Le 25 mai 2022, la Brigade anti-drogue d’Aboisso, dans son combat sans répit pour le démantèlement des fumoirs de la région du Sud-Comoé, fait une descente musclée, sur le quartier résidentiel de la ville de Bonoua. Quatre délinquants, surpris et sans défense, sont appréhendés dans un fumoir. Agés respectivement de 37, 41, 27 et 31 ans, ils se prénomment Joseph, N’golo, Emmanuel et Yves. Au cours de cette opération, 360 boulettes de cannabis ou chanvre indien, ont été saisies. Après l’enquête préliminaire et la phase de l’instruction judiciaire, les quatre prévenus ont comparu le jeudi 2 juin 2022, devant le Tribunal correctionnel de Grand-Bassam, pour détention illicite, vente et consommation de drogue.
Si les quatre délinquants ont été mis aux arrêts sans grande difficulté, par la Brigade anti-drogue d’Aboisso, il a fallu beaucoup de métier au président du Tribunal et au procureur de la République, pour situer exactement, le niveau de responsabilité de chacun des prévenus, dans cette affaire de fumoir et de boulettes. Qui est qui et qui a fait quoi ? Qui est vendeur ? Qui est consommateur ? Qui est détenteur ?
Signalons que ce procès intervient dans un contexte d’extrême sensibilité au trafic de drogue, avec le démantèlement d’un grand réseau international. Et le Sénat ivoirien a adopté, le 23 mai 2022, le projet d’une loi plus répressive en matière de trafic et de consommation de drogue. Désormais, la peine de prison passe de 5 à 10 ans et l’amende, de 500 000 à 50 000 000 de francs CFA.
Comme s’ils avaient déjà pris conscience de la gravité de leur situation, les quatre prévenus ont tenté de se disculper tour à tour, du début jusqu’à la fin du procès. Au cours de ce procès, la question la plus importante, était de savoir à qui appartenaient les 360 boulettes de cannabis saisies au cours de l’opération menée à Bonoua, le 25 mai 2022.
A la question (du juge) de savoir quelle est sa part de responsabilité dans l’affaire le concernant, Joseph répond tout de suite : « Je ne consomme pas la drogue. Je suis allé manger chez ma belle-mère, qui habite non loin du fumoir en question. C’est sur le chemin du retour, que j’ai été appréhendé. C’est ça qui est la vérité.
– Tu as dit à la Gendarmerie une autre vérité, lui est-il rappelé. Tu as dit que tu étais venu consommer. Tu as même précisé que ça fait six mois que tu consommes la drogue.
A son tour, le prévenu N’golo avouera, qu’il est consommateur mais pas vendeur. Avant d’ajouter : « C’est lui-là qui vend. » Par cette expression, le sieur N’golo désigne son voisin immédiat à la barre : le prénommé Yves. Il le charge même en ces termes : « C’est lui qui m’a vendu trois boulettes. J’en ai consommé deux. La troisième boulette est tombée quelque part, dans le fumoir, pendant la bousculade. »
Naturellement, cette version de N’golo fait donner de la voix au procureur de la République, qui fixe Yves, droit dans les yeux.
Yves, c’est donc toi le vendeur des 360 boulettes ?
Non, M. le Procureur. Le vrai vendeur qui me donnait ça a fui.
D’accord mais quand il te donnait ça, c’était pour que tu fumes ?
Non, M. le Procureur. C’était pas pour fumer.
C’était pour faire quoi ?
Pour vendre.
Yves, soyons sérieux : c’est toi le vendeur de drogue qu’on recherchait depuis…
Enfin, Emmanuel le quatrième prévenu, soutient que sa présence au fumoir ce jour-là, s’explique par le fait qu’il s’y était rendu pour récupérer son téléphone-portable, qui avait été volé. Même s’il reconnaitra après, qu’il consomme la drogue, de temps à autre.
Au terme des débats contradictoires et après délibération, le Tribunal a situé définitivement les quatre prévenus, sur leur sort.
Joseph : « Non coupable ». Les faits de détention illicite et de vente de drogue, retenus contre lui, ne sont pas établis.
N’golo : « Coupable de détention et de consommation de drogue ». Il est condamné à 12 mois de prison et à 200 000 francs d’amende.
Emmanuel : « Coupable de détention illicite de drogue, en vue de consommation ». Il est condamné à 5 ans d’emprisonnement.
Enfin Yves, reconnu comme le « dealer », le vendeur de drogue du fumoir, prend la sanction la plus lourde : 5 ans d’emprisonnement ferme et 500 000 francs d’amende.
A noter que les trois prévenus déclarés coupables sont également condamnés à 5 ans de privation de leurs droits civiques.
Touré Mory Frey





