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Politique

Un an après le putsch de Doumbouya : Le désenchantement

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Dimanche 5 septembre 2021. Les habitants de Conakry sont réveillés par des crépitements d’armes. Au cours de la journée, des images du président Alpha Condé, arrêté, regard hagard, en bras de chemise, font le tour des réseaux sociaux.

Scènes de liesse dans les rues. Le nouvel homme fort du pays ne tarde pas à s’adresser à ses compatriotes. Il est accueilli en héros, en sauveur tant celui qu’il vient de renverser avait fini par cristalliser le mécontentement d’une bonne partie des Guinéens.

Voici, en effet, un opposant historique, martyrisé par tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance en 1958, parfois emprisonné ou contraint à l’exil, qui a lutté toute sa vie pour une véritable démocratie mais qui, une fois au pouvoir et au terme de deux mandats, n’a pas trouvé mieux à faire que de tripatouiller la Constitution pour s’octroyer un troisième bail au palais Sékhoutouréya. Une marche forcée au prix de dizaine de cadavres.

Pour cette raison, en allant cueillir l’octogénaire au saut du lit, le colonel Mamady Doumbouya faisait œuvre de salubrité politique.

Un an seulement après ces événements, les nombreux Guinéens qui avaient applaudi l’avènement du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) sont sinon désenchantés, du moins dans l’inquiétude.

La raison de cela ? Douze mois après, les fruits du CNRD n’ont pas tenu les promesses du 5 septembre 2021.

«Les Guinéens ne doivent plus mourir pour la politique. Nous allons mettre en place un système qui n’existe pas et ce système, il faut qu’on le fasse tous ensemble», avait en effet déclaré le chef de la junte militaire, lors de sa première adresse à la nation.

Mais alors qu’il était censé reconstruire l’armature institutionnelle du pays à travers, entre autres, la relecture du Code électoral, la révision du fichier électoral et l’organisation d’un dialogue politique pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel normal, l’ancien commandant des forces spéciales s’est arrogé une transition de trente-six mois. Chose qui n’est pas du goût ni d’une bonne partie de ses compatriotes ni de la CEDEAO dont le médiateur, l’ancien président béninois, Thomas Yayi Boni, peine à ramener le colonel président à la raison. La preuve, son dernier séjour à Conakry s’est soldé par un constat d’échec, le président du CNRD s’arc-boutant sur les chantiers qu’il voudrait réaliser.

Pendant ce temps, les manifestants continuent d’être traqués, réprimés, parfois tués, les leaders politiques et associatifs embastillés et les libertés individuelles et collectives fortement restreintes.

Doumbouya ne veut donc entendre que sa propre voix et tous ceux qui osent le contester sont traités comme des ennemis à abattre.

A tout cela s’ajoute le côté bouffon du personnage dont les apparitions publiques, comme sa présence à la prière du vendredi, sont presque théâtrales avec ce régiment de gardes prétoriennes cagoulées, armées jusqu’aux dents au point de friser le ridicule.

Et que dire des posters géants qui trônent le long de certaines rues de la capitale trahissant ainsi l’appétence de l’ancien légionnaire pour le culte de la personnalité ?

Et pour ne rien arranger, sous prétexte de lutter contre la corruption et de prôner la bonne gouvernance, il utilise la justice pour en découdre avec certaines figures de proue de la classe politique.

Une chasse aux sorcières qui a fini par pousser les adversaires politiques d’hier à se rapprocher, comme c’est le cas entre le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), l’ancien parti au pouvoir, ces deux camps qui se sont combattus pendant longtemps avant que Doumbouya, le troisième larron, le colosse de Conakry, ne vienne s’emparer du butin.

Grosse déception s’il en est donc alors que, comme Alpha Condé, le nouvel homme fort de la Guinée avait toutes les cartes pour entrer dans l’histoire politique de son pays.

Une fois de plus, la Guinée semble rattrapée par cette autre malédiction toujours à ses trousses : ses dirigeants.

En effet, après Sékou Touré, tous ceux qui ont présidé à sa destinée, c’est-à-dire de Lanssana Conté à Mamady Doumbouya en passant par Dadis Camara et Alpha Condé, tous ont raté le grand rendez-vous de l’histoire.

Pauvre Guinée !

Alain Saint Robespierre


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