Au sujet de l’effet de ce sel sur l’organisme, Mme N’Guessan, indique qu’il a des bienfaits. En effet, quand elle consomme le sel des commerces, elle a des palpitations. Pour l’avoir constaté, elle ne consomme que le sel marin, qui lui fait plutôt du bien. Une de ses camarades, de la Cité policière de Port-Bouët, a vu sa tension artérielle se régulariser avec la consommation de ce même sel. En outre, confie- t-elle, « il est utilisé à l’église catholique pour la préparation de l’eau bénite. Et bon nombre d’habitants d’Ahua le consomment ».
Rencontrée à quelques pas de la cour familiale de Beugré Viviane, Mme Sogbou Cécile, catéchiste à l’église méthodiste unie du village, ne tarit pas d’éloges sur ce sel. A son avis, c’est le meilleur des sels, en ce sens qu’il traite et prévient l’hypertension artérielle. Bodo Afoko Esaïe, natif du village, exerçant dans le domaine de la construction, apprécie ce sel. Il a choisi de le consommer parce qu’il est naturel, contrairement au sel vendu dans les commerces, qu’il trouve plutôt nocif à l’organisme humain. Pété Bony Jean, planteur, l’un des proches parents de Bodo Afoko Esaïe, aime le sel marin. Au point qu’il il ne peut s’en passer. Nous le trouvons dans la cour familiale. Au-delà des arguments avancés auparavant, ce qui l’attire vers ce sel, est le fait de connaître tout le processus qui aboutit à sa production. « Aucun produit chimique n’y est ajouté », affirme le planteur, qui le conseille vivement aux hypertendus et diabétiques. Toutefois, les consommateurs doivent prendre des précautions avant l’achat. C’est que, « des productrices mal intentionnées mélangent le sel marin avec celui qui est vendu dans les commerces. En vue de s'en mettre plein les poches », confie Etté Elisabeth épouse Latta, l’une des tantes de Beugré Viviane. Elle précise que cela se passe dans certains villages de la zone, avec des productrices de sel. Malheureusement, le sel mélangé ne peut être reconnu à vue d’œil. Pour éviter de tomber dans leur piège, Mme Latta conseille de se rendre dans les villages, où le produit est fait ou, à défaut, de nouer des relations avec des productrices de bonne moralité. Elle ajoute que « quand on prépare un repas pour un hypertendu, il faut éviter d’ajouter le sel marin pendant la cuisson.
Il faut le faire plutôt après, précisément au moment où la personne veut le manger. Cette pratique évite la présence de sel dans les ingrédients. Plusieurs de nos parents ont agi de la sorte et ont eu une longue vie », affirme Etté Elisabeth.
Approché pour vérifier tout ce qui se dit de bien sur les effets de ce sel dans l’organisme, Dr Dakia Patrick enseignant de nutrition diététique à l’Université Nangui Abrogoua d’Abidjan, confirme, avec un raisonnement scientifique, les propos tenus au sujet des bienfaits du sel marin. Pour ce nutritionniste diététicien, « le sel marin a l’avantage de ne pas contenir que du sodium (Na), comme tous les sels du commerce. Il contient en plus du potassium (K). C’est un sel plus complet en éléments minéraux, qui permettent de réguler le taux (ou l’accumulation) de sodium dans l’organisme ». Or, fait remarquer l’enseignant, « c’est l’accumulation de sodium dans le corps qui entraîne l’hypertension artérielle. Le sel marin peut alors être utilisé dans le traitement et la prévention de l’hypertension », affirme-t-il.
Plaidoyer pour une modernisation
Pour l’heure, l’association des productrices de sel que Beugré Viviane conduit, comprend cinq membres. Toutefois, d’autres femmes du village manifestent le désir de rejoindre le groupe. La présidente mène les démarches en vue de l’obtention d’un agrément, qui va leur permettre de mener leur travail comme une activité économique autorisée, méritant d’être mieux organisée et surtout modernisée.
Ses collègues et elles ont commencé à produire le sel ensemble, sur un site. Mais elles ont été contraintes de le quitter car un des riverains s’est plaint d’être gêné par la fumée. Fort heureusement, un nouveau site plus grand, se trouvant au bout du village, leur a été attribué. L’un de leurs vœux les plus chers, est que les pouvoirs publics, ou toute autre entité d’appui au développement, leur construisent une unité de production de sel marin. La présidente reste convaincue que, cela leur permettra de tirer plus de profit de cette activité. « Ce que nous gagnons pour l’heure suffit à peine à satisfaire à nos besoins », précise-t-elle.
Célibataire, Beugré Viviane a 6 enfants, dont 3 filles et 3 garçons. Son aîné qui est maçon, s’assume du mieux qu’il le peut. La charge des 5 autres enfants revient à leur mère. A cause de l’exposition quotidienne au feu et à la fumée qui se dégage de la production du sel, Beugré Viviane se rend de temps en temps à l’hôpital, pour des examens. De surcroît, elle consomme au moins, une bouteille de lait écrémé par semaine, comme cela lui a été recommandé, contre les effets de la fumée qu’elle inhale au quotidien. Jusque-là, elle n’est pas tombée malade du fait de l’exposition au feu et à la fumée.
Junior Jeremy





