En attendant l’arrivée espérée d’une âme généreuse, elles vivent dans la mendicité
Nous prenons place sur un banc à côté de Maiga Zamarman. Il tient une table sur laquelle il vend des accessoires de téléphones mobiles, à quelques pas de la devanture du magasin portant l’inscription suivante : ‘’Vente de matelas mousse chez Jacques’’. Jugeant notre présence dérangeante, l’une des femmes du groupe est venue crânement aux nouvelles. Elle est suivie de quelque unes et une ribambelle de gamins. Nonobstant les arguments avancés par notre hôte pour expliquer les raisons de notre présence, la plaignante a du mal à gober ce qu’elle entend de la bouche de celui-ci. Suite à d’âpres discussions entre le commerçant et la dame, l’ambiance électrique finie par faire place à un climat détendu et apaisé. Sauf que nous devons attendre une personne qui comprend bien leur langue pour la traduction.
C’est dans l’attente de celui-ci qu’arrive l’heure de la deuxième prière à la Mosquée Dioula, après la rupture du jeun. Une longue prière, éprouvante pour nombre de fidèles, généralement déjà épuisés par le jeûne de la journée. A l’appel du muezzin, les musulmanes de ce groupe de femmes s’apprêtent. Assises, qui sur des nattes, qui sur des morceaux de toiles plastiques noirs, la tête couverte de petits voiles noirs ou de morceaux de pagnes, elles se mettent à prier par la suite. Pendant ce temps, celles qui ne confessent pas Allah, ou se trouvent en état d’impureté du fait de leurs menstrues, s’affairent à dresser les couchettes. En procédant de la même façon que Konaté Bintou, sa sœur et leurs deux amies. Vêtue d’un pagne noué au niveau de la poitrine, une dame, teint bronzé, récupère une bouilloire et part rincer son fils au bord de la route à proximité de la table de Maïga. 
On s’achemine progressivement vers l’heure où les enfants doivent aller dormir. Sous le coup de la fatigue, certains ont commencé à somnoler. Les parents ont du coup compris la nécessité de prendre les mesures idoines avant de les laisser rejoindre les bras de Morphée. Une des femmes envoie promptement un de ses rejetons acheter une couche pour son petit frère. Presqu’au même moment, deux femmes réveillent leurs mômes et les accompagnent pour aller uriner. Une précaution nécessaire, pour éviter qu’ils ne fassent pipi au lit. En réalité, c’est sur des nattes que les enfants les mieux logés sont installés. Les moins chanceux se contentent de morceaux de pagnes, ou encore des toiles en plastique. Sur le coup de 21 heures 15 minutes, l’interprète se présente. Répondant au nom de Ousmane Baba, c’est un homme svelte, de teint bronzé aux cheveux très courts. Il arbore un style décontracté. Un tricot bleu nuit, un blue- jean et une paire de basket, dont les jeunes raffolent. Il est technicien auto. Après avoir salué les femmes dans une langue qu’elles comprennent bien, il s’en suit quelques échanges aux cours desquels, quelques regards sont jetés en notre direction. Le technicien auto parvient en l’espace de quelques minutes à convaincre ses interlocutrices de nous recevoir. Il fait signe de la main droite pour demander d’approcher. Sur place, nous nous rendons compte que ce groupe n’est pas composé de femmes uniquement. Nous y trouvons quelques hommes. Même si les femmes sont plus nombreuses. 
Malgré la présence des hommes, c’est la dame qui s’est plaint de notre présence, et qui répond au nom de Bacila qui apparait comme le leader naturel du groupe. En ce qu’elle est beaucoup écoutée et que les réponses aux différentes questions viennent d’elle. Les autres ne font qu’ajouter leur grain de sel. Assise sur une natte multicolore, entourée de quelques femmes et d’une poignée d’enfants qui n’ont pas encore sommeil, Bacila, indique de prime abord que les femmes qui vivent à la devanture de ce magasin, sont toutes originaires du Nigéria. La plupart des membres du groupe se sont installés là depuis plus de 10 ans. Voyant des enfants endormis se gratter le corps, une des femmes pense aux moustiques. Elle prend aussitôt un pagne, les couvre avec pour ainsi les protéger. Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur les enfants dont sa compatriote s’est occupée, Bacila reprend la parole. Elle explique que c’est grâce à la magnanimité d’Ong et d’âmes généreuses, qui leur offrent de temps en temps des sacs de riz, des sachets de haricots, des pâtes alimentaires, des bouteilles d’huile, des plaquettes d’œufs, et autres, qu’ils parviennent à se nourrir. Mais ces seuls produits ne suffisent à pas satisfaire leurs besoins sur une longue période. Là où leurs voisines ont fait le choix de parcourir les quartiers de certaines communes d’Abidjan pour proposer de laver le linge sale contre de l’argent, ces dernières ont opté pour la mendicité. Et en vue de pratiquer cette activité, les membres du groupe se réveillent de bonne heure, font le ménage. Elles rendent propre la devanture du magasin. Pour éviter des plaintes des gérants. Entre 6 heures et 6 heures 30 minutes au plus tard, le cadre est remis en l’état. Ensuite, tous désertent les lieux, comme si de rien n’était. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les gérants des magasins. D’ailleurs avant de nous installer, nous leur avons demandé la permission. Ils nous l’ont accordée », affirme Bacila. L’argent gagné en mendiant au quotidien, ne représente pas grand-chose. Les tenues qu’elles portent, sont aussi des signes manifestes de la pauvreté dans laquelle femmes et hommes vivent en ces lieux.. Les habits de certains d’entre eux ne sont pas loin de ressembler à des haillons.
Pour éviter de vivre en permanence aux dépends de bonnes volontés et d’âmes généreuses, Bacila et ses compatriotes rêvent de recevoir un jour de l’argent. Afin de se lancer dans de petits commerces. Mais en attendant, ils doivent prier afin que ces âmes généreuses qui leur viennent déjà en aide, soient un peu plus nombreuses. C’est sur ce détail que nous prenons congé de Bacila et ses compagnons. Elle demande d’user de notre influence pour que les ONG qui interviennent dans l’humanitaire et le social puissent voler à leur secours.
Junior Jeremy






Publié le :
7 juillet 2021Par:
JULES SEA