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Politique

Situation nationale : Où allons-nous ?

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Ce serait faire dans l’euphémisme que de dire que l’horizon au Burkina Faso est des plus sombres aujourd’hui. En effet, en plus de la menace sécuritaire qui enlace le pays d’une étreinte quasi mortelle, les évènements récents ont révélé un autre péril qui menace de saborder le navire burkinabè qui tangue déjà assez dangereusement : il s’agit des dérives que l’on constate dans les attitudes de bon nombre de Burkinabè et qui déteignent sur les manifestations des populations. Le cas le plus récent est la tentative de faire avorter la mission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) vouée aux hégémonies par certains Burkinabè qui l’accusent d’être un instrument de l’impérialisme français. Même si l’on ne peut remettre en cause la liberté d’expression et de manifestation de ces compatriotes, il n’en demeure pas moins que les émissaires de l’institution régionale étaient venus au Burkina Faso en amis. L’attitude des contempteurs de la CEDEAO était d’autant plus incompréhensible qu’elle frise l’extrémisme en ce sens que la manifestation s’est tenue en violation de l’appel et des menaces du capitaine Traoré, chef du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) que l’institution était censée soutenir.

Il s’installe, au Burkina, un climat de peur entretenu par cet extrémisme qui frise par endroits le terrorisme

Le plus grave est que tout cela s’inscrit dans un contexte global marqué par des appels à s’en prendre physiquement à des autorités coutumières et religieuses sur fond de clivages ethnicistes, des appels à s’attaquer aux ressortissants de certaines nationalités, notamment françaises et à leurs intérêts et même des attaques contre des enclaves diplomatiques. Sans verser dans l’alarmisme ou le pessimisme, l’on peut dire sans risque de se tromper, que le Burkina Faso va dans tous les sens avec l’émergence de cette nouvelle citoyenneté qui foule au pied les règles élémentaires d’un Etat bien organisé et policé. Et les conséquences de cette situation sont bien lourdes. D’abord, il s’installe, au Burkina, un climat de peur entretenu par cet extrémisme qui frise par endroits le terrorisme. La conséquence immédiate en est que les personnes les plus averties des questions de société sont réduites au silence, privant ainsi la Nation de propositions et de pistes pertinentes pour sortir du bourbier dans lequel il patauge depuis quelques années déjà. C’est donc le règne de « la malcause », bâti sur le socle de l’intolérance. L’autre conséquence qui est connexe à la précédente, est la détérioration du climat social avec des risques de plus en plus évidents de déflagration violente. Et tout cela écorne dangereusement l’image du Burkina Faso qui s’était taillé la réputation de pays d’hospitalité et de tolérance, ouvert au monde avec des manifestations internationales d’envergure comme le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) ou encore le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO). Il est évident que cette détérioration de l’image du Burkina a des répercussions sur le plan économique avec l’immanquable désintérêt des investisseurs vis-à-vis d’un pays qui a déjà sérieusement mal à sa sécurité.

Aucune nation ne peut se construire sans un minimum d’ordre

Et le pire de cette situation, c’est le legs que l’on fait aux générations futures du Burkina Faso, qui risquent d’hériter d’un pays où règne le chaos. En tout état de cause, la question que l’on peut se poser est la suivante : « Comment en sommes-nous arrivés là ? » La première cause de ces dérives est le désœuvrement et la pauvreté d’une jeunesse urbaine laissée à elle-même. On ne le sait que trop, l’oisiveté est la mère de tous les vices et un homme qui a faim est un homme en colère. Le Burkina Faso paie ainsi le prix de l’échec de ses politiques de développement de plusieurs décennies. La seconde cause de ces dérives est la manipulation de la jeunesse à travers les réseaux sociaux par des politiques ou activistes qui n’ont d’yeux que pour la mangeoire d’Etat. Ce n’est un secret pour personne que certains politiques et leurs appendices dans les OSC, sont prêts à brûler le pays au nom de leurs intérêts comme on a pu le voir dans certains pays, pas si loin du Burkina Faso. Enfin, sans être exhaustif, l’une des causes de ces vagues qui font tanguer le navire burkinabè, est la faillite de l’éducation avec pour corollaire la perte des valeurs traditionnelles de tolérance et de respect et des valeurs citoyennes du respect de l’autorité et du bien public. Cela dit, quelle que soit la cause de la montée de ce péril collectif, l’angoisse de l’avenir étreint toutes les gorges et la question est : « allons-nous nous en sortir » ? Même s’il n’y a pas de place pour un optimisme béat, l’on est tenté de répondre par un oui, mais un oui conditionné. La première condition est que les nouvelles autorités du pays prennent bien vite conscience de la situation qui peut être une entrave sérieuse au succès de la Transition. Aucune nation ne peut se construire sans un minimum d’ordre et cela est particulièrement vrai pour un pays en guerre comme le Burkina Faso qui doit fédérer toutes ses énergies pour présenter un front uni contre l’adversaire. Donc, force doit rester à la loi et cela n’est possible que si le sommet de l’Etat lui-même fait preuve de charisme. La seconde condition, même si c’est un pari risqué, est la nécessité de légiférer sur les réseaux sociaux. Il est temps que tous ceux qui manipulent l’information à travers les fake news et les propos haineux, répondent de leurs actes devant la Justice à travers une législation bien adaptée. Il faut enfin que les leaders coutumiers et religieux qui sont le dernier rempart de notre société, prennent à bras-le-corps le péril pour dessoucher le mal à la racine.

« Le Pays »


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