La présidentielle d’octobre 2020 a été émaillée d’actes de violences et d’affrontements à Daoukro. Si les souvenirs de ces malheureux événements persistent dans certaines mémoires, presque deux ans après, la ville baigne dans un climat de paix, comme si celle-ci n’avait jamais été rompue ou profondément perturbée par des antagonismes politiques. Les principaux acteurs de ce retour à la normale sont les chefs de communautés, les leaders politiques et les guides religieux.
Daoukro, le chef-lieu de la région de l’Iffou en Côte d’Ivoire a connu des heures chaudes au cours de la présidentielle du 30 octobre 2020. Elles se sont traduites par des actes de violences et des affrontements entre les Baoulé, autochtones et les Malinké, ainsi que des groupes de ressortissants de pays de la sous-région. Cette situation de tension a prévalu pendant une dizaine de jours. Au moins trois personnes y ont perdu la vie. Au nombre des victimes, N’guessan Koffi Toussaint, un homme de 34 ans, qui a été décapité. Une vidéo montrant des gens en train de lui donner des coups de pieds dans sa tête découpée, avait circulé sur les réseaux sociaux à l’époque.
Kouamé Allangba Amoin Kan Sylvie
Kouamé Allangba Amoin Kan Sylvie, décoratrice d'évènementiel et sa grande sœur Kouamé Marcelline, commerçante, vivant dans la cour de leur père située au quartier Baoulékro, n’oublieront pas de sitôt les scènes qu’elles ont vécues au cours de ces faits. Une bonne partie de la cour de leur père, comprenant des studios et un magasin, ont été incendiés. Les toitures ont été ravagées par le feu et dont la forte chaleur a également fendu les murs. Depuis lors, les maisons sont restées en l’état. Plusieurs habitations de ce quartier, ont connu le même sort, nous confient les deux sœurs. La plupart d’entre elles n’ont pas encore été restaurées. Des compteurs d’eau ont également été cassés. Traumatisées par ces douloureux évènements, Sylvie et Marcelline ont fini par pardonner avec le temps. Cependant, elles refusent toujours de saluer les personnes qu’elles connaissent bien, qui étaient du nombre de celles qui les ont attaquées. Leur père, un vieux planteur ne s’est jusque-là pas encore totalement remis du traumatisme que ce douloureux évènement lui a causé. Il continue de sursauter chaque fois qu’il entend un bruit d’une certaine intensité. Pourtant aujourd’hui, ces évènements ne sont plus que de lointains et douloureux souvenirs. Puisque la paix est revenue, grâce aux efforts conjugués de différentes personnes.
Kouamé Marcelline
Pardon
Le président des ressortissants de la Cedeao de Daoukro est sans nul doute l’un des acteurs majeurs du retour de la paix, dans cette localité. Au début de la crise, Zongo Boukary a demandé pardon aux chefs de communautés, en leur recommandant de dire aux populations qu’ils représentent, de ne point s’adonner à une quelconque vengeance. Et cela, bien que, plusieurs ressortissants de la Cedeao aient constaté la destruction de leurs biens aux cours des évènements. Il s’est réjoui de ce que son appel ait été entendu. À la tête des mêmes responsables, de ces communautés aux cœurs meurtris, Zongo Boukary est allé en toute humilité, à la rencontre des autorités traditionnelles de Daoukro pour à eux aussi, demander pardon. Traduisant par ce fait même, tout l’engagement des ressortissants de la Cedeao à ne pas mener d’actions revanchardes, de quelque nature que ce soit, contre des populations qui les accueillent, depuis plusieurs décennies déjà. De plus, il était pleinement convaincu, à raison du reste, que la prise d’une bonne décision concernant le règlement du problème passait absolument par le pardon des chefs traditionnels de Daoukro. Ce fut une démarche appréciée par le chef de terre, les différents chefs et les leaders présents à cette rencontre. Et surtout un grand moment de dialogue, plutôt fraternel, émouvant et convivial. Qui aura notamment réussi à faire germer dans les cœurs et les esprits de chacune des parties, comme le rapporte Zongo Boukary, l’absolue nécessité de se pardonner mutuellement et d’aller à la paix.
À en croire Kouassi Kouakou dit Lassina, notable, secrétaire du chef de village, par ailleurs président de la cellule civilo-militaire de la localité, « Nanan Koffi Eugène, chef du village de Daoukro a pleinement adhéré à cette initiative. Pour ce faire, il a tenu une réunion avec les chefs de communautés de la Cedeao, en leur demandant d’appeler leurs jeunes au calme. Ils se sont exécutés et ont finalement quitté les rues. »
Appelés à la rescousse, les guides religieux ont également apporté leur contribution pour le retour au calme. Ali N’guessan, l’imam de la grande mosquée de Daoukro, qui est aussi le président du Conseil supérieur des imams (Cosim) de cette région, a souhaité que les leaders politiques soient associés à toutes ces actions entreprises, pour revenir à la paix. Et surtout, faire en sorte que plus jamais, Daoukro ne revive ces malheureux évènements, qui lui ont fait tant de mal. D’autant plus que, a-t-il soutenu que « ce sont eux qui ont motivé les jeunes à prendre la rue et provoquer tous les faits déplorables, que la ville a vécus ».
Prières œcuméniques
Deux groupes composés d’imams, de pasteurs, de prêtres, de leaders politiques, et autres ont été dépêchés, l’un au quartier Dioulakro, et l’autre à Baoulékro. Des déplacements qui ont pesé dans la réinstauration de la paix. Pour sensibiliser leurs fidèles, les guides religieux ont organisé par la suite des prières œcuméniques, un vendredi dans les mosquées et un dimanche dans les paroisses et églises. Le président du Cosim de Daoukro a organisé la célébration du Mahouloud (anniversaire de la naissance du prophète Mohamed) , en y conviant des guides religieux chrétiens, des chefs de communautés vivant à Daoukro, des fidèles musulmans de M’bahiakro et Prikro. Initiative louable de rassemblement dans la ferveur religieuse, qui aura surtout été mis à profit pour parler de la nécessité de continuer à œuvrer pour la consolidation de la paix. Tant il est vrai que, n’eût été cette paix ainsi retrouvée, une telle communion n’aurait pas été possible. Le reste du temps, ce sont essentiellement les prêches dans les mosquées qui ont offert l’opportunité aux imams de continuer à sensibiliser pour la consolidation du climat de paix . A la paroisse catholique Saint Pierre-Saint Paul, les prêtres ont aussi fait passer des messages vantant tous les bienfaits de la paix, et l’acte de soumission et de dévotion à Dieu que représente toute initiative visant à instaurer et à entretenir la paix. Selon l’Abbé Théodore Kouadio, l’un des prêtres de cette église, « à travers ces messages, il a été rappelé à la conscience des fidèles, que les enfants de Dieu procurent la paix autour d’eux, quelles que soient les circonstances qui prévalent ». Les prêtres, ne rataient aucune occasion pour appeler à la culture de la paix . La sensibilisation s’est poursuivie au cours des campagnes d’évangélisation. Les pasteurs et prêtres ont invité à ces occasions les fidèles, singulièrement les jeunes à tourner le dos à la violence et cultiver la paix.
Jeremy Junior





