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Politique

Ça s'est passé un…6 avril au Rwanda

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Si le 7 avril 1994 marque le début des massacres au Rwanda, c’est 6 avril que s'est déroulé ce qui est considéré comme l'événement déclencheur du génocide perpétré contre les Tutsis et Hutus modérés. Le 6 avril donc, à 21h00, l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana est abattu peu avant son atterrissage à Kigali. Sa mort sera suivie par trois mois de tueries qui feront entre 800 000 et 1 million de morts.


Il est 20h30, ce 6 avril 1994, lorsque l'appareil du président Juvénal Habyarimana entame sa phase de descente vers l’aéroport de la capitale rwandaise. Douze personnes sont à bord. Le chef de l’État est accompagné de plusieurs dignitaires de son régime dont des officiers de haut rang, à commencer par le chef d’état-major.

Juvénal Habyarimana rentre de Dar es-Salaam, en Tanzanie, où il a assisté à une réunion consacrée à la mise en place des accords d’Arusha qui prévoient un partage du pouvoir avec la minorité Tutsi. Il s’agit d’une réunion régionale et le président du Burundi y assiste aussi. Cependant, l’avion de Cyprien Ntaryamira est en maintenance et le président rwandais lui propose donc de l’emmener jusqu’à Kigali et de lui prêter ensuite son appareil jusqu’à Bujumbura.

Le pilote français est donc à quelques mètres du sol, ce soir du 6 avril, lorsque soudain deux missiles sol-air sont tirés. L’un d’entre eux frappe le jet. L’appareil s’écrase aussitôt. Des corps et des débris sont retrouvés dans l’enceinte même de la résidence présidentielle. Il n’y a aucun survivant. Les massacres dans Kigali commencent dans les heures qui suivent.

Ambiance avant l’attentat

Jean-Pierre, un Tutsi de Kigali, se rappelle du silence qui s'est brusquement emparé de la ville avant le début des massacres, quelques heures plus tard.

« Le soir du 6 avril, j’étais allé regarder un match parce qu’il y avait la compétition de la CAN. Cela devait être la Côte d’Ivoire-Zambie. Je suis rentré à la maison avec un ami qui avait une moto. Sur la route du retour, c’était complètement désert. Je demande à Ernest : "Mais qu’est-ce qui s’est passé ?" Lui-même ne comprenait pas non plus. C’est lorsqu’on est arrivés à la maison, qu’on a mis la radio et qu’il y avait un communiqué [à la radio Rwanda] qui disait que l’avion de Habyarimana était tombé. Donc, mon ami me dit : "Habyarimana est mort, maintenant c’est bon." Il se disait en effet que, puisque c’était lui qui créait les problèmes et qu’il était mort, c’était bon. Moi, j’ai dit : "Non, ça ne va pas être ça, ça va être vraiment un carnage." Je me suis caché dans une fosse septique qui était derrière la maison d’Ernest et je ne suis jamais ressorti. C’était fini. À partir du 7, je me suis caché jusque vers la fin de juin. J’allais être tué. Même avant le 6 avril, Kigali, à partir du mois de février, devenait trop dangereux. Il y avait des grenades qui sautaient à chaque fois. Quand on quittait la maison, on n’était pas sûr de rentrer », témoigne Jean-Pierre.

Les thèses dans la responsabilité de l’attentat

Qui a tiré sur l'avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 ? 25 ans après l'attentat, la question demeure sans réponse claire et définitive car aucune certitude n'est établie.

Deux hypothèses demeurent. Pour les uns, l’avion a été abattu par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) ; pour les autres, il a été détruit par les extrémistes hutus.


À l’appui de la première thèse, il y a notamment le rapport Hourigan, du nom d’un enquêteur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui, en janvier 1997, a mis en cause le FPR sur la foi de trois témoignages.

À l’appui de la seconde thèse, il y a notamment la commission Mutsinzi qui a été formée par le gouvernement rwandais et qui a conclu, en janvier 2010, à un tir de missile effectué par les Forces armées rwandaises (FAR), à partir du camp militaire de Kanombe.

Quant à la justice française, elle est allée d’une thèse à l’autre. En novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière a lancé des mandats d’arrêt internationaux contre 9 proches du président Kagame. Mais en janvier 2012, son successeur le juge Marc Trévidic, a estimé, comme la commission Mutsinzi, que le missile avait probablement été tiré à partir du camp militaire de Kanombe.

En décembre 2018, la justice française a ordonné un non-lieu.


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