut y jeter un coup d’œil tout comme dans les marchés des communes d’Abidjan. Ce n’est pas loin.
Cibler les Ambassadeurs des pays acheteurs de cacao
D’ailleurs, des services d’encadrement existent pour recueillir ces enfants à qui ces prébendiers vendent aux parents, une scolarisation en Côte d’Ivoire pour une réussite sociale. Pour ceux-ci, le réveil est souvent terrible. Ce sont eux qu’il faut sauver, pas nos enfants à qui on apprend le travail anoblissant, par lequel tous les « grands types », issus de familles pauvres, sont passés, du primaire au secondaire. Avec leurs parents pendant les congés scolaires et vacances ou avec le tuteur.
Les Ivoiriens ne pratiquent pas d’exploitation d’enfants. Car, chez nous, l’enfant qui part au champ avec ses parents, apprend ainsi à dessiner son destin, le chemin possible de sa réussite sociale. Il ne lui est pas remis une machette ni une houe afin de plier l’échine au soleil de 5 h à 18 h. Non ! On l’amène à ne pas fuir le champ et paresser pour, au final, être un voleur craint. Il va observer, apprendre à poser un piège, identifier les pas d’un gibier, le cri d’un oiseau, la beauté de la nature, prévoir une pluie bienfaitrice.
C’est en cela qu'un genre d’opération Coup de poing doit avoir pour cible les Ambassadeurs des pays acheteurs de notre cacao. Il faut les envoyer au champ, leur faire toucher du doigt notre réalité du « travail de l’enfant » et non une exploitation économique que l’on croit, à tort ou à raison, planifiée dans les plus hautes sphères du pouvoir. Les opérations de charme avec une nuée de journalistes, c’est bien, mais avec les ambassadeurs, directeurs généraux de chocolatiers, d’exportateurs de cacao, ce serait mieux.
Adam’s Régis Souaga





