Depuis dix ans, le Réseau ivoirien pour la défense des droits de l’enfant et de la femme (Riddef) travaille sur les questions d’autonomisation de la femme, de leadership, de participation à la gouvernance des femmes, de lutte contre les violences basées sur le genre, de santé sexuelle et de reproduction ainsi que d’éducation. Représentée dans 15 régions du pays, la structure présidée par Mme Chantal Ayémou recueille les préoccupations des femmes et des enfants à partir desquelles des projets sont élaborés et mis en œuvre. C’est dans ce cadre que le Riddef travaille également sur la question de la protection des droits des travailleurs domestiques.
Lebanco.net : Comment vous intervenez-vous en faveur des travailleurs domestiques ?
Mme Chantal Ayémou : Notre travail consiste, dans un premier temps, à faire la promotion des droits de ces personnels de maison, en tant qu’être humain et en tant que travailleurs. Car on s’est rendu compte que ce qu’on leur répète chaque jour c’est leur devoir en tant que travailleur. Mais on ne leur dit jamais leurs droits. Nous nous sommes donc trouvés dans une situation où nous avons accompagné plusieurs personnes sur les questions de violence qu'elles ont subies. C’est dans ce sens que nous avons fait une enquête pour voir un peu ce qui se passe dans les ménages, en ce qui concerne la collaboration entre les personnels de maison et leur employeur. Le rapport a porté sur les violences que subissent les filles et femmes travailleuses domestiques.
Lebanco.net : Est-ce que vous avez déjà suivi des filles lors de leur procès devant les tribunaux, en vue de défendre leurs droits ?
Oui, plusieurs fois. On les accompagne grâce à l’appui de nos partenaires. On avait mené en son temps un projet de renforcement de leurs capacités pour les amener à se mettre en association. On a pu les accompagner à mettre en place un syndicat. A travers le syndicat, on a assisté plusieurs filles qui se sont retrouvées dans la même situation. Elles ont été accusées, incarcérées. Certaines ont été libérées grâce à la recherche de la vérité, par la justice. Les questions d’accusation et d’incarcération des domestiques sont récurrentes, que ce soit au commissariat ou à la justice.
Lebanco.net : Cela donne une image dégradée des employées de maison.
Effectivement. Mais on sait pourquoi. Car elles ne connaissent pas leur droits. L’employeur quant à lui est éclairé. Il est en position de force. Il sait où aller quand son employée commet une gaffe. Mais la travailleuse n’a pas ce réflexe d’aller au commissariat quand elle a un souci avec son employeur. Elle ne s’imagine pas porter plainte contre lui. Car elle ne pense pas avoir gain de cause. Ce qui fait que ce sont les patrons qu’on voit toujours porter plainte. L’inverse ne se produit pas. Cela ne veut pas dire que les patrons sont blancs comme neige.
Lebanco.net : Est-ce qu’il vous est arrivé de poursuivre ces patrons qui abusent ainsi de leurs employées ?
Nous ne pouvons pas poursuivre tant que la personne concernée ne le demande pas. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de conseiller. Tant que ça ne touche pas l’ordre public, nous ne pouvons pas nous autosaisir. Il faut que la concernée donne son accord. Une fois qu’elle a porté plainte, nous pouvons l’accompagner dans le suivi.
Lebanco.net : Nous avons constaté que les maisons de placement exercent dans l’informel. Avez-vous des propositions pour réglementer le secteur ?
Nous faisons le plaidoyer depuis 2014 pour que le secteur soit réglementé. Car les familles elles-mêmes sont dans l’insécurité si le secteur du travail domestique n’est pas réglementé. On ne sait pas qui est l’agent de placement. On ne sait pas d’où viennent les filles qu’il place. On n’a aucune information. Ce sont donc des risques que les familles prennent en allant vers ces agences-là, pour prendre des personnes inconnues et les envoyer dans leurs maisons . Tout évolue dans l’informel. C’est pourquoi on fait le plaidoyer pour que le secteur soit réglementé. Qu’on sache qui fait quoi. Il faut cartographier les agences. Beaucoup d'agences ne sont pas enregistrées.
Il s’agit de formaliser le secteur, l’organiser puis d’apporter un minimum de renforcement de capacités à ces femmes. Qu’on le veuille ou pas, c’est un secteur pourvoyeur d’emplois.
Les agences ont besoin qu’on renforce leurs capacités, en termes de services ou d’outils à mettre en place, et aussi en termes de formation qu’elles doivent donner aux personnes qu’elles placent.
Lebanco.net : Il n’y a donc pas de disposition légale qui réglemente le secteur ?
Il y a des dispositions générales en ce qui concerne tous les travailleurs. La loi dit que quand vous êtes en relation de travail avec quelqu’un, le minimum que vous pouvez lui donner c’est 60 000 francs. Mais on a constaté que le travailleur domestique est un travailleur spécifique. Il loge, mange chez son employeur. A partir du moment où l’employeur lui-même est un travailleur - peut-être que son salaire est de 60 000 francs -, il ne peut donc pas payer son employé à 60 000 francs. Donc, nous disons qu’il faut une loi spécifique au travail domestique qui prenne en compte tout ce que je viens d’énumérer. Une loi spécifique qui va déterminer les conditions d’exercice d’emploi du personnel de maison.
Interview réalisée par Diomandé Karamoko





