Libérés au bénéfice du doute : B. Y. Armand, K.M. Frédéric et K.M. Justine, trois justiciables âgés respectivement de 30 ans, 40 ans et 48 ans, employés à Sococé ont été remis en liberté, pour insuffisance de preuves. Ils étaient placés en détention préventive, suite au braquage de cet établissement commercial.
Au terme des débats contradictoires, particulièrement animés, le jeudi 10 mars 2022, dans la salle d'audience du Tribunal correctionnel de Grand - Bassam, ils ont été déclarés non coupables des faits qui leur étaient imputés : "complicités dans un vol de nuit, en réunion et à mains armées". Le président du Tribunal, le procureur de la République, les avocats de la défense et même leurs employeurs, ont été unanimes à reconnaître que plusieurs zones d'ombre dans cette affaire, militent en faveur de leur libération.
Que s'est - il passé alors, pour que ces trois employés se retrouvent à la Correctionnelle ? Les faits : dans la nuit du 24 au 25 mai 2021, entre 2 heures et 3 heures du matin, des quidams, puissamment armés, font irruption dans l'enceinte de Sococé, établissement commercial situé non loin de la Gendarmerie de la ville balnéaire de Grand - Bassam. Le vigile de service, ainsi que des personnes qui se sont retrouvées sur leur chemin, furent ligotées, sans autre forme de procès. Les cambrioleurs accèdent rapidement et sans difficulté, au bureau ...déjà ouvert, où se trouve le coffre-fort de l'établissement.
L'affaire est très juteuse pour eux, d'autant plus que le coffre-fort contient les recettes de quatre journées d'affilée, après un long week, qui a commencé dans la soirée du vendredi 21 mai, pour s'achever dans la soirée du lundi 24 mai 2021. Les braqueurs avaient fait croire à leurs interlocuteurs du moment, qu'ils étaient des agents de Codival, société de transport des fonds, qui a signé avec Sococé, un contrat en "bonne et due forme".
Le deuxième vigile, arrivé sur les lieux aux environs de 6 h 30, pour prendre service, constate malheureusement les dégâts et informe immédiatement les responsables de l'établissement commercial. Dans les heures qui ont suivi, une enquête est ouverte, après qu'une "plainte a été déposée contre x" - selon la formule consacrée - pour tenter d'élucider les circonstances troublantes de ce braquage rocambolesque. C'est ainsi que Justine, Armand et Frédéric, sur lesquels pesaient de lourds soupçons de complicité, passeront à l'interrogatoire, avant d'être déférés devant le Parquet. Étaient-ils vraiment mêlés de près ou de loin à cette affaire ? Toujours, est-il que, depuis l'enquête préliminaire, qui a tenté d'y voir un peu plus clair, jusqu'à l'audience du jeudi 10 mars 2022, en passant par le cabinet du juge qui a instruit l'affaire, les mis en cause n'ont cessé de clamer haut et fort, leur innocence. À tel point, que les responsables de l'établissement commercial en question, qui ne se sont pas "constitués partie civile" au procès - comme en pareille circonstance - après un examen de conscience, ont fini par demander au Parquet, de redonner la liberté à leurs employés. Pour autant, la procédure judiciaire déjà engagée, suivra son cours normal, pour aboutir à l'inculpation des concernés. Au terme de ses réquisitions, le procureur de la République qui a interrogé les différentes parties au procès, est arrivé à la conclusion que, dans le fond, « rien n'apparaît comme preuves tangibles ou indéniables, de nature à situer leur culpabilité dans cette affaire ». Ce qui aura facilité la tâche aux avocats de la défense dont Me Adouko Bernard Armand qui, après avoir déclaré qu'il n'a jamais douté un seul instant de l'innocence de Justine, a demandé tout simplement au président du Tribunal, de faire siennes, les réquisitions du Procureur de la République. Avant de déclarer les trois prévenus, "non coupables des faits" qui leur sont reprochés, le président du Tribunal n'a pas hésité à dire qu'il y a certainement quelque part, dans les rangs des parties au procès, des "brebis galeuses", qui sont entrées en connivence, avec les malfaiteurs en question. Si les deux principes juridiques sacro-saints de la "présomption d'innocence" (1 ) et du "bénéfice du doute" (2) n'avaient pas été observés dans cette affaire, Armand, Frédéric et Justine auraient appris à leurs dépens, comme d'autres justiciables, qu'on peut payer, pour des crimes qu'on n'a jamais commis.
Touré Mory-Frey
1. La présomption d'innocence est le principe selon lequel un individu, même suspecté (ou inculpé) d'avoir commis une infraction, est considéré comme innocent, avant d'avoir été jugé par un tribunal.
2. Le bénéfice du doute profite au prévenu ou à l'accusé, au terme d'un procès qui n'a pu conclure à sa culpabilité.





