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Politique

Refus de la France de présenter des excuses au Rwanda :Macron n’a pas osé franchir le dernier pas

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Le président français, Emmanuel Macron, était le 27 mai dernier au Rwanda. Il est seulement le deuxième locataire de l’Elysée à se rendre dans ce pays depuis le génocide des Tutsis en 1994. Avant Macron, Nicolas Sarkozy était le seul président de la France à s’être rendu à Kigali depuis le génocide de 1994. A cette occasion, il avait reconnu de « graves erreurs » et « une forme d’aveuglement » des autorités françaises. Ces propos, qui constituent une rupture avec la posture de la France vis-à-vis du génocide rwandais à l’époque de Mitterrand et de Jacques Chirac, n’étaient pourtant pas parvenus à normaliser les relations avec le Rwanda. François Hollande, le successeur de Sarkozy, n’a pas daigné approfondir le sillon tracé par ce dernier. Car, le socialiste qu’il était, ne pouvait se livrer à cet exercice sans prendre le risque d’écorcher l’image de François Mitterrand qui, à l’époque des faits, était le président de la France. Après François Hollande, un certain Emmanuel Macron fut porté à la tête de la France. Dès le début du quinquennat, il engagea une série d’initiatives pour normaliser les relations entre les deux capitales. La dernière d’entre elles fut la publication, en mars dernier, du rapport Duclert, consacré au rôle de l’Hexagone dans la survenue du génocide rwandais. Ce rapport conclut aux « responsabilités lourdes et accablantes de la France » et à l’ « aveuglement » du président socialiste de l’époque, François Mitterrand. A propos de ce rapport, Paul Kagame avait dit ceci : « Aujourd’hui, nous avons fait 85% à 90% du travail pour normaliser les choses, et je ne pense pas qu’il faille perdre du temps sur les 10% ou 15% restants ». Ces propos ont, de toute évidence, encouragé Emmanuel Macron, à fouler pour la première fois le sol rwandais.



Macron a marqué un grand coup via son discours

Car, l’homme mince de Kigali, avant l’avènement de celui qui n’avait que 17 ans à l’époque des faits, avait toujours eu la dent dure contre la France pour le rôle trouble qu’ont joué ses dirigeants avant, pendant et après le génocide. Macron donc, aux yeux de Paul Kagame, se distingue de ses prédécesseurs dans la perception du génocide. Et bien des observateurs de la diplomatie de la France sous Macron, ont fait le même constat. De ce point de vue, l’on pouvait logiquement s’attendre à ce que, le 27 mai, au mémorial de Gisozi, il aille au-delà des conclusions du rapport Duclert, en présentant purement et simplement les excuses de son pays, au Rwanda. Jupiter n’a pas osé franchir ce dernier pas. Il n’a pas non plus reconnu la complicité de son pays. Il s’est contenté de reconnaître la responsabilité de la France, notamment la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais « en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité ». Certes, le mot « excuse » n’a pas été prononcé mais c’est tout comme. D’où la satisfaction de Paul Kagamé. Et il l’a exprimée en ces termes : le discours de Macron a « plus de valeur que des excuses ». Au passage, il a évoqué le « courage immense » de son homologue français. De Gaulle avait marqué l’histoire de la France par son appel du 18 juin 1940, François Mitterrand par le discours de La Baule du 20 juin 1990. L’on peut désormais se permettre de dire que Emmanuel Macron, par son discours du 27 mai 2021, au mémorial de Gisozi, est entré dans l’histoire de la France. Mais de là à dire que par là, il a vidé tout le contentieux entre la France et le Rwanda, il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Car, il existe encore de présumés génocidaires qui se la coulent douce sur le territoire français. Il est vrai que Macron a promis de poursuivre « l’œuvre de justice ». Mais l’on attend de voir la suite pour mesurer son degré de sincérité. Mais d’ores et déjà, l’on peut dire que Emmanuel Macron a marqué un grand coup via son discours. D’abord, il a reçu le satisfecit de l’homme mince de Kigali ; ce qui n’était pas gagné d’avance. Deuxièmement, il a réussi le tour de force de ne pas irriter une partie de l’opinion française en évitant habilement d’employer le mot « excuse ». Ne dit-on pas, en effet, que « qui s’excuse s’accuse » ? Enfin, l’histoire retiendra qu’il est le président de la France qui a réussi l’exploit de positionner sérieusement son pays sur voie de la normalisation avec le Rwanda. Et la cerise sur le gâteau serait de parvenir dans les meilleurs délais, à amener Kagame à civiliser son régime dans le domaine des droits humains.

Pousdem PICKOU


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