Depuis quelque temps, nous ne faisons que commenter les résultats catastrophiques du BEPC, nous nous attrapons la tête, la couvrons de cendres, et ne savons plus quoi faire. Et chaque année c’est la même chose. Comme il suffit de très peu pour nous scandaliser, chaque année nous nous scandalisons donc très hypocritement devant les mêmes résultats et, il suffit que quelqu’un crée un nouveau buzz et nous oublions. La semaine dernière ce fut la déclaration du chanteur Bébi Philippe, et après c’est l’affaire du BEPC qui est arrivée pour nous distraire. Un député a essayé de créer son buzz à lui en proposant de légaliser la polygamie, et on verra combien de temps çà nous tiendra en haleine. En attendant, revenons aux résultats du BEPC. Qu’est-ce qui nous choque ? C’est aujourd’hui que nous découvrons que nos enfants n’ont plus rien dans la tête ? Qu’avons-nous fait concrètement pour y remédier ? Mais, avant que nous n’entrions dans le vif du sujet, qu’il me soit permis de poser cette question : à quoi servent aujourd’hui le CEPE et le BEPC ? Que peut-on faire dans la vie aujourd’hui avec ces deux diplômes, lorsque l’on sait que même avec un doctorat, le plus haut diplôme de l’enseignement général, trouver du travail est devenu un vrai parcours du combattant ? Pourquoi nous obstinons-nous à dépenser des sommes folles à organiser chaque année des examens qui ne nous servent à rien ? Pourquoi ne mettrons-nous pas plutôt l’accent sur la formation technique, la formation qui permet de connaître un métier ? Nous proclamons toujours avec fierté que « le succès de ce pays repose sur l’agriculture. » Mais combien de jeunes agriculteurs formons-nous pour prendre la relève de leurs parents vieillissants avec des moyens et des connaissances plus modernes ? De combien d’écoles d’agricultures disposons-nous ? Combien de spécialistes de palmiers à huile, d’hévéa, d’anacarde, d’ignames, de bananes, de manioc formons-nous, et où ? Savez-vous que c’est en Côte d’Ivoire, lorsque nos instituts de recherche étaient encore tenus par les Français, que les Malaisiens sont venus chercher les premiers plants qui leur ont servi à créer leurs premières plantations de palmiers ? Savez-vous qu’aujourd’hui le palmier à huile est devenu un peu l’emblème national de ce pays qui a axé son développement sur cette plante ? Savez-vous qu’on y trouve au moins un centre de recherche sur le palmier à huile par région ? Au lieu de pousser nos réflexions dans ce sens, nous sommes là à nous muscler sur les résultats d’un examen qui ne sert à rien.
Cela dit, pour en revenir aux résultats proprement dits, nous savons depuis longtemps que notre école publique est dans un très mauvais état. Comme nous l’avons vu, seules les écoles privées s’en sortent bien. Nous avons vu les enfants qui régulièrement veulent anticiper leurs vacances scolaires, qui ne vont plus à l’école, nous connaissons les instituteurs et professeurs dont le niveau laisse beaucoup à désirer, lesquels enseignants sont souvent de vrais tire-au flancs, qui ne sont intéressés que par leurs salaires et par ce qu’ils peuvent arracher des parents d’élèves. Nous savons tous tout cela. Alors, qu’est-ce qui nous étonne encore ? Pourquoi ces larmes de crocodiles ? Nous nous sommes habitués au fait que les enfants qui vont dans les écoles publiques sont pratiquement condamnés d’avance. Mais que font les parents devant cette situation ? Nous avons tous démissionné depuis longtemps. Bien sûr, nous allons tous dire « mais que fait l’Etat ? » Mais avant de s’interroger sur le rôle de l’Etat, demandons-nous ce que nous-mêmes nous faisons pour l’avenir de nos enfants ? Nous nous plaignons de la tendance de nos enfants à chercher à tricher pour avancer dans leurs études ? Combien d’entre nous ne trichons-nous pas en corrompant des fonctionnaires pour ne pas payer une amende, la douane, gagner un procès, un marché, etc ? Nos enfants ne font que nous copier. L’ombre d’un bâton tordu ne peut être droite. Nous nous plaignons de l’orpaillage qui est en train de détruire nos forêts et nos cours d’eau. Mais qui donne les terres aux orpailleurs ? Qui leur permet de s’installer sur les terres et de les détruire ? Dans quels villages de Côte d’Ivoire des habitants se sont-ils opposés à l’installation des orpailleurs ? Alors, pourquoi nous plaignons-nous de ce que nos enfants désertent les écoles pour aller creuser des trous, à la recherche de l’or, au péril de leurs vies ? Combien de parents n’encouragent-ils pas leurs enfants à aller « se chercher » en Europe, toujours au péril de leurs vies ? Pourquoi pleurons-nous lorsque nous les voyons se faire tuer en essayant d’escalader les clôtures de Melilla ou de Ceuta, en essayant d’aller en Europe en canot pneumatique ? Donc, arrêtons de chercher à culpabiliser nos enfants quand les premiers responsables de ce qui leur arrive ne sont que nous-mêmes.
Venance Konan





