Les Gnan, des Akyé habitant cinq villages d’Anyama, pratiquent des méthodes d’assistance originales et exemplaires pour faire face aux dépenses de funérailles, lourdes à supporter et parfois ruineuses pour les familles des défunts. Dans leurs fiefs d’Anyama-Zossonkoi, Anyama-Ahouabo, Anyama-Adjamé, Ebimpé et Akéikoi-Village, nous avons recueilli des témoignages auprès de certains chefs de village, de notables, ainsi que des ressortissants.
Adah Fabrice, un jeune élève ressortissant de Anyama-Ahouabo, décédé trois semaines plus tôt, a été inhumé le mardi 20 juillet 2021. Avec des dépenses qui se sont élevées à 1 024 000 Fcfa, la famille selon Abenan Ahou Etienne, le prédicateur-chef de l’église harriste, l’un des oncles du défunt, n’a eu qu’une dette de 38 000 Fcfa. Et ce, grâce aux différentes contributions financières qui leur ont été apportées. A savoir les 10 000 Fcfa de chacun de ceux qui ont été désignés pour les funérailles, les cotisations sous la bâche et les 100 000 Fcfa des carnets. « Nous ne pouvons que rendre gloire à Dieu. Grâce aux différentes cotisations, la majeure partie de nos dettes ont été épongées. Nous le devons à Dieu. Nous lui disons merci pour cela », déclare le serviteur de Dieu.
Les membres du comité de gestion des funérailles du même village, ont affirmé avec fierté que contrairement au cas précèdent, l’argent recueilli par les cotisations pour les obsèques de dame Yeffi Aboua, ménagère, rappelée a Dieu le lundi 12 juillet 2021 et inhumée le jeudi 29 juillet, a non seulement permis de couvrir les charges financières. Mieux, il en a résulté un excédent de de 8 500 Fcfa. Abetso Andjibi Théophile président du comité de gestion des funérailles explique : « très souvent, quand les villageois cotisent comme il faut, les familles éplorées n’ont pas de dettes comme c’est le cas avec cette dame ». Même si les cotisations qui ont été levées pour l’enterrement de Aké Aké César, l’un des neveux de Kaman Kouassi, 1er adjoint au chef de Akeikoi-village chargé de la vie coutumière et de la commission foncière, n’ont pas couvert à 100% les dépenses. Elles ont tout de même permis de les couvrir à approximativement 50%. 600 000 Fcfa des 1 400 000 Fcfa ayant servi à toutes les charges financières provenaient des différentes cotisations.
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Approché, Assokoi Adohi Constant, responsable du comité des funérailles d’Anyama-Adjamé, après avoir consulté son cahier, nous rapporte deux cas. Celui d’Adou Adjé Francis, mort le 1er aout 2021, et porté en terre le 18 août 2021. Pour 920 000 Fcfa de cotisations, la famille a dépensé 824 500 Fcfa pour couvrir toutes les charges (frais de conservation, tombe, nourriture, location de bâches et chaises, et autres). Elle s’en est sortie avec la somme restante de 95 500 Fcfa, qui est remise au responsable des funérailles. Les parents de Tsankoue N’chou Florence, une ressortissante du même village, ménagère décédée le 8 juillet 2021, inhumée le mercredi 4 août ne s’en sont pas sortis à bon compte comme ceux de Adou Adjé Francis. Les cotisations ont permis d’avoir 979 600 Fcfa, contre 1 048 000 Fcfa montant auquel se sont élevées les funérailles. Au final, ils ont une dette de 68 900 Fcfa.
En dépit des dettes auxquelles certaines familles éplorées ont été confrontées, il n’en demeure pas moins que le mécanisme mis en place par les Gnans est somme toute intéressant. Il soulage et arrange fait remarquer Léon Paul Aké, membre de la grande famille Keu d’Anyama Adjamé. Toujours à l’en croire, il reste bénéfique. D’autant plus qu’en cas de décès, il allège les dépenses de la famille éplorée. Même si des familles se retrouvent avec des dettes, estime cet interlocuteur, celles-ci n’excèdent pas bien souvent 100 000 Fcfa. En somme pour lui, ce sont des dettes supportables. Bien que les procédés mis en place pour l’organisation des funérailles soient appréciés par plusieurs ressortissants des villages, des propositions ont été faites pour les améliorer.
Perfectionner les procédés existants
Convaincu du fait que toute œuvre humaine reste perfectible, Assokoi Adohi Constant, responsable du comité des funérailles d’Anyama-Adjamé, révèle que la chefferie a pris de nouvelles décisions. Elle a décidé de dégager pour chaque famille endeuillée, la somme de 1. 000 000 Fcfa. Quitte à ce que, la famille rembourse par la suite avec les différentes cotisations qui seront levées.
Cette décision, explique Assokoi Adohi Constant, va prendre effet incessamment. Il ajoute que, la chefferie a signé un partenariat avec les services de la morgue d’Anyama. Lesquels accordent par ce fait, des remises aux ressortissants du village. « La chefferie ne remet pas l’argent directement à la famille. Elle lui envoie une facture pro-forma, sur laquelle la chefferie appose un cachet. Par la suite, elle se rend à la morgue pour régler la facture ».Mais cela, à condition que la conservation des corps n’excède pas trois semaines.
Du côté d’Akeikoi-village, on a aussi pensé à des innovations. L’une d’elles consistera, selon des révélations du 1er adjoint au chef, à imposer un montant fixe pour la cotisation sous la bâche. De même, ce responsable affirme avoir proposé au chef de revoir à la hausse les 600 000 Fcfa du coût des funérailles pour le situer entre 800 000 Fcfa et 1 000 000 Fcfa. Au motif que la vie devient de plus en plus chère. Aussi, Kaman Kouassi compte –t-il relancer un projet de la chefferie, qui ambitionne de prêter 200 000 Fcfa pour l’organisation des funérailles à chaque famille frappée par un deuil. Et lorsque celle-ci rentrera en possession de l’ensemble des cotisations effectuées, elle remboursera la somme de 150 000 Fcfa au comité d’organisation des funérailles et gardera les 50. 000 Fcfa restant.
Le village de Zossonkoi est également favorable à l’augmentation des 100 000 Fcfa des cotisations de carnets remises à la famille éplorée. « Nous voulons fixer ce montant à 150 000 Fcfa. Mais, nous voulons au préalable étudier tous les contours de la question. Nous ne voulons pas aller vite en besogne », affirme Goh Guy-Ruffin, secrétaire général de la chefferie dudit village.
Jérémy Junior





