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Politique

De la bonne gestion d’un coup d’Etat

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Braves gens, sachez cela une bonne fois pour toutes : tous ceux qui font un coup d’Etat le font pour conserver le pouvoir. Pas pour rétablir la démocratie et donner le pouvoir à quelqu’un d’autre à la suite d’élections. Au siècle dernier, il y eut quelques illuminés qui firent des coups d’Etat et organisèrent des élections dans la foulée sans se porter candidats, ou qui furent candidat et battus, mais c’est fini ça maintenant. Désormais on fait un coup d’Etat pour garder le pouvoir. Le plus longtemps possible. Même si c’est quelqu’un d’autre qui vous a envoyé faire le coup pour lui, on applique maintenant la maxime du célèbre philosophe ivoirien Gbagbo de Mama : « quand on t’envoie, il faut savoir t’envoyer. »

Ceci étant dit, comment gérer son coup d’Etat pour conserver le pouvoir ? Une fois le coup fait, il faut dire rapidement que le pouvoir ne vous intéresse pas, que vous avez fait le coup pour mettre fin à la corruption, à la gabegie, à la dictature, à l’insécurité, pour libérer l’Afrique, etc. Dans nos pays, ce ne sont pas les motifs pour faire un coup d’Etat qui manquent. Il faut le dire vite pour avoir le soutien de la masse populaire qui se plaint toujours de la gouvernance, quelle qu’elle soit, et surtout avoir celui de l’opposition politique qui croit naïvement que quelqu’un organisera un jour des élections pour lui laisser le pouvoir. Si vous êtes dans un pays francophone (ces derniers temps c’est dans les pays francophones qu’on fait des coups d’Etat), dites « à bas la France ! » « Je suis un panafricaniste ! » tout en agitant un drapeau russe. Ça mobilise les foules. Faites croire à l’opposition que vous allez organiser des élections qu’elle gagnera. Elle vous soutiendra d’autant plus facilement que vous mettrez ceux que vous avez renversés en prison. L’opposition croira que vous déblayez le terrain pour elle. Bien sûr vous subirez les condamnations de la communauté internationale. Elles seront plus ou moins virulentes selon que vous avez un bon tuteur ou non. Faites le dos rond, parce que de toutes les façons les sanctions ne frappent que la population. On vous demandera d’organiser les élections le plus rapidement possible. Promettez. Mais dites qu’il y a tant de choses à régler dans le pays (lutte contre l’insécurité, contre la corruption, contre le tribalisme, révision de la constitution, de la liste électorale, recensement de la population, compter les dents des enfants, etc) qu’il vous faut au moins cinq ans pour pouvoir organiser des élections. La communauté internationale refusera bien sûr, mais vous discuterez. Vous ferez traîner les choses, en organisant un forum, une conférence, ou un dialogue national souverain précédé d’un pré-forum, de plusieurs réunions préparatoires, et si vous savez manœuvrer, vous gagnerez un an tranquillement comme ça. Ça vous aura laissé le temps de bien garnir un compte offshore.

Ensuite, vous vous attaquerez à l’adoption de la nouvelle constitution. En général la constitution n’a rien à voir dans l’affaire mais ça fait gagner du temps. Et sortir beaucoup d’argent. Il faut bien que Junior, votre fils, ait son appartement en Europe ou au Canada. Ensuite vous passerez au recensement et au code électoral. Entre-temps, votre forum ou dialogue national souverain que vous avez pris le soin de bien noyauter avec des gens grassement payés avec les sous du peuple, et que vous avez fait trainer sur des mois rend ses conclusions : vous êtes souverainement autorisé à diriger la transition pendant deux ans, renouvelables même si vous voulez. Le peuple est souverain. Et comme vous êtes un citoyen comme les autres, vous pourrez vous présenter aux élections présidentielles que vous organiserez. Et les deux ans, vous pouvez les faire courir à partir du premier janvier à venir.

Pendant ce temps, l’opposition qui a compris l’entourloupe commence à manifester sa mauvaise humeur dans les rues. Vous avez alors le choix entre faire un gouvernement où vous mettez tous leurs leaders, et ils vous collent la paix, tant il est vrai qu’on ne parle pas la bouche pleine, ou choisir l’un d’entre eux, celui qui a le plus duré dans l’opposition, pour diriger le gouvernement. Comme ça, c’est lui qui portera le chapeau pour vos échecs et futures bavures. Il fera appel à ses amis à lui, en laissant les autres opposants au bord de la route. Quand on est nombreux à partager un repas, les parts sont petites. Et puis il y a toujours des opposants radicaux très têtus qui veulent tout ou rien. Ils continueront de manifester, de dire que vous êtes en train de confisquer le pouvoir, de voler l’argent comme si c’est pour eux, et des choses comme çà. Gardez votre sang-froid. Vous pourrez leur taper dessus de temps en temps, avec des matraques, mais jamais, au grand jamais, ne leur tirez dessus à balles réelles. S’ils sont vraiment teigneux que vous devez leur tirer dessus, faites-le avec mesure. Un ou deux morts, ça passe, mais pas cinquante, ou cent, ou plus. Non, non, ça ne passe plus. Si vous tirez dans le tas, il vous faudra être sûr de la puissance de votre tuteur. Si on vous prend pour un farfelu, genre Dadis Camara, vous risquez de vous prendre une balle dans la tête et de vous retrouver plus tard devant un tribunal. Mais si vous êtes le fils du grand ami du tuteur qui est devenu le vôtre aussi, parce que, semble-t-il votre pays est très stratégique, vous aurez peut-être une chance de vous en sortir.

Venance Konan



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