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Culture

Mgr  Adoukonou : « Benoît XVI était  un homme de Dieu, un frère de l’humanité »

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Interview Mgr  Barthélemy Adoukonou- secrétaire du Conseil pontifical pour la culture entre 2009 et 2017- a été étudiant du professeur Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, qui a été son directeur de thèse.

Il se confie à La Croix Africa sur ses relations avec son ancien professeur.

 Que représentait pour vous le pape Benoît XVI ?

Mgr Barthélemy Adoukonou : Le professeur Joseph Ratzinger, pape Benoît XVI, était pour moi un professeur et un directeur spirituel. Il m’a enseigné par son livre sur l’Église et la fraternité (1), que j’avais lu alors que j’étais séminariste à Rome. Je devais avoir entre 23 et 24 ans (en 1963 ou 1964). Et ce qu’il a dit de la fraternité, il l’a vécu avec moi. Je peux en témoigner. C’est un homme de Dieu dont on peut dire que c’est un frère de l’humanité qu’il a profondément aimée.

Après avoir lu cet ouvrage sur la fraternité, je me suis dit que si mon évêque me donnait l’autorisation de faire une thèse de doctorat de théologie, ce serait avec le professeur Ratzinger que je chercherais à la faire. Cela s’est réalisé. En 1971, j’étais à Cologne, j’hésitais un peu entre Ratzinger et Karl Rahner pour diriger ma thèse de doctorat. Finalement, j’ai choisi Ratzinger qui m’a tout de suite accueilli favorablement. Et l’on ne s’est plus séparé à partir de ce moment-là, j’ai toujours gardé le contact avec lui.

Je continue mon témoignage en disant que j’étais, comme Africain révolté car je revivais dans ma chair, ce qu’est la traite négrière avec tout ce qu’elle a de négation de l’humanité du noir. Pourtant, quand Ratzinger écoutait mes interventions vives dans les colloques de doctorants, il les recevait avec bienveillance. Il m’appelait de temps pour savoir comment j’allais. Il a d’ailleurs, au cours de cette période, pris ma défense face à l’organisme Missio qui me donnait une bourse. Ma bourse arrivait malheureusement avec un retard important. Mon professeur qui s’était enquis de ma situation avait appris que j’avais une bourse de 200 marks, une somme que je percevais en retard. Cela l’a indigné : le montant était inférieur à ce que recevaient, comme argent de poche, les séminaristes allemands. Il a donc écrit à la structure pour exprimer son mécontentement sur les retards et le montant de cette bourse. Il lui a été répondu, avec des mots polis, de s’occuper de ses affaires de « petit professeur ». Il m’a fait lire la lettre et m’a dit de lui faire signe si j’avais besoin de quoi que ce soit. Cela m’a profondément touché même si je n’ai jamais voulu lui demander de l’aide. J’ai plutôt cherché et trouvé un travail qui m’a aidé à finir ma thèse. De temps en temps, il m’invitait à table chez lui. Un jour, il me dit : « Barthélémy, tu sais, nous aussi, nous avons eu besoin d’être aidés quand, au cours du plan Marshall, nous n’arrivions plus à nous nourrir après la seconde guerre mondiale. Quelqu’un d’autre a dû nous aider. Mais sache-le, si nous n’avons pas l’humilité de recevoir, nous n’avons pas le droit de donner ». Cela m’a profondément touché et fait réfléchir même si j’ai continué à ne rien lui demander. J’ai compris que cet homme était d’une grande humilité.

Vers la fin de ma thèse, il m’a demandé si je pouvais anticiper d’un mois ma soutenance. Celle-ci a été avancée et il était très heureux. Le thème de la thèse était  : « Une herméneutique chrétienne du Vaudou dahoméen », je l’ai soutenue à l’université de Ratisbonne en mars 1977. C’était un jour exceptionnel. Nous sortions ensemble de la salle de soutenance et là, je vois une armada de caméras et de journalistes. En fait, alors même que je soutenais, il a été nommé archevêque de Munich.

J’ai participé à son sacre avec mon évêque, Mgr Bernardin Gantin, qui sera, par la suite créé cardinal en même temps que lui. Tout au long de sa vie, nous avons gardé le contact et c’est certainement lui qui m’a fait nommer à la Commission théologique internationale.

Quelles étaient les relations entre le cardinal Gantin, vous et le pape Benoît XVI ?

Mgr Barthélemy Adoukonou : J’ai créé le Sillon noir [un cercle de réflexion et un laboratoire sur l’inculturation, en 1970 NDLR]. Le cardinal Gantin a décidé de le suspendre en 2006. Le pape Benoît XVI lui a alors écrit pour connaître la raison de cette suspension. Il se serait vraiment fâché à propos de cette suspension qu’il ne comprenait pas. Plus tard, nous nous sommes retrouvés à Castel Gandolfo pour un stage. Et à la pause-café, le pape qui sortait assez peu, nous a rejoints, il marchait avec sa canne. Il s’est approché de moi et m’a pris à l’écart en me disant : « tu sais, le cardinal Gantin m’a dit qu’on l’a induit en erreur par rapport au Sillon noir et il m’a demandé de tout faire pour te réhabiliter ». Il a ensuite ajouté : «  attend un peu », en me tapotant l’épaule. Moins d’un an après, j’étais nommé au Conseil pontifical pour la culture. Quelque deux ans après, il m’a nommé évêque.

Que peut-on retenir du pontificat de Benoît XVI, notamment sur le continent africain ?

Mgr Barthélemy Adoukonou : Ce que nous devons retenir, c’est sa pensée qui a déjà été accueillie à Cotonou. Nous avons demandé que dans l’espace de la Conférence épiscopale régionale d’Afrique de l’Ouest (Cérao-Recowa), nous ayons un grand séminaire qui porte son nom et que ce soit là que sa pensée théologique, sa méthodologie et tout ce qu’il a apporté à l’Église universelle, soit étudiée. Cela a été fait en Guinée Conakry. Nous travaillons pour que les évêques de tout le continent envoient des prêtres étudier la pensée de ce brillant théologien.

Recueilli par Lucie Sarr

(1) : « Frères dans le Christ. L’esprit de la fraternité chrétienne », Éditions Cerf 1962



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