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L’Enquete du jeudi. Corruption et racket deux pratiques à la vie dure dans les services publics ivoiriens (2/2)

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Le racket, la corruption continuent de handicaper le bon fonctionnement des services publics ivoiriens. Et ce, en dépit de tout ce qui a pu être fait et dit jusqu’ici contre. Ces vilaines pratiques sont devenues de véritables principes de fonctionnement dans les admirations et autres services publics.. Ainsi que l’attestent les informations recueillies ici et là. L’établissement de certaines pièces administratives telles que les extraits de naissances ou jugements supplétifs, les certificats de nationalité, ou les casiers judiciaires, tout comme le paiement des factures administratives, pour ne citer que ceux-là, sont très souvent conditionnés par le versement de back chiches. La mort dans l’âme, certains demandeurs, qui ont des contraintes de temps, n’ont d’autres choix que de tomber dans le jeu éhonté des agents qui s’y adonnent.

Une vraie gangrène

Une scène vécue l’après-midi du lundi 16 août 2021 au palais de justice dans la commune du Plateau, en a donné la preuve manifeste. Feignant d’être venu faire établir un certificat de nationalité et un casier judiciaire pour un frère, qui est en route pour le Plateau, nous approchons un dénommé Gabriel, qui exerce comme clerc dans un cabinet d’avocats de la place. Nous lui demandons de nous aider à obtenir nos pièces dans les meilleurs délais. Sur notre insistance, et après un moment d’hésitation, il finit par accepter de nous aider. « J’ai un de mes cousins qui travaille ici. Il peut intervenir pour que vous ayez vos dossiers dans les meilleurs délais. Mais il faudra donner 5 000 Fcfa pour chaque pièce. Si vous êtes d’accord, je l’appelle… », dit Gabriel. Le recours aux services de son proche est selon lui plus rapide, en dépit du fait qu’il soit coûteux, à savoir 5 000 Fcfa par pièce contre 3 500 Fcfa dans les normes. Après notre avis favorable, il appelle séance tenante sa connaissance. Ils communiquent en langue locale pendant quelques secondes. Suite à leurs échanges, il fait savoir que son interlocuteur a accepté de s’occuper de nos pièces. Nous échangeons les contacts. Histoire de le joindre, dès que notre supposé frère dont il est question d’établir le document administratif, sera sur place. Le clerc nous prodigue des conseils en ces termes : « faites attention aux inconnus ici au palais et aux personnes qui rôdent aux alentours. Ce sont des arnaqueurs. Les dossiers qu’ils font ne sont fiables ». A l’analyse, il prêche pour la chapelle de son parent.

Quelques minutes plus tard, toujours au même endroit, nous nous rendons au service d’établissement des certificats de nationalités et casiers judicaires. Nous trouvons assis à proximité des bureaux, un dénommé Ba Blofouet. Partis pour prendre des renseignements, l’homme élégamment vêtu, propose ses services aux personnes qui souhaitent avoir leurs pièces dans les plus brefs délais. Ce service, comme il fallait s’y attendre, n’est pas gratuit. Il nécessite 6 000 Fcfa par pièce, contre 3 500 Fcfa pour le tarif officiel. « A cause des vacances judiciaires, vous pourrez avoir vos pièces entre trois à cinq jours. Il y a un monsieur qui est venu me remettre son reçu afin que je l’aide à retirer son dossier. On ne fait que le soumettre des allées et venues. On dit toujours que quand les gens viennent faire leurs pièces, qu’ils nous sollicitent. Ils auront leurs pièces dans les meilleurs délais. Sinon s’ils suivent la voie légale, ils vont les fatiguer. On leur fera faire des va et vient inutiles », affirme cet homme, pour nous convaincre de recourir à ses services. Ba Blofouet avait l’air sûr de lui. Du moins il parlait avec assurance. Preuve que son travail ne souffre d’aucun doute. Mais pour qu’il agisse en toute sérénité au sein du palais de justice, il doit certainement bénéficier des faveurs et des grâces de hauts placés de cette administration de l’appareil judiciaire.

Lire aussi : L'Enquête du Jeudi. Les transporteurs dénoncent le racket persistant des policiers et gendarmes(1/2)


Pourtant, il n’en est pas toujours ainsi. Il arrive que des agents véreux rançonnent les personnes venues pour des services sans que leur hiérarchie ne soit informée. Cette remarque a été faite par Coulibaly Mamadou, cadreur dans une entreprise de la place. Parti signaler la perte de son téléphone Android le lundi 16 août au commissariat de police du 17eme arrondissement de Yopougon, il est reçu par le lieutenant Gaummun. Ce dernier lui demande d’aller se faire enregistrer auprès de la secrétaire, répondant au nom de Kanon Geneviève, en prenant soin de lui faire savoir que le service n’est pas payant. Ce qu’attestent du reste des affiches qu’on peut voir sur les murs à plusieurs endroits du commissariat. Contre toute attente, dame Kanon Geneviève lui dira avant d’enregistrer sa plainte : « même si vous venez de la part du lieutenant Gaummun, vous allez remettre 1 000 Fcfa ». Au moment de lui remettre le passe droit qu’elle exigeait, avant d’enregistrer sa plainte, la secrétaire s’empresse de lui dire d’attendre, que l’un de ses supérieurs hiérarchiques passe avant de le faire. Et cela, pour ne pas que ce dernier la surprenne en train de prendre de l’argent, avec un plaignant.

Les ‘’coups fourrés’’ des agents indélicats, à part quelques rares administrations, se font de plus en plus loin du service sollicité. Quand une personne éprouve le besoin d’avoir ses pièces dans l’urgence, et qu’il approche un agent, celui-ci le conduit loin des regards pour lui fixer les conditions. Dame Yapo Pascale, ménagère vivant au quartier Agbekoi, confirme avoir vu des agents du service de l’état civil de la mairie d’Abobo agir de la sorte, chaque fois qu’elle va faire établir l’extrait d’un de ses neveux. D’ailleurs, l’une de ses voisines de quartier lui a appris que si elle veut l’extrait le même jour, elle approche un des agents de côté, lui explique son cas et propose de lui remettre 500 Fcfa, si c’est fait. Et moyennant le billet de banque, le travail est fait comme il est demandé.

Certains de ces agents plutôt que de jouer ‘’carte sur table’’, ont recours à des voies détournées. Ils font faire des va et vient aux demandeurs. De sorte que le demandeur finisse par comprendre le jeu. Ibrahim Sylla, couturier, qui était parti établir un extrait pour un de ses proches à la mairie d’Adjamé dit avoir été confronté à cette situation. Il était venu pour la même raison en 2020. Comme il était pressé, il avait remis un billet de 2 000 Fcfa et a reçu la pièce l’après-midi. Il s’ est rendu une fois de plus le lundi 11 août dans le même service pour la même raison. On lui a donné rendez-vous pour le vendredi 13 août. « Je ne suis pas venu le vendredi croyant que l’extrait était déjà prêt, mais ce lundi jusqu’à l’heure ainsi (14 heures 15 minutes), je ne l’ai pas encore reçu », se plaint le couturier. Il se demande si ce n’est pas une façon subtile de demander un pot-de-vin. « Cette fois, je ne suis pas disposé à donner de l’argent », martèle-t-il. .

Jérémy Junior


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