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Ko… nous aspirons à l’émergence !

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Soyons honnêtes. Nous aspirons à l’émergence mais reconnaissons que nous avons encore des vrais comportements de sous-développés. Ainsi, il m’a été donné d’écouter un reportage de Radio Côte d’Ivoire sur notre frontière nord, au niveau de Ouangolodougou. Il en ressort que malgré la fermeture proclamée des frontières en raison de la pandémie de Covid-19, les populations circulent allègrement entre notre pays et le Burkina Faso, mais à un prix exorbitant, au grand profit des forces de l’ordre et des chasseurs Dozo. Il s’est créé une nouvelle profession, celle de passeur, dont la tâche est de faire passer les passagers d’un pays à l’autre en contournant simplement les routes normales, en empruntant des petits sentiers de brousse. Et les passagers paient de très fortes sommes parce que les forces de l’ordre chargées de veiller à l’application de la mesure de fermeture de la frontière ont installé des barrages sur ces nouvelles routes et il suffit de les payer pour qu’elles ferment les yeux. Le journaliste qui a réalisé ce reportage a expliqué qu’il suffit de remettre l’argent au passeur qui se charge de « gérer » les agents des forces de l’ordre qui ne se donnent même pas la peine de contrôler les personnes se trouvant dans les véhicules. En d’autres endroits, ce sont les chasseurs traditionnels Dozo qui participent aussi au dépouillement des pauvres populations. Interrogé, le préfet du coin a parlé de « brebis galeuses » à propos des agents des forces de l’ordre qui se livrent à ce racket. Ne riez pas trop fort. Le préfet risquerait d’entendre et de se vexer.

A la vérité, nous le savons tous. Nos frontières déclarées officiellement fermées sont restées ouvertes et cela a nourri de nouveaux trafics. Nous le savons si bien que personne ne s’est demandé comment la jeune Guinéenne que l’on accusait d’être porteuse du virus Ebola a fait pour se retrouver à Abidjan depuis Labbé en Guinée en traversant toute la Côte d’Ivoire, si la frontière était effectivement fermée. Alors, puisque nous savons que cette mesure de fermeture des frontières ne sert à rien, sauf à faire souffrir les populations et enrichir des agents des forces de l’ordre véreux, pourquoi la maintenons-nous ? Nous savons aussi que les agents véreux ne sont pas juste quelques brebis galeuses, parce que le racket des « corps habillés » est une vieille pratique généralisée dans tout le pays contre laquelle personne n’a jamais cherché à lutter sérieusement, sans doute parce que cet argent racketté aux pauvres populations profite à beaucoup de personnes placées au-dessus des racketteurs. Chaque fois que l’Etat prend une mesure d’interdiction, les policiers se frottent les mains parce qu’une nouvelle occasion de gagner de l’argent sur le dos des populations vient de leur être donnée. Alors, si nous nous soucions de nos populations dont la survie dépend parfois des commerces qu’elles exercent de part et d’autre des frontières, levons cette mesure d’interdiction qui n’est pas appliquée et que nous ne sommes pas capables de faire appliquer par les forces de l’ordre.

Changeons de sujet pour parler d’une autre de nos nègreries. Qui a déjà circulé sur une autoroute en Europe, dans un pays du Maghreb ou en Afrique du sud ? Nous sommes nombreux à l’avoir déjà fait. Dans ces pays, il y a sur les autoroutes ce que l’on appelle des aires de repos qui donnent l’occasion aux voyageurs de marquer un temps de repos, pour permettre aux conducteurs et passagers de souffler un peu, d’aller aux toilettes, de se restaurer, d’acheter du carburant ou des produits de la région, aux enfants de jouer un peu sur des espaces de jeux, etc. Avez-vous vu notre autoroute à nous, pays émergent ? Généralement, après le deuxième péage, dans un sens comme dans l’autre, l’on voit des voitures arrêtées le long de la voie, et des personnes, femmes comme hommes, en train de se soulager en pleine nature. Et, surtout dans le sens Abidjan Yamoussoukro, des marchés informels se sont créés au bord de la route et des femmes viennent y vendre des bananes, de l’igname, des fruits, du gibier, etc. Parce que personne n’a songé à construire des aires de repos dignes d’un pays en voie d’émergence sur cette autoroute. Qu’est-ce que cela nous aurait coûté ? Rien ! Au contraire cela aurait pu rapporter de l’argent. Il suffit de confier cela à un privé qui aurait payé une redevance à la structure chargée de gérer l’autoroute. C’est peut-être pittoresque de voir des femmes et des hommes se soulager en pleine nature, de voir des jeunes filles et des femmes courir derrière les véhicules aux péages pour vendre des bananes ou des mangues aux passagers mais, entre nous, pour un pays qui se veut moderne, on peut faire les choses autrement. On peut créer des aires de repos très pittoresques, très originaux, très artistiques, mais modernes quand même. Honnêtement, soyons francs, nous avons une autoroute pour sous-développés.

Terminons avec cette histoire d’Ebola. Nous avons accusé une jeune Guinéenne d’être venue chez nous avec Ebola. Nous avons ameuté la terre entière, vacciné des centaines de gens, fait peur à des millions d’autres. Les Guinéens nous ont dit qu’ils ne croyaient pas en cette histoire. Nous nous sommes vexés : « quoi ? Vous osez douter de nous, nous Ivoiriens ? Vous comme ça là ? » En fin de compte, les Guinéens avaient bien raison. Nous ne savons pas distinguer Ebola de palu. Nous aussi, vraiment…Bon, laissons ça comme ça.

Venance Konan


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