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L’Enquête du jeudi . Enfants dits sorciers : Victimes de traumatismes pas toujours faciles à guérir (2/2)

Publié le :

Quelques structures et organisations caritatives tentent de voler au secours des enfants subissant toutes sortes de maltraitance, au nom de divers préjugés les faisant passer pour des sorciers dès leur naissance, ou auxquels la sorcellerie aurait été transmise par de grandes personnes. L’Ong Cavoequiva, située au quartier Fraternité d’Adjamé, œuvre pour le bien-être des enfants en difficultés et sans soutien approprié. Elle lutte également contre la délinquance juvénile, la toxicomanie, la drogue, les violences basées sur le genre, les pires formes de travail des enfants, la traite et l’exploitation des enfants. A ce titre, en plus des cas d’exploitation sexuelle, économique, de fugue, etc., elle reçoit, via la Police, des enfants dits sorciers qui sont également victimes de violence, comme de maltraitance. Mais, elle cible essentiellement les filles âgées de 0 à 17 ans.

Les deux cousines qui vivaient à Port-Bouët et dont la famille les avait accusées de pratiques sorcières, ont été recueillies par l’Ong Cavoequiva, lorsque la Police les a sorties du camp de prières de Yopougon , qui a été fermé et son pasteur arrêté. L’Ong les a placées dans son Centre de transit communautaire (Ctc). Comme elles, M.N. et Amélie, ainsi que d’autres filles dites sorcières et abandonnées par leurs parents, ont été aussi reçues dans ce centre. Elles bénéficient de prise en charge psychosociale, sanitaire, alimentaire. L’Ong s’occupe également de leur hygiène corporelle et vestimentaire, afin qu’elles retrouvent la joie de vivre.


Lire aussi : L'Enquête du jeudi. Enfants dits sorciers : Enchaînés et affamés dans des camps de prières (1/2)



Réunifications familiales


Mais vu que la place d’un enfant se trouve en famille, l’Ong mène par la suite des recherches, en vue de retrouver les parents des enfants. Une fois que les recherches s’avèrent fructueuses, commencent donc des médiations avec les parents en vue de la réunification familiale. Toutefois, les parents devront prendre l’engagement ferme, devant les autorités administratives, policières et les responsables de l’Ong Cavoequiva, de veiller au bien-être de l’enfant et de ne plus commettre les mêmes fautes à son égard. Il faut dire que les poursuites judiciaires contre les coupables d’abus contre les enfants ne sont pas exclues. Ainsi, certains enfants ont regagné le domicile familial avec la garantie qu’elles seront à présent mieux traitées.

Aujourd’hui, il reste encore d’autres enfants dits sorciers dans le Ctc. Nombreuses sont celles qui ont été remises à leur parents, après que ces derniers ont pris des engagements de veiller à leur bien-être. Les parents d’Amélie, en revanche, n’ont toujours pas fait signe de vie pour la reprendre. Ni sa mère, encore moins ses parents paternels, qui savent pourtant qu’elle vit dans ce centre de transit, nous a-t-elle expliqué. Elle non plus ne semble pas prête à rejoindre la cellule familiale. « Je cherche une marraine qui puisse m’accepter et m’aimer », a-t-elle confié, toute malheureuse.


Victimes des prophètes, marabouts et autres hommes de Dieu

M.Irié Clément, président de l’Ong Cavoequiva


Face à la situation des enfants dits sorciers, les parents sont placés au banc des accusés, par nombre de personnes que nous avons interrogées. Pour Irié Clément, président de l’Ong Cavoequiva, un enfant ne doit pas être abandonné par ses parents sous prétexte qu’il est sorcier. « On estime que ces enfants-là sont des victimes, parce que ceux qui les rejettent abusent de leur emprise parentale. Ces enfants dits sorciers ont pour la plupart perdu leurs parents. Ou ils ont été confiés à leurs proches. Soit, c’est le père qui s’est remarié, et sa mère n’étant pas dans le foyer, la belle-mère trouve que l’enfant est sorcier. Et le père accompagne sa femme dans cette entreprise. Soit, le père n’est plus. Et le nouveau mari de sa mère trouve que l’enfant est sorcier, quand ses affaires ne marchent pas. La maman dans le but de garder son foyer accepte. Et vice-versa », explique Irié Clément. C’est ainsi que l’enfant se retrouve dans la rue, livré à lui-même. Certains parents décident de les déposer dans les camps de prière pour selon eux, les délivrer.

« Il faut que les parents prennent leurs responsabilités. Il y a beaucoup qui croient aux prophètes, aux marabouts et aux charlatans. Quand ils ont des soucis, ils pensent que ce sont leurs enfants qui sont à la base », poursuit Irié Clément. Il déplore le fait que de nombreux enfants, à cause de l'imagination funeste de leurs parents, soient devenus des victimes de tous ces prophètes, marabouts et autres hommes de Dieu. Ceux-ci se font ainsi, d’une manière ou d’une autre, de l’argent sur le dos des enfants.

« Ce n’est pas normal d’abandonner un enfant. C’est même un crime contre l’humanité », estime M. Ouattara. Pour lui, l’on se base sur des préjugés pour accuser les enfants de sorcellerie. Bamba Aboubacar, retraité, est du même avis. Il souhaite que l’Etat prenne en charge ces enfants, traités de sorciers, que les parents abandonnent.

Aline affirme, elle, que certains enfants sont effectivement sorciers. Et qu’ils détiennent généralement cette sorcellerie d’un parent. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils doivent être rejetés. « Moi j’ai failli être initié à la sorcellerie par mon oncle qui était un homme puissant dans le village », confie Michael, instituteur. Il pense que les enfants sont des victimes que les sorciers utilisent pour mener leurs sales besognes.

Thérapies psychologiques

Améda N’Gbesso est psychologue. Il ne peut attester de la véracité des faits. Et dire que tel ou tel enfant est sorcier. Mais le fait qu’un enfant soit traité de sorcier et rejeté par les parents a des conséquences au niveau psychologique. Les différents événements vécus par les enfants dits sorciers, peuvent entraîner chez eux, des traumatismes psychologiques, notamment la peur, l’anxiété et l’angoisse. Ils peuvent susciter le sentiment de rejet, d’abandon parental et surtout le sentiment de culpabilité et de colère, sans toutefois oublier la perte de l’estime de soi et de la confiance en soi. En un mot, ça peut créer chez l’enfant un déséquilibre et une dégradation de sa personnalité. En prenant l’exemple de la mineure M.N, le psychologue explique que les événements peuvent entraîner, chez elle, un profond sentiment de peur des hommes. Pouvant la rendre fortement réfractaire à toute proposition de fiançailles voire de mariage.

Comme remèdes aux nombreuses conséquences psychologiques que subissent ces enfants, il cite deux types de thérapie. La thérapie cognitive qui consiste à amener les enfants à se défaire de certains sentiments. « Souvent, ils se disent que les parents ne les aiment pas. Il s’agit de les amener à adopter un point de vue, un raisonnement contraire à cela », précise-t-il. Le changement visé met souvent du temps à s’opérer.

Ensuite, il y a la thérapie comportementale, qui va emmener l’enfant à changer de comportement, s’il se trouve replié sur lui-même. Il s’agit, ici, d’initier des rencontres de groupe, au cours desquelles des prises de parole sont suscitées. Cela permet à l’enfant de se défaire des blocages psychologiques qui lui pèsent dessus. Ainsi, l’enfant qui s’isolait au départ et qui ne voulait même pas s’attacher aux autres, au bout d’un certain temps, va commencer par avoir des amis.

Aux parents qui rejettent leurs enfants parce qu’ils estiment qu’ils sont sorciers, le psychologue explique qu’ils sont responsables de la naissance de leurs enfants. Par conséquent, ils doivent assurer cette responsabilité parentale, en mettant à leur disposition un milieu convivial, des conditions susceptibles de garantir leur bon développement physique et psycho-affectif. Il s’agit d’un milieu qui prend en compte la présence physique des parents, leur capacité à être à l’écoute des enfants, pour détecter d’éventuelles difficultés, leur capacité à les protéger, les soigner, les nourrir et leur donner une bonne éducation. C’est en agissant ainsi, que la société pourra éviter les drames comme ceux qu’a vécus M.N.

Diomandé Karamoko

N.B. : Les prénoms donnés aux enfants sont fictifs, pour protéger leur identité


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