Des défis restent à relever au Bénin avec d'épisodiques attaques terroristes. Le commissariat de Dassari, localité de la commune de Matéri, située à plus de 600 km de Cotonou, non loin de la frontière du Burkina Faso, a été la cible d'une attaque terroriste dans la nuit du 25 au 26 juin dernier. La promptitude des soldats a permis d'anéantir deux assaillants, même si on déplore la mort de deux policiers. Témoignages et analyse.
« Un peu avant 2 h du matin, de violentes détonations nous ont réveillés. Rien que le bruit des armes suffisait pour semer la peur. Je tremblais de faire de frayeur ». Cette confidence de Habib, habitant de Matéri, joint au téléphone, traduit les circonstances de cette nouvelle attaque, ainsi que le contexte de peur qu'il a instauré dans la localité de Matéri.
Selon les témoignages, les assaillants ont fait nuitamment irruption dans le commissariat de Dassari et ont brûlé des motos mises en fourrière, qui se trouvaient dans la cour. Alertées, des unités de l'armée en position dans la région, sont venues en renfort aux policiers, déjà pris en étau à l'intérieur du bâtiment du commissariat. La promptitude de la manœuvre militaire a poussé les assaillants à prendre le large. Dans un communiqué en date du 27 juin, la haute hiérarchie militaire a indiqué que « la prompte intervention des éléments des Forces armées béninoises (Fab) a permis de mettre en déroute les forces ennemies et a permis de sauver trois policiers ainsi que deux gardés à vue en cellule ». Selon le bilan de l'État-major général des armées, la descente militaire a permis de « neutraliser deux individus armés non identifiés (Iani) ». Il déplore aussi la mort de deux policiers, et un autre, blessé et immédiatement évacué à l'hôpital. Le communiqué indique également la découverte sur les lieux de l'attaque, « du matériel de combat dont une mitraillette AK, un poste Motorola et une moto ».
L'accalmie est revenue à Dassari et environs aux lendemains de cette attaque, sans pouvoir dissimuler la crainte et la vigilance des populations, qui vaquent malgré tout à leurs occupations.
Aux dernières nouvelles, la presse locale a annoncé qu'une filature de l'armée a permis de découvrir un groupe de terroristes identifiés présumés auteurs de ladite attaque, en convoi vers le Burkina Faso et de neutraliser deux des éléments de la bande, le mardi 28 juin dernier.
Même si la promptitude et la détermination de l'armée béninoise face aux groupes terroristes sont appréciées dans l'opinion publique notamment sur les réseaux sociaux, il ne fait l'ombre d'aucun doute que des défis restent à relever.
Des FDS en effectif insuffisant
La plupart des attaques terroristes ayant éprouvé le Septentrion béninois depuis fin 2021, ont ciblé des foyers sécuritaires. Si ce ne sont des postes de police, ce sont des positions de l'armée qui sont frappées. Les souvenirs de l'attaque au moyen d'engins explosifs improvisés ayant emporté 5 militaires en avril dernier dans le Parc de la Pendjari, celle du commissariat de Monsey dans la localité de Karimama ayant coûté la vie à un policier pour ne citer que celles-là, sont de parfaits exemples.
Selon Abou Mazourou, sociologue, « cette propension à attaquer les dispositifs sécuritaires installés dans le Septentrion pourrait traduire une intention de les fragiliser pour mieux ébranler la quiétude générale et avoir un facile accès aux populations ». En cela, un renforcement des unités tant en matériels qu'en effectifs, sera un grand pas dans la lutte antiterroriste selon lui. « Deux policiers sont morts, un autre blessé et trois sont sauvés par les militaires. Donc le commissariat de Dassari, une localité aussi hautement éprouvée par les terroristes ne comptent que six policiers en une nuit pour la garde », s'est il désolé, déplorant ainsi l'insuffisance du récent déploiement de forces de sécurité et de défense dans le Septentrion.
Renforcer les capacités de l'armée en effectif et en matériel
Le mode de déplacement à moto des terroristes ainsi que le feu utilisé rendent similaires les stratégies mises en œuvre et doivent inspirer les prochaines actions antiterroristes. De plus, les régions en proie au phénomène n'abritent aucune présence humaine selon les renseignements du sociologue. « Vous pouvez faire plus de deux heures de route en voiture sans rencontrer un hameau ou un village. Une zone pareille ne peut être que favorable à l'insécurité », a-t-il analysé.
Enrayer la menace terroriste au Bénin, revient donc à renforcer les capacités de l'armée tant en effectif qu'en matériel et à sécuriser les zones susceptibles de constituer des nids ou des abris des terroristes.
Le président Patrice Talon a entamé mardi 29 juin, une mini-tournée dans des capitales européennes au cours de laquelle plusieurs partenariats seront examinés, pour l'équipement des pays du Sahel et du Golfe de Guinée, dans le cadre de la lutte antiterroriste.
Joseph Tomondji





