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Politique

Requisitions dans l’affaire Thomas Sankara :L’heure de vérité approche

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Au terme d’un long réquisitoire, le parquet militaire a requis de lourdes peines contre la plupart des quatorze accusés dans l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze camarades. Les deux principaux accusés dans cette affaire de déchainement de violence inouïe au Conseil de l’entente le 15 octobre 1987 que sont Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando risquent d’avoir leur vie fracassée à l’issue de ce procès, puisque le parquet a été impitoyable à leur encontre en demandant au tribunal de les condamner chacun à 30 ans de prison. Des réquisitions à la hauteur de l’extrême gravité des faits qui sont reprochés à ces deux accusés pour le rôle pivot qui a été le leur dans la commission du crime, et sans doute pour leur refus de comparaître devant le Tribunal militaire. L’ancien chef de l’Etat et son ancien chef de sécurité rapprochée ont été en effet jugés par contumace, l’un s’étant emmuré dans sa résidence cossue de Cocody-Danga à Abidjan depuis qu’il a été chassé du pouvoir en 2014, l’autre introuvable depuis qu’il s’est évanoui dans la nature en juin de l’année suivante.

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando ont raté le coche, et ne bénéficieront certainement d’aucune circonstance atténuante

Leur présence dans le box des accusés aurait pourtant pu permettre de démêler l’écheveau, et d’éclairer la lanterne du tribunal et du monde entier sur les circonstances du massacre perpétré le 15 octobre 1987, sur le perron de la villa Haute-Volta, sise au Conseil de l’entente, cette enclave militaire de triste renommée au cœur de Ouagadougou, aujourd’hui à l’abandon. Malheureusement, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando ont raté le coche, et ne bénéficieront certainement d’aucune circonstance atténuante à l’énoncé du verdict. Quant à leurs douze coaccusés, le ministère public a réclamé un éventail de peines pour sept d’entre eux, et l’acquittement pour les cinq autres. Ainsi, il a été requis au tribunal d’avoir la main ferme à l’encontre de certains accusés qui ont parfois nié l’évidence, et multiplié des déclarations contradictoires devant la Cour pour dégager leur responsabilité de tout le processus mortifère qui a conduit à la tragédie du 15 octobre 1987. Le Général Gilbert Diendéré, en tant que responsable de la sécurité du Conseil au moment des faits, Bossobè Traoré en sa qualité de membre de la garde rapprochée de Sankara qui aurait trahi son camp, et deux membres de la sécurité de Blaise Compaoré que sont Nabonswendé Ouédraogo et Idrissa Sawadogo possèdent tous, estime l’accusation, les clefs pour comprendre ce qui s’est réellement passé en ce jour fatidique. Malheureusement, ils ont préféré se défausser sur leurs anciens camarades aujourd’hui disparus ou en fuite, espérant ainsi s’en tirer à bons comptes. Cette stratégie de défense risque de leur coûter cher, et le parquet a déjà annoncé la couleur en demandant au tribunal de les condamner à 20 ans de réclusion chacun. Un autre membre présumé du commando qui a commis la sale besogne a, lui, eu plus de chances pour ainsi dire, puisqu’il a été demandé au tribunal de lui infliger une peine de 11 ans de prison ferme.

On devra encore s’armer d’un peu de patience pour voir comment la Cour va trancher cette horrible affaire

Il s’agit de Elysée Yamba Sawadogo qui a été le seul devant la barre et au cours de l’instruction, à reconnaitre sa présence sur les lieux du crime et à décrire le rôle qu’il a joué en tant que membre du commando. Et comme une faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on, on peut comprendre la relative mansuétude du parquet à son égard, en attendant que le juge apprécie tout cela, selon son intime conviction. Une seule condamnation avec sursis a été réclamée au tribunal, à l’encontre du colonel Jean-Pierre Palm qui écope d’une peine dissuasive de 11 ans de prison, qu’il n’effectuera en cas de condamnation définitive, que s’il récidive avant la fin du délai fixé. Il pourrait pousser un petit soupir de soulagement suite à cette réquisition plutôt clémente au regard des charges et des témoignages accablants contre lui au cours du procès, en attendant que la Cour décide de son sort dans les prochains jours. Ce ne sera certainement pas le cas chez Ninda Tondé Pascal, ancien chauffeur et homme-lige du Général Diendéré, qui a dû bondir de sa chaise quand il a entendu le procureur militaire demander à la Cour de le condamner à 3 ans de prison ferme et à payer une amende de 900 000 F CFA pour subornation du témoin Abdramane Zétiyenga. Certains de ses voisins dans le box se sont, par contre frotté les mains pour le moment, en tout cas, d’autant qu’il a été demandé au juge Urbain Méda et à ses camarades de la Cour de les acquitter. Tibo Ouédraogo, Diakalia Démé et Albert Bélemlilga sont non coupables des faits qui leur sont reprochés, selon le ministère public, alors que l’action publique contre Alidou Diébré et Hamado Kafando accusés d’avoir délivré de faux certificats de décès aux familles des victimes du drame du 15 Octobre, est tout simplement éteinte.
Rappelons que ces réquisitions ne sont que la position ou l’avis de l’accusation, et qu’en vertu du principe de l’indépendance du juge, celui-ci n’est pas tenu de les suivre. On devra encore s’armer d’un peu de patience pour voir comment la Cour va trancher cette horrible affaire qui tient le Burkina Faso en haleine depuis plus de trois décennies.



« Le Pays »


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