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L’enquête du jeudi. Cherté du loyer à Abidjan : La mafia de la sous-location (2/2)

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A Attécoubé comme à Adjamé, la flambée des coûts du loyer est une réalité déplorée au quotidien. « J’habite un deux pièces, c’est-à-dire une chambre et un salon dans une cour commune à Attécoubé. Tout récemment le propriétaire y a fait quelques aménagements et a fixé du coup, le loyer à 40 000 francs. Aucun des locataires n’a pu se plaindre car il disait que des gens sont prêts à prendre (les logements) si nous ne pouvons pas payer ce nouveau montant », explique Edouard, ouvrier dans une usine de la zone industrielle de Yopougon.

« Mon ami habite un appartement de deux pièces dans un immeuble à Adjamé qu’il louait à 50 000 francs. Et sans même lui donner un délai, le bailleur qui gère l’immeuble lui a dit que les mois qui suivent, il devra payer désormais 60 000 francs comme loyer. Cela a été appliqué aux autres locataires » confie notre interlocuteur.

Hamed loue un petit magasin à Adjamé qui lui sert de dépôt pour ses marchandises à 20 000 francs par mois. A sa grande surprise, le propriétaire lui a dit que le loyer passait à 30 000 francs. Et pour cause, un autre commerçant a proposé 30 000 francs et deux millions de francs comme caution et avance. Sentant la menace d’expulsion, s’il refusait ce changement inattendu, Hamed a dû accepter le nouveau prix du loyer.

Quant aux nouvelles constructions, leur loyer est encore plus élevé, que ce soit au niveau des maisons d’habitation ou des magasins. « Les studios sont loués à 80 000 francs. Pour les appartements de trois pièces, il faut 120 000 francs. Souvent on demande un an de caution et avance », confie Salif commerçant à Adjamé. Il ajoute que les magasins qu’on pouvait avoir à 50 000 francs par mois, sont aujourd’hui à 100 000 francs le mois, souvent à 150 000 francs pour ceux qui sont surtout situés non loin de la grande mosquée d’Adjamé.

Treichville Marcory et Koumassi et même Cocody n’échappent pas à cette flambée des coûts du loyer constatée dans bien d’autres communes de la capitale économique ivoirienne. « Treichville est un centre commercial. C’est une commune que tout le monde veut habiter. Car c’est proche du Plateau, le centre des affaires. Y étant, on a l’accès facile aux autres communes. Ce qui fait qu’à Treichville, les maisons coûtent cher. Surtout les nouvelles constructions », indique Patrice habitant de la commune. Il y travaille également. Il montre un immeuble en face sur l’avenue 21. Il confie que le propriétaire a fixé le studio à 175 000 francs. Et s’agissant de la caution et de l’avance, il faut un an. « C’est tellement cher que l’immeuble est à moitié vide », ajoute-il.

Mamadou Fofana vendeur, vit à Divo un sous-quartier de la commune de Koumassi. « Ici, il n’y a plus de maison de 8 000 francs. Une chambre dans une cour commune, c’est au moins à 12 000 francs ou 13 000 francs qu’on vous la loue. Et certains propriétaires demandent 5 mois de caution et 2 mois d’avance », fait-il savoir.

Lire aussi : Enquête du jeudi.Cherté du loyer : Les coûts de location des maisons grimpent, grimpent sans arrêt à Abidjan (1/2)


Au Remblais un autre quartier de la commune de Koumassi, où l’on trouve un plus grand nombre d’immeubles, on affiche 2 pièces à 120 000 francs ou même 150 000 francs avec au moins 6 mois de caution et d’avance sur le loyer. Pour 3 pièces il faut compter 200 000 F et plus de 1 million de francs de caution et d’avance.


Sous-location et bail


Des personnes rencontrées ont décrié la pratique de la sous-location qui, selon elles est l’une des principales causes de l’augmentation du coût du loyer à Abidjan. « C’est un véritable problème à Adjamé. Surtout au Black market ici », confie un commerçant de ce marché d’Adjamé. En effet, explique-t-il, lorsqu’une personne loue un magasin à 50 000 francs avec une caution de 10 millions de francs, quand il libère le magasin, il le loue à une autre personne à 75 000 francs. Il demande 15 millions de francs de caution. Et continue de verser 50 000 francs au propriétaire du magasin. Des personnes plus nanties déposent la caution de plusieurs magasins et les sous-louent à d’autres commerçants. Ainsi vous avez des magasins qui vous reviennent facilement à 100 000 francs avec autour de 20 millions de francs de caution. Et le propriétaire lui, il continue de percevoir le prix qu’il a fixé au départ. Selon ce commerçant c’est une mafia qui se sucre sur le dos des propriétaires de maison. Aliman, vendeuse de divers articles, frustrée par cette situation, accuse les hommes d’affaires d’origine nigérienne et nigériane d’être à la base de cette pratique. « Cela fait qu’il est très difficile de louer un magasin à Adjamé », poursuit un autre.

Une autre forme de sous-location qui serait à l’origine de l’augmentation du loyer est la pratique de ce qui est appelé communément le bail. Une personne appelé bailleur signe un contrat avec le propriétaire d’un terrain à l’effet d’y bâtir un immeuble. Une fois la construction terminée, c’est ce bailleur qui fixe le coût du loyer sur un certain nombre d’années. « Il veut vite rentrer dans ses fonds, donc il augmente le loyer », explique Patrice. Et même quand le contrat du bailleur prend fin, le loyer reste élevé. A cela, il faut ajouter la part des démarcheurs qui se font appeler promoteurs immobiliers et qui exigent souvent un mois de loyer.

Hausse des prix des matériaux de construction


Une autre raison à la hausse du prix du loyer, c’est le coût en constante augmentation des matériaux de construction. « L’Etat doit se pencher sur cette situation », souhaite Bashiru peintre en bâtiment. Il explique que le pot de peinture qu’il achetait à 17 000 francs il y a deux ans de cela, est aujourd’hui vendu à 25 000 francs. Même la main d’œuvre est devenue chère. Avant, il payait les ouvriers à 6 000 francs la journée. Mais aujourd’hui, ils demandent 8 000 francs pour une journée de travail. Il ajoute que même les manœuvres réclament au moins 5 000 francs par jour. La construction d’un bâtiment revient ainsi cher. Du coup, le loyer subit à son tour une augmentation. Il souhaite que l’Etat baisse les taxes pour que les industriels diminuent à leur tour le prix des matériaux. « Si cela était fait, alors, peut-être la population pourrait raisonnablement se plaindre, si les loyers continuaient d’augmenter », affirme-t-il.

Il faut rappeler que face aux nombreuses plaintes des populations contre l’augmentation du loyer et du nombre non autorisé de mois de caution et d’avance sur le loyer à payer, le gouvernement avait pris des dispositions. Un nouveau contrat de bail à usage d’habitation a été officiellement lancé par le ministre de la construction du logement et de l’urbanisme le 21 janvier 2021. Ce contrat qui régit les rapports entre propriétaires de maison et locataires, exige deux mois de caution et deux mois d’avance, sur le loyer. Ce que la grande majorité des propriétaires ne respectent pas. Un numéro vert (1378) a tout récemment été communiqué pour dénoncer les contrevenants aux dispositions ainsi prises par les pouvoirs publics.

Diomandé Karamoko




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