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Politique

Indépendances africaines : Comment vaincre le signe indien ?

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« Vous voulez l’indépendance ? Prenez-la !» avait lancé, exaspéré, le Général Charles De gaulle, le 26 août 1958, à Dakar, à des manifestants pro-indépendantistes, lors de la tournée qui l’avait mené dans les grandes capitales des colonies françaises à la veille du référendum d’auto-détermination. Mais le chef de l’Etat français de l’époque, n’avait pas tardé à dévoiler la menace qui se cachait derrière cette boutade en disant ceci : « On ne peut pas concevoir un territoire indépendant et une France qui continue de l’aider ». La malédiction originelle, comme celle consécutive au péché originel d’Adam et Eve après avoir mangé le fruit interdit dans le jardin d’Eden, était donc là : prenez votre indépendance avec toutes ses conséquences. 63 ans après la fatwa « degaullienne », au moment où les pays africains fêtent en cascade leur 61ème anniversaire de l’accession à l’indépendance, 1er août pour le Bénin, 3 août pour le Niger, 5 août pour le Burkina-Faso, 7 août pour la Côte d’Ivoire, 11 août pour le Tchad, 13 août pour la République centrafricaine, 15 août pour le Congo-Brazza et 17 août pour le Gabon, le constat crève les yeux : le continent a très mal à son développement à tel point qu’une anecdote réelle ou supposée, a poussé un Africain désabusé à se poser cette question : « à quand enfin la fin des indépendances africaines ? ». Ils sont nombreux donc les Africains, comme Fama Doumbouya, dans Les Soleils des indépendances d’Amadou Kourouma, à déchanter des indépendances que l’on avait pourtant présentées comme une ère nouvelle qui tournerait non seulement la page des servitudes coloniales, mais aussi qui ramènerait la félicité de l’époque pré-coloniale.


Ce qui urge aujourd’hui, c’est surtout de réinventer l’avenir pour donner de nouvelles raisons d’espérer aux générations à venir

La nouveauté de notre époque dans le désespoir de l’Afrique déçue des indépendances, est que les Etats dits indépendants, face au péril terroriste, sont incapables d’assurer les conditions de leur existence et sont contraints de recourir à l’armée de l’ancienne puissance coloniale pour garantir la stabilité des frontières et assurer la sécurité des populations. Et remake de l’histoire et ironie du sort, cette intervention française en Afrique, attise de nouveaux discours souverainistes et anti-impérialistes dans un contexte où 61 ans d’indépendance ont été gaspillés sur l’autel de la gabegie, du tribalisme, du népotisme, de l’affairisme, pour ne citer que ces maux. La question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi le continent noir n’arrive-t-il pas à vaincre le signe indien ou plutôt africain ? Pour les uns, la réponse à cette question se trouve dans les rapports incestueux qu’a continué d’entretenir la métropole française avec ses anciennes colonies qu’elle tient en laisse par des accords néocoloniaux qui n’accordent qu’une indépendance de façade aux pays africains. Les cas les plus décriés de ces accords sont ceux relatifs au franc CFA et à la présence militaire française dans certains Etats d’Afrique. A cela, il faut ajouter les effets dévastateurs des siècles de la traite négrière qui a fait suer le sang de l’Afrique par tous ses pores. Mais pour les autres, la réponse se trouve dans l’irresponsabilité des élites dirigeantes africaines qui se sont plus illustrées par leurs frasques que par leur engagement à donner un contenu réel à l’indépendance de leurs Etats. Les cas les plus emblématiques sont les dictatures de Jean Bedel Bokassa, Idi Amin Dada et autre Mobutu Sese Seko, pour ne citer que ceux-là. Ces pouvoirs tyranniques ont souvent été à l’origine de coups d’Etat qui ont entrainé l’instabilité politique dans les Etats africains avec pour corollaire l’interruption des programmes de développement et le piège sans fin du perpétuel recommencement. Cela dit, la recherche des causes du mal actuel de l’Afrique est certes importante. Car, comme disait le Professeur Joseph KI-Zerbo, « quand on s’est égaré, le moyen le plus sûr de retrouver sa voie est de repartir à son point de départ ». Mais ce qui urge aujourd’hui, c’est surtout de réinventer l’avenir pour donner de nouvelles raisons d’espérer aux générations actuelles et à venir, en gardant un œil dans le rétroviseur pour éviter les erreurs du passé. Et cela passe d’abord par la nécessité d’assumer pleinement notre indépendance, pas en sécrétant des discours souverainistes teintés de haine comme on en remplit les réseaux sociaux, mais en créant les véritables conditions pour nous passer de l’assistance des autres.

SAHO


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