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Reportage. Érosion côtière. Pêcheurs, restaurateurs et hôteliers comptent sur la réouverture de l'embouchure (3/3)

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L’érosion côtière a fortement affecté les activités de pêche, jadis florissantes à Azuretti. À en croire Kouablan Akoua David, adjoint au responsable des pêcheurs de ce village, à l’époque de leurs grands-parents, la saison de la pêche courait sur 4 à 5 mois par an. Mais à ce jour, cette activité ne se pratique tout au plus, que sur 3 mois.

Kouaho Isidore pêcheur natif du village, regrette cette belle époque où il pouvait gagner facilement 75 000 F CFA avec la vente du poisson, après une seule sortie en mer. Aujourd’hui, il arrive à peine à gagner 5 000 FCFA à chacune de ses parties de pêche. Conséquence : ce père de famille a du mal à prendre convenablement soin de sa femme et de ses deux enfants. Il n’est plus en mesure de faire face aux frais de scolarité de son fils, en Cours élémentaire 2e année (CE2).


Reconversion…

Kouakou Obouabeng Josselin, pêcheur, a aujourd’hui changé de métier. Il a choisi d’exercer dans le secteur du transport. Il a commencé par être apprenti de gbaka sur la ligne Abidjan Grand-Bassam. Au fil du temps, son patron lui a appris à conduire à Grand-Bassam. Ayant eu la main, il a passé le permis. Actuellement, il est chauffeur de taxi à Grand-Bassam. Il se réjouit d’avoir fait cette reconversion. « J’arrive à m’occuper convenablement de mon épouse et de nos deux enfants ».

Kouhao Matthieu a, quant à lui, décidé de devenir photographe, sans pour autant abandonner son « premier amour » qui est la pêche. Ainsi, il se consacre à celle-ci du lundi au jeudi, puis il devient photographe du vendredi au dimanche, dans les cérémonies de mariage, baptême, anniversaire, et bien d’autres évènements. L’homme qui pourrait avoir la cinquantaine révolue, ambitionne d’ouvrir un studio photo en ville, afin de se faire plus de clients. Les revenus tirés de la photographie lui permettent de s’occuper de ses six enfants et de leur mère.


…et diversification

Les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie subissent aussi les contre-coups de l’érosion côtière à Azuretti. Kouassi Messan dit Alex le Dauphin, l’un des premiers opérateurs de la restauration et de l’hôtellerie à Azuretti, nous reçoit dans son établissement, le « Dauphin Beach d’Azuretti ». Il est situé à une vingtaine de mètres à l’opposé du cimetière du quartier Fanti. Il explique que l'érosion côtière a occasionné une augmentation du prix du poisson, ainsi que celui d’autres prestations proposées. De sorte que le nombre de clients et partant les recettes du restaurant, ont considérablement baissé. « Je recevais plus de 500 clients par week-end, avec un bénéfice de plus de 300 000 F CFA par mois ». Actuellement, les chiffres ont chuté parce qu’Alex le Dauphin peut passer des jours sans l’ombre d’un client. Il a alors été contraint de libérer les 6 personnes qu’il employait au restaurant. Son hôtel, qui comprend 10 chambres, affichait complet avant d’être touché par l’érosion. Il lui rapportait au moins 600 000 F de bénéfice par mois. Mais cette activité ne prospère plus comme par le passé. Devant la gravité de la situation, Alex a confié sa gestion à un marocain, un de ses anciens clients.

De son côté, Kouassi Messan a été obligé de construire une petite terrasse, pour éviter que les déchets entraînés par les vagues, ne salissent son petit bar, où les clients s’asseyent pour prendre un pot, en regardant la mer. Une partie de la clôture, faite en bambou de Chine, a été arrachée par les vagues. « Si je n’avais pas construit la terrasse, les vagues et les déchets auraient beaucoup gêné les clients », explique –t-il. Malgré tout, il est amené à nettoyer régulièrement le bar. Il compte sur la réouverture dans les meilleurs délais, de l’embouchure. En ce sens que, espère-t-il, « cela va faire baisser le niveau de la mer, et permettre ainsi la reprise de certaines activités ».

C’est du reste le vœu ardent de nombre d’habitants de Grand- Bassam. Le Premier ministre, Patrick Achi, a annoncé récemment que les travaux pour la réouverture de l’embouchure, sont réalisés à ce jour à 75%. Mais en attendant cela, Alex le Dauphin, de son côté, essaie tant bien que mal de tenir le coup. Il a décidé de diversifier ses sources de revenus. Pour ce faire, il a placé un scooter de mer et des pirogues au niveau de la lagune, pour des personnes qui veulent faire des balades sur ces plans d’eau.

Junior Jeremy


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