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Politique

Sommet d’Accra sur les transitions au Mali, en Guinée et au Burkina : La Cedeao ne doit pas se laisser enfariner

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Les chefs d’Etat de la CEDEAO se sont encore réunis à huis clos hier dimanche à Accra pour statuer sur les sanctions qu’ils avaient prises contre le Mali, la Guinée et le Burkina Faso qui ont non seulement été le théâtre de coups d’Etat militaires, mais dont les autorités putschistes laissent toujours planer le doute sur leur volonté de céder rapidement le pouvoir aux civils. Après plusieurs rounds de négociations et une série de rencontres ad hoc pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel dans ces trois pays au logiciel politique particulièrement violent, l’organisation sous-régionale a décidé de desserrer l’étau autour du Mali et du Burkina Faso, après avoir pris connaissance des concessions faites par les dirigeants de ces deux pays par rapport à la durée de leur transition. Ainsi, le Mali verra progressivement levées les lourdes sanctions, notamment économiques et commerciales qui lui sont infligées depuis janvier 2022 pour avoir cette fois-ci présenté un chronogramme acceptable de Transition, et le Burkina Faso ne sera pas sanctionné outre mesure, au regard de la flexibilité dont il a fait preuve par rapport à la durée de sa Transition qui sera de 24 mois au lieu des 36 précédemment annoncés.

Le Mali et le Burkina peuvent légitimement se frotter les mains

Pour ces deux pays englués dans une crise sécuritaire sans précédent et quasiment au bord du collapse, c’est plutôt bon à prendre, surtout quand on sait que sur les plans économique et social, la situation est en train de devenir intenable aussi bien à Ouagadougou qu’à Bamako. C’est vrai que les peuples maliens et burkinabè ont jusqu’ici fait montre de courage et de dignité à la hauteur des circonstances, mais le maintien ou le durcissement des sanctions allaient être chargés de chaos pour leurs pays respectifs et hâter subséquemment l’affaissement des juntes qui font de plus en plus l’objet de vives critiques pour leur incapacité à bouter hors de leurs territoires, les terroristes qui y grouillent et grenouillent depuis des années. Si le Mali et le Burkina peuvent légitimement se frotter les mains à l’issue de ce dernier sommet de la CEDEAO, présidé par le Ghanéen John Dramani Mahama, les autres pays de l’espace communautaire ont également de quoi s’en féliciter, d’autant que beaucoup d’entre eux renflouent leurs régies financières grâce aux échanges avec ces parias de la sous-région, et souffraient véritablement des retours de flammes et des contrecoups des sanctions imposées à leurs voisins. Pour bon nombre d’ouest-Africains, seuls les moutons de Panurge ou plutôt de Paris ont milité pour la mise sous cloche des pays théâtre de putschs, notamment le Mali, pour faire plaisir à « nos ancêtres les Gaulois », qui leur ont assigné la mission de cibler et de punir particulièrement le ‘’têtu’’ de Bamako, avec la complicité des chefs d’Etat non francophones, qui ont embrayé allègrement par corporatisme de mauvais aloi.

Les Guinéens vont malheureusement souffrir des sanctions prises hier à Accra

Maintenant qu’on s’achemine vers une sortie de crise, on espère que les passions vont retomber, mais les Maliens n’ont pas de quoi pavoiser outre mesure, puisque la levée des sanctions est assortie d’une condition presque rédhibitoire, la non candidature des acteurs de la Transition aux futures élections. La CEDEAO veut ainsi éviter de se faire enfariner par les autorités maliennes qui ont voulu désamorcer la crise en lâchant du lest par rapport à la date des futures élections. Mais qui ont eu l’ingénieuse idée de se donner des chances de se pérenniser au pouvoir en modifiant le Code électoral afin de permettre à Assimi Goita et à ses hommes de main de faire acte de candidature aux prochains scrutins. La CEDEAO ne pouvait évidemment pas avaler cette couleuvre, au risque de susciter des vocations putschistes ou de faire des émules à Ouagadougou et à Conakry. La pression reste donc toujours forte sur le ‘’barbu’’ de Koulouba, et il n’est pas sûr qu’il gagne cette fois-ci la bataille des cœurs et des esprits s’il venait à sortir une pantalonnade de son éternel béret vert pour ne pas faire le deuil de ses ambitions politiques. En tout état de cause, l’instance que dirige désormais le truculent président Bissau-Guinéen, Umaro Sissoco Embalo, veillera au grain, et elle a peut-être voulu montrer son intransigeance en sortant le sabre contre la Guinée-Conakry dont les dirigeants sont non seulement en porte-à-faux avec les textes communautaires, mais font en plus preuve de désinvolture à chaque fois qu’on les rappelle à l’ordre. Comme leurs frères du Mali, les Guinéens vont malheureusement souffrir des sanctions prises hier à Accra, à cause de l’irresponsabilité et de l’indifférence de leurs autorités. C’est sans doute pour ne pas donner l’occasion à tous les putschistes en herbe de prendre les peuples en otage, que le président nigérian, Muhammadu Buhari, a demandé à ses pairs d’inscrire dans le marbre l’interdiction à tout chef d’Etat en exercice de briguer trois mandats consécutifs, comme ce à quoi l’on a assisté récemment dans certains pays de la sous-région. Ce serait salvateur, mais pour sûr, cette suggestion ne va pas passer comme lettre à la poste quand on connait les intentions « biyaénnes » de certains présidents présents hier à Accra.

« Le Pays »


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